Le moment viendra où cet artiste mauricien explosera. Danseur, chorégraphe, directeur artistique Stephen Ah Sen pratique le classique, le hip hop, la pop tout en étant comédien et musicien. Rentré à Maurice depuis deux ans l’artiste a éclos durant ses années d’études à Singapour. Il y a fait carrière au sein de différentes troupes et a muri sur plusieurs scènes d’Asie. Déterminé à bousculer les conventions pour permettre à de nouvelles idées d’émerger il se prépare pour des projets qui conduiront le danseur vers les étoiles.

Il aurait débuté devant le portail par des mouvements lents. La progression vers la pagode aurait donné lieu à diverses figures aériennes, rapides et élargies dans un mélange de ballet et d’acrobatie. Son excellente maîtrise des danses traditionnelle et contemporaine chinoises, du hip hop, des différentes déclinaisons de la pop, entre autres, lui aurait donné des atouts “pour réaliser des choses différentes et uniques.” La montée des marches vers l’autel se serait faite de manière plus souple tandis qu’il ralentirait le rythme en des mouvements respectueux. “J’aurais imaginé une chorégraphie racontant l’histoire de quelqu’un allant faire la prière.” D’instinct, Stephen Ah Sen a mis en place ses pièces lorsque nous lui avons demandé ce que cet l’espace lui aurait inspiré comme chorégraphie.

Danser les émotions.

Assis sous un arbre dans la cour de la pagode Tien Tan au pied de la montagne des Signaux le joyeux et sympathique personnage de 38 ans s’imprègne des énergies qui l’entourent : “On peut trouver une chorégraphie à partir de n’importe quoi ; une bouteille, un arbre, cette cour.” Qu’importe la source d’inspiration, sa danse ne sera en aucun cas être neutre ou dépourvue de sens. “Elle doit avoir une histoire, une vision, un concept.” Quand il conçoit une chorégraphie ou qu’il passe lui-même sur la scène pour danser ou pour jouer Stephen Ah Sen est très attentif aux émotions portées par les scénarios. Ces émotions, il lui est primordial de les transmettre au public. “Que ce soit de la mélancolie ou du bonheur le public doit ressentir quelque chose.” C’est lorsqu’il ressent s’installer la communication entre la scène et la salle que l’artiste sait que le show est réussi. “Je prends ce que le public me donne et je le lui rend.”

Cette approche de l’art a conféré à Stephen Ah Sen un parcours honorable et élogieux alors qu’il demande à être davantage connu du grand public mauricien. Rentré au pays depuis bientôt deux ans, l’artiste a derrière lui un parcours exceptionnel jalonné de spectacles, de médailles d’or, de récompenses, entre autres. Ce à travers des réalisations principalement montées et présentées à Singapour et dans d’autres pays d’Asie. Divers projets artistiques aussi réalisés à Maurice depuis son retour, en sus de la danse, il évolue aussi dans les mondes du théâtre et de la musique.

Raconter l’immigration et l’arc-en-ciel.

Parti dans un grand élan qui le porte vers le ciel, le Port-Louisien a des idées qui se bousculent dans sa tête pour la suite. Un spectacle pour retracer l’immigration chinoise à Maurice, une adaptation contemporaine et mauricienne d’une des grandes légendes chinoises et bien d’autres choses ont déjà été imaginées et conçues dans sa tête. Attiré par la fusion il pense aussi à un concept qui réunirait les couleurs de l’arc-en-ciel symbolisant la nation mauricienne en un spectacle. “Pour aller de l’avant avec un projet je dois m’assurer que tous les éléments sont disponibles. Il faut trouver la chorégraphie, la bonne occasion et les danseurs appropriés.”

En novembre 2018 la combinaison de ces éléments lui avait permis de monter un flash mob à Chinatown. Quelques temps plus tard il avait dirigé 80 danseurs pour un spectacle en huit actes racontant la légende de Chang’E, la déesse de la lune. Enseignant et pratiquant les danses classique et contemporaine chinoises auprès des étudiants et des jeunes adultes au sein de la troupe Shadow Danceland il travaille des spectacles qui seront prochainement présentés dans le cadre du nouvel an chinois. Ses danseurs de S-Crew seront aussi présents. Ces derniers pratiquent les danses pop chinoises, coréennes et japonaises.

L’envol de l’éventail.

Dans son costume traditionnel blanc et bleu, le danseur fait virevolter la toile de son éventail qui se laisse aussi portée par le vent. La vidéo filmée devant la pagode sera envoyée à deux de ses amis en Asie avec qui il travaille un projet commun qui sera dévoilé prochainement. Parallèlement, à travers des visioconférences il a monté un numéro avec ses élèves à Singapour en marge d’une compétition de hip hop à laquelle il prendront part dans quelques semaines. L’année dernière ils avaient raflé l’or. De retour à Maurice il avait été sacré meilleur acteur dans le cadre du Drama Festival en mandarin.

Après ses études secondaires au MGI et au Collège Royal de Port-Louis, Stephen Ah Sen avait quitté Maurice pour le Singapour afin d’entamer des études en informatique. A cette époque, se souvient-il, le secteur représentait le renouveau, et forcément c’était dans ce domaine qu’il fallait s’appliquer. L’art n’était alors qu’un passe-temps pour ce jeune homme qui s’y était mis “assez tard.” Vers 14 ans, puisqu’il étudiait le mandarin, il avait été encouragé à participer au Chinese Drama Festival du ministère des Arts et de la Culture. Il s’était aussi intéressé à la musique classique chinoise et à la danse classique. Peu de garçons et d’hommes avaient fait le même choix. En danse classique chinoise, comme pour certaines danses traditionnelles indiennes, les mouvements sont en apparence féminins  pour mieux illustrer la poésie et les émotions. D’où les réticences masculines.

A la découverte de soi.

Durant ses trois années d’études à Singapour Stephen Ah Sen s’est laissé embarquer dans des projets de théâtre et de danse tant au niveau de son campus qu’à l’université. Très vite le Mauricien s’est distingué en devenant responsable de troupe tandis que d’autres structures l’accueillaient pour des spectacles. L’expérience singapourienne lui a donné l’occasion d’explorer plusieurs styles et de laisser s’épanouir ce talent qui attendait d’émerger pour exploser.

A l’issu de ses études il a travaillé pendant six mois dans le domaine de l’informatique avant de changer d’orientation pour aller vers sa vraie vocation ; la danse et l’art. De danseur, il a évolué dans les différents domaines du spectacle pour s’épanouir comme chorégraphe et directeur artistique. “Dans le passé la danse me procurait de l’adrénaline. Désormais cette sensation je l’aie quand je vois mes élèves réussir une de mes chorégraphies dans les bonnes conditions scéniques.”

Multi-instrumentiste, il y a quelques temps Stephen Ah Sen avait été invité pour jouer au tambour dans un spectacle. Sa seule condition demandée en retour c’était qu’il puisse manier les bâtons tout en dansant. Une perspective qui avait laissé sceptique, mais, même les plus hésitants avaient dû admettre qu’il avait eu raison face à l’excellente performance qu’il avait livrée comme danseur-batteur. Stephen Ah Sen se plait à innover. Ses performances son visibles sur YouTubne et instagram sous l’appellation stephenahsen.

Depuis quelques temps il pense à une chorégraphie qui unirait le côté “cool” hip hop à l’élégance et la beauté de la danse classique…