Le spécialiste de l’investissement Stéphane Henry, CEO d’IRPO Investment, n’est pas du tout inquiet pour les secteurs sucrier et touristique, qui passent par une période difficile. Pour lui, toute crise est « porteuse d’opportunités ». Il évoque aussi les réformes, l’investissement et le comportement de la roupie.

Quel regard jetez-vous sur l’évolution de la bourse de Maurice ces derniers mois ?

Sur les dix dernières années, la bourse de Maurice a fait 10% de rendement, ce qui est une bonne performance mais le pays est actuellement à un tournant car le secteur sucrier connaît des moments difficiles, tandis que le secteur touristique a un petit problème avec la Chine. Mais je crois que, dans les deux cas, les problèmes se résoudront. Pour le tourisme, assez rapidement je pense et, pour le sucre, peut-être dans deux ou trois ans. Je pense que l’écosystème économique mauricien marche très bien et fait ses preuves déjà depuis plusieurs dizaines d’années. Je suis certain que les entreprises mauriciennes continueront à bénéficier d’un taux de croissance assez fort et à être de plus en plus profitables. Il y a aussi des investisseurs étrangers qui viennent ici, qui s’installent et qui bénéficieront à l’économie en général. Les personnes qui pourraient perdre leur emploi, dans le textile ou le sucre, seront réemployées dans le secteur des services, qui embauchera de plus en plus de personnes.

À l’approche du Budget, conseilleriez-vous au gouvernement de poursuivre le programme de réformes, notamment en termes de “business facilitation” ?

Bien sûr, c’est très important que le pays continue à avoir des “business laws” qui soient attractives, intéressantes pour les employeurs et qui incitent l’investissement étranger à venir ici, par rapport à d’autres marchés. Bien sûr, il faut continuer à réformer. Il faut éliminer les problèmes administratifs que rencontrent les entreprises. Pour le reste, je crois que nous avons la chance d’être dans une juridiction où l’environnement fiscal est intéressant, soit une “low tax jurisdiction” et pas un paradis fiscal. À partir de là, les conditions sont bonnes, il y a une main-d’œuvre qualifiée et bien éduquée. Il y aura de plus en plus d’investissements étrangers si les petits soucis administratifs, qui peuvent surgir de temps en temps, sont résolus. Donc, il faut s’assurer que tous ceux qui investissent ici ont toujours ce “ease of doing business” si important.

N’empêche que les secteurs du sucre et du tourisme affichent des signes inquiétants. Ne partagez-vous pas l’appréhension des opérateurs ?

Non, je ne suis pas inquiet pour le tourisme et le sucre. L’industrie touristique est, je pense, simplement en train de changer de forme. C’est simplement une question d’ajustement pour les opérateurs et qui prendra quelques trimestres, voire un ou deux ans. Il y a, selon moi, deux ajustements essentiels. D’abord, il faut absolument trouver une solution pour le marché chinois et faire venir des touristes chinois à Maurice. On en a besoin. Ces touristes ont de l’argent et voyagent partout dans le monde et il n’y a absolument aucune raison pour qu’ils ne viennent pas à Maurice. Deuxièmement, il y a une offre qui passe à travers le Airbnb et autres et il faut en tenir compte. Il s’agit juste de bien réguler le secteur pour que tout se passe bien. Pour le tourisme, je ne suis pas inquiet. Pour le sucre, non plus. Le prix du sucre est à un “all time low”, donc il remontera. Puis, toute crise est une opportunité et force les sucriers à réfléchir et trouver d’autres solutions, à produire d’autres produits agricoles, à changer leurs canaux d’exportation, et à vendre davantage dans la région ou en Asie. Donc en finalité, toute crise est positive. Je suis confiant que le secteur du sucre – qui a les moyens de se réformer – redeviendra d’ici deux ou trois ans profitable.

Le taux directeur demeure à 3,50 points. Est-ce positif pour le pays ?

Il n’y a pas de grand débat à faire au sujet du taux actuel. Je crois que celui-ci satisfait beaucoup de personnes. Ce qui est important, c’est la performance de la roupie mauricienne, et celle-ci a une excellente performance, même sur dix ans. Sur les dix dernières années, la roupie s’est appréciée par rapport à l’euro, c’est quand même exceptionnel pour un pays comme Maurice, et elle s’est à peine dépréciée par rapport au dollar – 0,5% – donc c’est très faible. Cela veut dire que la roupie mauricienne est une devise très performante depuis ces dernières années et c’est cela le plus important. Moi, je regarde d’abord la performance de la roupie et, si demain celle-ci devait se déprécier légèrement, j’aurais peut-être monté un peu le taux directeur mais, pour l’instant, ce n’est pas nécessaire à mon avis.

Beaucoup se sont plaint que nous ayons une roupie forte…

On a une roupie qui me paraît relativement normale dans le contexte actuel.