Et si notre pays avait un gros problème, celui de la manière dont les partis politiques fonctionnent ? Il n’y a bien sûr aucune formule magique. Parce que, ailleurs aussi, c’est souvent la galère.

Il n’y a qu’à voir comment a évolué le parti socialiste français, par exemple, après le passage de seulement deux présidents, François Mitterrand et François Hollande, issus de ses rangs en 36 ans, entre 1981 et 2017. Les socialistes ont choisi leur nouveau premier secrétaire Olivier Faure dans un exercice que l’on aurait appelé renouvellement et que l’on aurait salué comme une grande avancée ici, mais cela n’a pas empêché que le PS soit complètement fracassé lors des européennes. Chez les républicains, ce n’est pas mieux.

Après Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, à part les abonnements aux affaires et une succession de remplaçants et de nouvelles têtes, de Laurent Wauquiez à François-Xaier Bellamy, la formation d’inspiration gaullienne est en pleine fragmentation pour ne pas dire explosion. C’est dire qu’il n’y a pas de méthode idéale. Entre les structures démocratiques et la dictature du chef, il y a peut-être une autre voie à trouver pour plus d’efficience, même si l’on sait que les partis étant des organisations humaines et que rien n’est jamais très simple.

Pour en revenir au plan local, c’est Kavi Ramano qui lançait en décembre 2018, toujours à l’occasion des débats sur la réforme électorale, ces mots : « Dans cette Chambre — à part peut-être le MMM… quand les leaders des partis politiques, présents, dans cette Assemblée, ont été élus leaders de leurs partis ? Quand ? Leaders du MSM, du PTr, du PMSD, du ML… À quand remontent les dernières élections ? À quand les prochaines élections des leaders ? Combien de partis politiques ont une constitution et combien de partis politiques respectent leur constitution ? » Avec cette pertinente question, le député, alors encore indépendant dans ses réflexions et son positionnement, avait ainsi interpellé les Pravind Jugnauth, Ivan Collendavelloo, Navin Ramgoolam et Xavier Duval. Il évoquait une provision de la loi sur la réforme électorale donnant aux leaders des partis le pouvoir de procéder à des nominations postélectorales pour corriger des déséquilibres occasionnés par les résultats et l’exercice de repêchage de la proportionnelle partielle.

Dans certains pays qui ne sont pas démocratiques, il y a un leader qui décide de tout et qui est un président ou un Premier ministre à vie. Ici, dans certains partis, c’est à peu près la même chose. Personne ne sait comment les leaders de nos partis politiques ont accédé à ce poste et pour combien de temps. Personne ne se demande à quand remonte la dernière réunion du bureau politique ou toute autre instance du MSM, du PTr, du PMSD ou du ML. Kavi Ramano avait vu juste. De toute façon, il savait parfaitement de quoi il parlait. À part le MMM, aucun de nos leaders politiques n’est élu par bulletin secret et par un collège de membres venant de toutes les parties du pays. Ils sont là. Ils décident, un point, c’est tout. Et cela marche parfaitement pour eux. Il ne s’en portent apparemment pas plus mal. Avec leurs membres qui sont contents et qui n’attendent que l’arrivée au pouvoir de leur chef pour obtenir quelques avantages.

C’est pour cela qu’il faut peut-être se demander si la démocratie plus que parfaite que veut pratiquer le MMM n’est pas la principale source de ses secousses chroniques. Prenons le cas de Quartier Militaire/Moka. Il y avait à choisir entre les candidats Sanjiven Permall et Govinden Venkatasami. Ce n’est pas le leader qui a tranché ni le bureau politique du MMM. Il y a eu un vote au comité régional et, par fidélité, par amitié et, sans doute, par respect pour son antériorité, c’est Sanjiven Permall qui a obtenu la majorité des suffrages et ainsi désigné candidat.

Aujourd’hui, les deux aspirants candidats ont démissionné, l’un dégoûté d’avoir été sacrifié au profit d’un transfuge et l’autre qui, au moment où le vote était pris, avait déjà un pied au Sun Trust. Et si Paul Bérenger avait choisi Govinden Vencatasami, son concurrent serait quand même parti et il aurait été accusé d’avoir fait un choix arbitraire. Voilà où mènent parfois les pratiques démocratiques.

Est-ce qu’il faut commencer par limiter les mandats des leaders à l’intérieur même des partis en attendant qu’ils le soient pour les Premiers ministres ? Peut-être, mais qui dit que cela va marcher ? Il n’y a qu’à regarder comment le renouvellement se déroule ailleurs. Entre des chefs charismatiques et des seconds couteaux qui arrivent au sommet et qui n’arrivent pas à s’imposer, c’est l’abîme et la débâcle assurés. Les choix ne sont donc jamais évidents. Quant à ceux qui viennent de découvrir qu’en 50 ans bientôt, le MMM n’a pas passé que neuf ans au pouvoir, cela en dit long sur sur leur sens de l’engagement et leur solidité morale.

Nelson Mandela aurait ainsi dû trouver très longs ses 27 ans passés à Robben Island et il aurait pu, lui aussi, se dire qu’une formule de collaboration avec les pratiquants de l’apartheid lui aurait permis de « participer au développement de son pays ».

Il est sorti lorsque l’Afrique du Sud a été obligé de se plier à l’opinion internationale et il n’a fait que cinq ans à la tête de son pays. Cela n’empêche que sa mémoire est encore unanimement saluée à travers la planète. Et c’est aussi pour ça que nous avons aimé cette phrase « mo pa enn prostitué politique » de Jean Noël Nemours, un élu de l’OPR dont le nom était cité comme un éventuel transfuge. Merci à Rodrigues qui, encore une fois, envoie un message fort à ceux qui, ici, peuvent inventer des arguments les uns plus fallacieux que les autres pour tenter de justifier leur triste et très intéressé retournement de veste.