Alors que la directrice d’une maison d’accueil pour filles est en quête de financement pour assurer le fonctionnement de sa structure pour la période 2012-2013, d’anciennes pensionnaires et d’ex-membres du personnel de cette ONG contestent certaines de ses pratiques. Notamment, celle d’une contribution financière mensuelle demandée aux filles pour l’achat des vivres. Ces pratiques iraient, selon nos sources, à l’encontre des principes de la réhabilitation. Après avoir été soutenue par différents programmes, dont le Special Collaborative Programme du ministère de l’Égalité des Genres, la maison peine aujourd’hui à trouver les fonds nécessaires pour fonctionner et poursuivre l’accompagnement de ses bénéficiaires en vue de les réintégrer dans la vie sociale. Par ailleurs, au National CSR Committee, le dossier de cette ONG est jugé « sensible ». Le projet qu’elle a soumis, l’année dernière, pour bénéficier d’une aide d’un montant relativement élevé, a été rejeté. Et de source sûre, nous apprenons que le travail qu’elle effectue auprès de ses pensionnaires est « scruté avec attention ».
En apprenant les démarches entamées par la directrice à travers la presse, d’anciennes pensionnaires et ex-membres du personnel (qui ont tous souhaité témoigner sous le couvert de l’anonymat) ont voulu réagir pour déplorer, disent-elles, « les conditions jugées aberrantes » qui seraient imposées aux jeunes filles hébergées par l’ONG. Notamment, la contribution mensuelle de Rs 1 000 demandées aux filles qui travaillent et à une collégienne, mineure, bénéficiaire d’une aide sociale de Rs 3 600, pour l’achat de nourriture. Les ex-accueillies de la structure expliquent qu’elles devaient aussi acheter leurs effets du quotidien : dentifrice, savon, etc.
Dans le milieu de la protection et de l’encadrement des plus vulnérables, cette situation a choqué. Pour cause, « une ONG qui reçoit des fonds du CSR, du programme de solidarité du ministère de l’Égalité des Genres et de financeurs (sic) divers, n’a pas le droit moral de prendre de l’argent de ses pensionnaires », scande-t-on dans ce milieu. De leur côté, les ex-pensionnaires insistent : « L’argent rentrait, certes, à travers des levées de fonds, des donateurs qui nous invitaient à des remises de chèques, la vente de produits alimentaires que nous collections à la sortie des grandes surfaces… Mais nous ne voyions jamais d’amélioration dans notre vie de tous les jours. Au contraire, on nous rappelait toujours qu’il n’y avait pas assez d’argent ! »
Au sein du National CSR Committee, auprès duquel l’ONG avait déposé un projet pour l’obtention d’un fonds du programme de Corporate Social Responsibility, on parle de ce dossier comme étant un « sensitive issue ». Sa requête ayant été rejetée, l’ONG n’a pu ainsi bénéficier d’une somme importante que lui aurait accordée le CSR d’une banque. Il nous revient qu’à la NEF, on s’intéresse également de près à l’impact et l’outcome du programme de l’ONG auprès de ses bénéficiaires.
Rs 1 000 pour la cuisine
Les anciennes pensionnaires rencontrées expliquent qu’elles reconnaissent d’emblée que travailler fait partie du processus de leur intégration dans la société. Elles ont passé de longs mois dans la maison, voire toute une année pour certaines. En revanche, elles ne comprennent pas « pourquoi, malgré les Rs 1 000 exigées pour l’achat des aliments, la nourriture était exagérément rationnée ». Une de nos interlocutrices ajoute : « Si ou pa kapav donn Rs 1 000 enn kout, ou bizin donn le res lot mwa. Si enn zafer fini dan lakwizinn, zot konn dir ou pou bizin donn kas. » Et de poursuivre : « Je ne me suis pas plainte, parce que je n’avais d’autre endroit où aller. Mais en contrepartie, je m’attendais à ce que nous mangions convenablement, y compris les jours de fête. »
Soutenant leurs propos, une ex-employée se demande : « Comment peut-on cuisiner une moitié de boîte de conserve pour le repas du soir, et l’autre moitié pour fourrer le pain de celles qui travaillent ? » Face aux questions que leur auraient adressées des filles sur la qualité de la nourriture, les gérantes de la maison auraient expliqué que « l’argent manquait ». Un argument auquel les anciennes accueillies, de même que des sources proches de la maison, disent ne pas adhérer.
Hormis la contribution mensuelle pour l’achat de nourriture, les pensionnaires, devaient aussi remettre Rs 1 000 pour alimenter un compte de « Plan Épargne Logement » que l’ONG aurait ouvert à leur nom, afin de leur garantir un toit après leur départ de la maison. Toutefois, les épargnantes – adultes au moment de leur contribution – assurent qu’elles n’ont jamais signé de documents à cet effet. « Je me réjouissais à l’idée d’avoir une maison. Je trouvais l’initiative positive. Pendant tout mon séjour, j’ai remis Rs 1 000 additionnelles pour ce compte. Mais après mon départ, je leur ai demandé de me rembourser, en vain… J’ai eu moins de chance qu’une autre fille qui, elle, a fait un scandale pour s’assurer qu’on lui remette l’argent qu’elle avait épargné », confie une ancienne pensionnaire.
Formation et RYC
Selon les anciennes accueillies rencontrées, leur réhabilitation n’a pas été un succès. D’ailleurs, elles sont parties avant la fin même du programme de réinsertion proposée par la maison. L’une de celles que nous avons rencontrées vit en situation de précarité. Quant aux activités et formations dispensées par la maison dans le cadre de leur réinsertion sociale, les jeunes femmes expliquent que, leur travail absorbant la quasi-totalité de leur temps, elles n’ont participé qu’à de rares sessions de « travaux d’artisanat ».
Les sources proches de la structure s’interrogent également sur l’engagement de la maison d’accueil dans l’empowerment des filles du Rehabilitation Youth Center… En effet, dans son projet intitulé « Creation of a space of confidence building in empowerment programme at halfway home and RYC », soumis au ministère de l’Égalité des Genres pour bénéficier du fonds sous le Women and Children Solidarity Programme, de février 2011 à février 2012, l’ONG mentionne son intention d’empower 33 filles du RYC. « Le RYC est une institution réformatrice gérée par le ministère de la Sécurité Sociale, lequel se doit de financer tout projet qu’il délègue à un prestataire. Pourquoi est-ce qu’une ONG doit chercher des fonds pour financer un programme à l’intention d’une institution publique ? » se demande une des sources proches de la maison d’accueil.
Contactée par Week-End et informée de la nature des reproches formulés par des anciennes accueillies et d’autres sources, une des représentantes de la maison d’accueil avait, dans un premier temps, accepté de nous recevoir, malgré l’absence du pays de sa directrice. Si elle a refusé de commenter certaines allégations et de répondre à nos questions, elle a cependant confirmé la contribution financière des filles, y compris de la mineure bénéficiant d’une aide sociale. Week-End a attendu le retour de la directrice – entre-temps informée de notre démarche – et a sollicité un entretien. Toutefois, lors de notre rencontre, la directrice, irritée, a refusé catégoriquement de donner sa version des faits sur les allégations avancées par ses ex-bénéficiaires.