Le dossier de l’énergie, en particulier le projet de centrale thermique à charbon de 100 MW de CT Power (Mauritius) Ltd à Pointe-aux-Caves, Albion, ne connaîtra pas de trêve en cette période de fin d’année. Que ce soit au sein de l’état-major du Central Electricity Board (CEB) ou encore dans les rangs des militants anti-charbon, l’on affûte ses armes pour un affrontement qui s’annonce déterminant dans un sens comme dans l’autre pour la réalisation de la controversée centrale thermique à charbon. Le conseil d’administration du CEB devra se réunir en cette fin de semaine pour avaliser l’Amended Power Purchase Agreement en vue du démarrage des travaux sur le chantier de Pointe-aux-Caves au cours du premier semestre de l’année prochaine. De leur côté, les militants anti-charbon accentuent la mobilisation sur le terrain avec une première initiative le jour de Noël et deux premières arrestations.
Après un premier échec essuyé mercredi de la semaine dernière, le conseil d’administration du CEB a été convoqué spécialement pour la fin de la semaine en vue d’entériner l’accord revu et corrigé de CT Power (Mauritius) Ltd. Les délibérations du Board du CEB la semaine dernière ont été marquées par de virulentes prises de position dans le camp des Pro-CT Power (Mauritius) Ltd, notamment l’état-major du CEB, face aux interrogations émanant du ministère des Finances au sujet des amortissements des investissements retenus par les promoteurs.
Avec le deadlock de la semaine dernière, le principal enjeu de l’Amended Power Purchase Agreement porte sur le coût du kilowattheure qui sera payé par le CEB aux promoteurs de la centrale thermique de Pointe-aux-Caves. Jusqu’au mois dernier, le Premier ministre adjoint et ministre des Services publics, Rashid Beebeejaun, avait déclaré officiellement que le prix de l’unité d’électricité n’avait pas encore été décidé. D’autres sources avancent que l’accord pourrait être paraphé entre les deux parties concernées dès le feu vert du board obtenu.
Les dernières conjectures sur la place publique indiquent que le kWh de CT Power (Mauritius) pourrait se retrouver dans la fourchette de Rs 6 à Rs 7, dépendant des facteurs tenus en ligne de compte. Toutefois, le prix plancher de Rs 6 s’apparente davantage aux Rs 6.06 accordées par le CEB pour le projet de ferme photovoltaïque de Sarako à Bambous. Malgré tout, ce prix du kWh demeure nettement supérieur à la moyenne des Rs 3.30 à Rs 3.50 des Independent Power Producers (IPPs).
Le prix plafond de Rs 7 tient en ligne de compte les « hidden costs and financial risks » assumés par le CEB, partenaire annoncé de CT Power (Mauritius) Ltd dans le projet. En effet, aux termes du contrat de partenariat, le CEB est tenu d’assurer l’importation et l’approvisionnement en charbon de la centrale thermique de Pointe-aux-Caves. Les principaux facteurs de risques à la charge du CEB sont l’évolution du cours mondial du charbon et celle du taux de change de la roupie avec des répercussions sur le coût du kWh généré.
Le camp des militants anti-charbon ne compte pas rester les bras croisés devant les pressions exercées pour la signature du nouveau contrat avec CT Power (Mauritius) Ltd. Dès hier après-midi, Jeff Lingaya, qui avait entrepris en début d’année une grève de la faim contre la mise à exécution de la centrale de CT Power, s’est signalé.
Malgré le jour de Noël, il a manifesté de manière symbolique devant l’hôtel du gouvernement, plus particulièrement l’Assemblée nationale, contre le projet de centrale thermique à charbon. Le combat des militants anti-charbon s’appuie sur les recommandations de la National Energy Commission, favorisant l’exploitation de sources d’énergie renouvelables au détriment du charbon. La mise sur pied de cette commission est le dividende obtenu par la grève de la faim de Jeff Lingaya.
Alors qu’il tentait d’inscrire sur le mur de l’hôtel du gouvernement le mot « assez », Jeff Lingaya a été appréhendé par la police. Un cameraman, Stéphane Palmyre, qui enregistrait cette manifestation symbolique, a aussi été interpellé. Jeff Lingaya a passé la nuit d’hier à ce matin à l’Alcatraz Detention Centre alors que Stéphane Palmyre a été maintenu en détention au poste de police de Pope Hennessy.
Ces deux militants anti-charbon devaient comparaître devant le tribunal de Port-Louis en début d’après-midi. Jeff Lingaya a refusé d’être assisté d’un conseil légal pour son interrogatoire et a déjà fait comprendre à son entourage qu’il ne compte nullement verser de caution pour sa remise en liberté provisoire. De ce fait, il court le risque d’être reconduit en cellule policière jusqu’aux premiers jours de 2014, à moins d’une décision plus clémente de la part de la Cour.
A ce stade, très peu de détails ont filtré quant à la nature de la protestation anti-charbon. « Nous constatons que des têtes brûlées au sein de l’État tentent de profiter de la fin de l’année pour imposer le charbon, et en particulier CT Power, dans le paysage énergétique et au profit de gros intérêts de la Malaisie. Au sein de Rezistans & Alternativ, nous nous interrogeons sur la réticence des autorités à promouvoir l’exploitation de sources d’énergie renouvelables et des coopératives de petits planteurs à cet effet », a fait comprendre Ashok Subron. « Dans la conjoncture, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, n’a d’autre choix que de se prononcer une fois pour toutes sur le projet de CT Power. Il doit assumer ses responsabilités », a-t-il ajouté.