Dans un entretien accordé au Mauricien, Steven Obeegadoo, ministre du Logement et des Terres, salue la population mauricienne pour sa résilience pendant la période de confinement. « Lorsqu’on regarde les chiffres, il semblerait qu’on ait réussi à arrêter la propagation du virus. Si cela s’est produit, c’est grâce à la période de confinement. C’est un véritable miracle. » Pour autant, il faut saluer « d’abord et avant tout la population », souligne le ministre. Il évoque également les mesures prises pour aider les résidents des appartements de la NHDC qui éprouvent des difficultés à payer les mensualités de leur crédit.

Vous avez récemment annoncé de nouvelles mesures pour la NHDC dans le cadre du confinement. Pouvez-vous nous en parler ?

Au ministère, nous nous sommes posé la question de savoir quelle est l’incidence du confinement sur le logement à Maurice et comment nous pouvons exprimer notre solidarité et faciliter la vie des Mauriciens qui éprouvent des problèmes par rapport au logement.
Voyons le logement social. Par Logement social, nous parlons avant tout de la NHDC. Le principe général qui nous guide pour tout ce qui concerne le paiement du public est qu’on ne peut se contenter de travailler uniquement avec une calculatrice. Il faut également travailler avec notre cœur, surtout à un moment où le confinement crée des problèmes énormes pour toute la population, et plus particulièrement pour les catégories vulnérables. Ces derniers souffrent encore plus que les autres. Concernant la NHDC, les appartements ne sont pas loués, mais achetés. Les nouveaux propriétaires paient à la NHDC un montant mensuel en fonction de leur contrat sur une période s’échelonnant de 15 à 20 ans.
En période de confinement, le virement bancaire continue à opérer, à moins que la personne concernée ait donné d’autres instructions à sa banque. Par contre, il n’est pas possible de venir aux comptoirs de la NHDC pour effectuer des paiements en raison du confinement. Afin de ne pas pénaliser cette catégorie de personnes, nous avons décidé de faire preuve de flexibilité. Donc, ceux qui peuvent poursuivre leurs paiements afin de rester dans les paramètres définis par leur contrat le font. Par contre, pour ceux qui éprouvent des difficultés au niveau de leur salaire et qui n’ont pas les revenus habituels, la NHDC sera plus flexible. Ils pourront reporter le paiement dû durant la période de confinement. Ces dossiers seront toutefois traités au cas par cas et ces personnes n’auront aucune pénalité à payer. Personne ne subira de préjudice financier en raison d’un report de paiement.
Pour les autres logements sociaux, par exemple ceux des ex-CHA, une bonne majorité des familles est déjà propriétaire de la maison et du terrain. Un petit nombre de personnes n’ont pas encore fait l’acquisition de leur terrain en raison de diverses complications, dont le problème d’héritage. Ces personnes paient une redevance annuelle assez modique. Donc, a priori, il n’y aura aucun problème et nous aiderons les personnes en difficulté au cas par cas. Le principe général adopté est la flexibilité, un effort de solidarité et des interventions selon les demandes exprimées.

En ce qui concerne les logements privés, nous sommes conscients que les locataires ayant des revenus incertains ou qui ont été amoindris par le confinement peuvent éprouver des difficultés. L’État ne peut intervenir directement parce que cela concerne un contrat privé entre propriétaires et locataires. De plus, il n’y a pas de registre national des résidences qui sont mises en location. Par conséquent, il est impossible que l’État intervienne. Ainsi, comme cela a été fait dans d’autres pays, nous avons lancé un appel aux propriétaires de résidences qui sont louées aux personnes vulnérables pour leur demander de faire preuve de flexibilité.

Peut-on envisager une formule légale qui suspendrait les accords contractuels – entre autres dans le domaine du logement – pour ceux qui ne peuvent les respecter en raison du confinement ?

À première vue, il est impossible pour l’État de suspendre unilatéralement des contrats privés. En fait, l’État intervient de façon indirecte, notamment à travers le transfert d’argent. C’est une mesure sans précédent.

L’État intervient à deux niveaux. D’abord en essayant au mieux de ses possibilités de garantir la préservation d’emploi en offrant aux employeurs le paiement intégral des salaires des employés jusqu’à hauteur de Rs 25 000. En protégeant l’emploi, ce sont les salaires que nous protégeons. Tous les locataires qui sont des salariés en bénéficient. D’autre part, nous sommes intervenus pour sauver les travailleurs indépendants du secteur informel avec le Self-Employed Assistance Scheme.

