Pendant une heure, hier soir, le député de l’Opposition Steve Obeegadoo s’est évertué à démontrer aux parlementaires présents dans l’hémicycle que le budget 2012 n’a rien de social, que la pauvreté est visible, que le pays arrivera mal à contenir le taux de chômage l’année prochaine même avec une croissance de 4 % et que le GM envoie des signaux contradictoires.
« La pauvreté est là, visible. Nous la voyons tous les jours. Un ménage sur deux est endetté et 18 % des revenus sont consacrés au remboursement de la dette », a lancé M. Obeegadoo, en citant une émission d’une radio privée et une émission télévisée qui, selon lui, « sont à fendre le coeur ». Il affirme que le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale de l’État augmente, ceux de la Food Aid également, dont un Mauricien sur treize serait dépendant. De nombreuses familles, dit-il, vivent sans eau et sans électricité. Il a également mentionné les femmes qui vivent seules, les veuves, les victimes de la violence domestique et les enfants. Le Welfare State, dit Steve Obeegadoo, existe depuis les 35 ou 40 dernières années « mais y a-t-il eu une évaluation concernant sa pertinence et son efficacité ? Il n’y a aucune réflexion à ce sujet. Alors que ces gens font l’expérience de la pauvreté, il y a la fraude et la corruption. Il y a une dégradation du climat social dans le pays ».
Poursuivant son intervention, le député a déclaré qu’on s’attendait à ce que ce budget annonce une vraie relance de l’économie, la création d’emplois et la solidarité sociale. « Qu’a-t-on vu ? Le pari était de relancer les investissements. Cela repose sur une croissance de 4 % pour 2012 ; les observateurs s’attendent à ce que ce soit moins. Même à 4 %, on n’arriverait pas à contenir le chômage en 2012 et relever les défis auxquels fera face le pays alors que s’annonce le grand retour de la crise économique de 2008 ». Parlant des réformes dans le secteur public, le député a déclaré : « Voilà un chantier essentiel au moment où l’on parle de gouvernance. Où est le courage politique pour amener cette réforme ». Et de parler du gaspillage des fonds publics, comme en témoignent les rapports du Public Accounts Committee (PAC) et du département de l’Audit. « Il y a une gestion calamiteuse dans les corps para-étatiques », a-t-il déclaré. Le député affirme que le budget est très timide par rapport au projet d’importance capitale qu’est Maurice Île Durable (MID). Concernant la taxe de dix sous sur les SMS, il affirme : « Réalise-t-on l’importance pédagogique des SMS ? Même les gens qui ne savent pas écrire communiquent en anglais grâce à cet outil. »
Steve Obeegadoo a critiqué l’absence de mesures concernant les maladies non-transmissibles qui augmentent dans le pays, l’octroi de Rs 500 000 aux PTA des écoles d’État « pour en faire ce qu’ils veulent », l’introduction de la National Civic Education sous l’égide du Prime Minister’s Office, et certaines démarches dans l’enseignement supérieur dont la venue de 100 000 étudiants étrangers et la création d’une Open University à Maurice. « Ce qui manque finalement à ce budget c’est le feel good factor qui a été à la base du développement du pays dans les années 80 », a-t-il déclaré. En conclusion, le député s’est demandé « pourquoi 2012 ne serait-elle pas l’année des élections générales. »