Marie-Hélène Henriette, soeur de Stevenson Henriette, dit Margéot, dont le corps fut retrouvé par les éboueurs de la mairie de Port-Louis, dimanche, dans le couloir entre KFC et un magasin, de la rue La Chaussée à Port-Louis, est « très en colère ». Elle s’explique : « Depuis qu’on a retrouvé le corps de mon frère, certains médias l’ont qualifié de SDF ! Pire, mes voisins et proches m’ont accusé d’avoir dit cela aux journalistes. C’est archifaux ! Stevenson était loin d’être un clochard et à aucun moment j’ai dit une telle chose ! Ce sont là des préjugés qui ont fait que la mémoire de mon frère a été salie… » Cette mère de quatre enfants (deux fils et deux filles) et habitant la cité NHDC de Baie-du-Tombeau « réclame réparations ! »
« Bann dimounn finn tir konlizion tro vit ! Ena boukou prezize dan latet… Akoz so latet rase, so linz impe vye vye, zot pa mem verifie, nek zot dir li enn klosar… Li pa bon ditou ! Zot mazine si ti enn zot fami sa ? » déplore Marie-Hélène Henriette, que tout le monde appelle Rosinette. Cette helper de l’usine Star Knitwear à Coromandel se dit « désemparée ». « Mo pena personn. Stevenson ti plis ki mo ti frer, sa. Monn grandi li, momem. » Que celui-ci ait été traité de SDF « par certains médias m’a rendu furieuse ! Quelques voisins sont mêmes venus me reprocher que c’était moi qui avais décrit ainsi mon propre frère ! C’est totalement faux et injuste ! »
Depuis le mardi 2 avril, après les inondations meurtrières et l’enterrement de son jeune frère, « je cours à gauche et à droite pour effectuer toutes les démarches… Je ne sais plus à quelle porte frapper… » Rosinette Henriette, aux bords des larmes, dit n’avoir « personne à qui demander de l’aide. Je dois tout faire moi-même. Là, j’ai entamé les démarches pour avoir les papiers après la mort de mon frère, pour tout mettre en règle. Je dois aller travailler pour qu’on puisse avoir à manger. En plus, quand je vais dans un bureau du ministère, par exemple, à la Sécurité sociale, on me demande d’écrire une lettre de demande d’aide et de revenir après… Ekrir mo pa koner. Abe ki sanela pou ed moi ? » Et de se demander « eski dan minister lamem zot pa ti kapav ekrir let la pou mwa, nek mo signer, lerla ? »
Amère et découragée, en plus d’être effondrée par la mort de son frère dans les circonstances que l’on sait, Rosinette Henriette dit « ne plus savoir quoi faire… » Le jour de l’enterrement de Margéot, le lundi 1er avril, relève-t-elle, encore, « une dame m’a félicité : “ou finn gayn enn zoli serkeil ek gouvernma pou ou frer !”. Si seulement elle savait… » Rosinette sort alors de ses affaires un reçu : « J’ai payé Rs 10 000 pour ce cercueil. Toutes mes économies y sont passées… Où vais-je trouver cet argent que j’ai péniblement mis de côté ? Est-ce que l’État va me rendre cela ? J’en doute fort ! »
De plus, cette femme de caractère, même si la vie ne lui sourit pas, ne veut pas être de ceux qui sont des « assistés de l’État ». « Mo pa finn perdi mo lakaz ek mo bann dibien dan lapli la… Kan mo guet bann dimounn Canal Dayot, par examp, mo kompran zot soufrans. Dayer, mo ti minister sekirite sosyal, lot zour-la, kan enn bann abitan ti vinn enrezistre zot plaint. Me mo finn retir moi, akoz mo cas pa parey… » Pourtant, continue notre interlocutrice, « j’ai perdu mon frère. Il me soutenait, à la maison… Personne ne me le rendra. Mais j’espère seulement que je pourrais obtenir une compensation quelconque de la part de l’État. »
Originaire de Rodrigues, Rosinette Henriette est installée à Maurice depuis une vingtaine d’années. Leur mère, âgé de 77 ans, y vit toujours. « Margéot était venu me rejoindre il y a quelques années. Il s’est plu à Maurice. Même s’il n’a pas trouvé d’emploi fixe, il se contentait de petits boulots… »
Margéot Stevenson, 32 ans, habitait dans l’appartement de sa soeur à Baie-du-Tombeau. Tous les matins, « boner net, li al Port-Louis. Li ti pe ed bann marsan ambilan, sarye zot marsandiz, plase, tou sala… Samem so travay. Li ti ale, sak zour, bo tan, move tan. Li ti trouve mo bizin koudme dan lakaz… » Rosinette est divorcée et est la seule à travailler pour subvenir aux besoins de sa famille.
Elle se souvient surtout que Margéot « ti la pou mwa. Kan mo fatigue, mo malad, li vinn pez-pez mwa, li dir mwa “pa bizin to al travay, to malad, res lakaz, repoz toi…” » Il l’aidait aussi dans ses tâches ménagères : « Li ti fer vessel, al zet salete, nettoye lakaz… Boucou led mo ti gayne ek li. Aster li nepli la… » Margéot, continue Rosinette, avait eu ce « nom gâté par notre maman. Petit déjà, il admirait Mgr Margéot et il était très pratiquant. Il allait régulièrement à la messe et participait aux activités de l’église… »