Donc, l’État intervient indirectement pour soutenir tous les citoyens qui peuvent établir auprès de la MRA qu’ils ont accusé une perte de leurs revenus, que ce soit dans le secteur informel ou à travers les entreprises. Ces dernières doivent respecter des conditions très strictes, à savoir qu’il n’y aurait aucun licenciement. Pour les petits entrepreneurs qui sont des locataires dans leurs locaux, des possibilités d’emprunts ont été prévues. L’État intervient de cette façon.

C’est pourquoi j’ai lancé un appel à la solidarité, qui est un principe général et qui doit régir toutes les relations durant cette période de confinement.

Le ministère du Logement dépend du secteur de la construction pour ses projets. Ces derniers accuseront-ils du retard ?

Il est évident que l’industrie de la construction a été stoppée nette dans ses activités et sa progression. Ces derniers jours, le comité directeur sur le COVID-19 s’est penché sur les scénarios de réouverture par étape et prépare minutieusement une stratégie pour l’après-confinement, qui repose sur la relance de la machinerie économique, dont le secteur de la construction.

En tant que ministre et député, quelle leçon tirez-vous de cette période de confinement ?

La première qui m’a frappé, c’est la capacité de résilience des Mauriciens. La fermeture des supermarchés et des boutiques, annoncée par le Premier ministre le 20 mars, était une mesure sans précédent. On n’avait jamais connu une chose pareille dans notre vie. C’était une démarche inimaginable. Comme c’était une mesure imprévisible, les gens n’ont pas eu le temps de faire leurs provisions. Face à cela, il y a eu quelque chose extraordinaire : les Mauriciens, dans leur ensemble, ont fait preuve d’une intelligence collective pour prendre la mesure du danger et accepter de transformer leur vie du jour au lendemain sans préavis. Ils ont manifesté une discipline pour se plier aux directives de l’État.

C’est cela la résilience. Lorsqu’on regarde les chiffres, il semblerait qu’on ait réussi à arrêter la propagation du virus. Si cela s’est produit, c’est grâce à la période de confinement des dernières quatre semaines et demie. C’est un véritable miracle. Il faut saluer d’abord et avant tout la population.

J’ai aussi vu des manifestations extraordinaires de générosité à partir d’un réservoir insoupçonné de solidarité. Je pense aux gestes vis-à-vis des plus démunis et des plus vulnérables. L’État a fait des distributions de vivres durant les deux semaines durant lesquelles les supermarchés et les petites boutiques étaient fermés. Des initiatives du privé sont venues se greffer à cette action. Les ONG et les entreprises privées ont donné un grand coup de main. Nous avons vu dans le passé la générosité des Mauriciens lors du passage de cyclones. Et face à cette catastrophe inimaginable et inattendue qu’est le coronavirus, nous avons été encore une fois témoins de cet effort de solidarité, qui est le ciment de la nation mauricienne. Il y a eu la solidarité de l’État envers les citoyens et des citoyens entre eux.

Une autre leçon que j’ai tirée est la valeur du travail des « frontliners ». Dans la vie de tous les jours, souvent, nous prenons cela pour acquis. Jusque là, il était normal qu’un médecin, un infirmier et une infirmière soient au chevet des malades, que les éboueurs collectent les déchets ménagers, quelle que soit la situation, et que les dockers débarquent des marchandises. On n’avait jamais prêté attention au travail des employés de l’industrie du transport, des employés de pharmacies et de ceux des supermarchés, ni même de ces centaines de personnes qui traitent avec le public au péril de leur santé. Or, pour première fois, la nation mauricienne a su apprécier la valeur du travail de toutes ces catégories de citoyens, dont certaines ne sont pas nécessairement les mieux rémunérées. Il ne faut jamais oublier cela.

Au niveau personnel, j’ai aussi découvert le dévouement et la qualité de travail de l’équipe ministérielle. Ce sont des personnes que j’ai appris à connaître dans le cadre de la campagne électorale et, ensuite, au gouvernement. J’ai vu une mobilisation, un dévouement et un travail abattu 24/7 sous le Prime Ministership de Pravind Jugnauth.
Je pense également à tous ces fonctionnaires, que ce soit au niveau de la force policière, de l’administration des services de santé et de tous les ministères qui sont à l’avant-plan de la lutte contre le COVID-19. Finalement, le partenariat public-privé fait partie du génie mauricien, et qui est à la base de notre succès économique depuis l’indépendance. Ce partenariat s’est manifesté encore une fois sur le plan médical et au-delà.