Pour ses vingt ans, il ouvre ses portes aux chanteurs inconnus et propose de les révéler au public à travers une compilation. Le studio d’enregistrement Père Laval de Centre de Flacq poursuit la philosophie de son propriétaire, Marcel Laval Job. À 81 ans, ce dernier entretient une relation très spéciale avec la musique.
Pour marquer les vingt ans de son studio, il a non seulement repeint tout le bâtiment, mais s’est aussi offert des instruments et un matériel d’enregistrement et informatique neufs. Aucun investissement en musique n’est de trop pour Marcel Laval Job, “même si je dois pour cela faire de gros sacrifices”.
Il y a vingt ans, c’est pour son plaisir que cet ancien menuisier avait monté et équipé ce studio dans sa cour : “J’ai commencé avec une petite pièce. Quelques années plus tard, je l’ai agrandie.” Les conseils de techniciens et d’amis l’ont aidé à donner des ambitions professionnelles au projet. Une cabine pour la batterie achetée l’année dernière, une deuxième pour les sons, une autre pour la voix, des guitares, des claviers, des percussions. Et, tout au bout, un 24-pistes pour offrir le meilleur à qui veut bien s’y essayer.
The voice.
En ce moment, Marcel Laval Job veut donner la chance “aux chanteurs qui ne sont pas connus et qui ont du talent, mais qui n’ont pas vraiment l’occasion et les moyens de se faire entendre”. L’occasion offerte par le Studio Père Laval pour ses vingt ans est inespérée. Marcel Laval Job invite tous ceux qui sont intéressés par le projet à lui soumettre une maquette. Les meilleurs envois seront retenus et leurs auteurs seront invités à enregistrer un morceau dans des conditions professionnelles. Encadrement, musiciens et techniciens seront mis à leur disposition. Les différents titres seront ensuite placés sur une compilation que M. Job se proposera de commercialiser. Les éventuels bénéfices seront partagés entre tous ceux qui auront participé à l’album, dont la vocation première est d’être un tremplin pour les talents émergents.
Nouvelle Star.
Un premier appel a été lancé à la radio il y a peu. En quelques jours, plus de 200 personnes ont appelé Marcel Laval Job pour se renseigner. Disposé à recevoir les maquettes jusqu’au mois de mai, ce dernier assure qu’il sera très méticuleux dans sa quête de la nouvelle star.
C’est la deuxième fois que le Studio Père Laval s’engage dans une telle opération. La première fois, en 2002, Coup de pouce avait alors été lancé avec les mêmes objectifs pour marquer les dix ans du studio.
“Le Bon Dieu ne m’a pas donné beaucoup, mais suffisamment pour que ma femme et moi vivions bien. J’essaie d’aider les artistes qui veulent se lancer et mon plaisir est de les voir réussir”, confie Marcel Laval Job. Une fois que son histoire est contée, sa philosophie et la sincérité de ses mots deviennent claires. Dans la région et dans le domaine, sa réputation n’est plus à faire : l’homme est en passe de devenir un vrai symbole auprès de ceux qui ont eu l’occasion de le côtoyer.
Gramophone.
Tout part de la passion démesurée qu’a eue ce gamin du vieux Port-Louis pour la musique. Faute de pouvoir se payer une guitare à Rs 35, il s’en était fabriqué une avec une boîte de sardines et faisait régulièrement tourner le gramophone pour amuser la famille. Par la suite, c’est sa vie entière qui a connu une destinée spéciale.
Menuisier de profession, son amour pour la musique fit de lui le premier disquaire de Flacq dans les années 80. Un peu par hasard. L’homme, qui s’y était installé en 1956, venait souvent s’approvisionner en disques à Port-Louis et s’était constitué une belle collection de vinyles. Bientôt, pour rendre service, il commença à enregistrer les tubes d’alors sur cassettes. La demande grimpante et les encouragements de ses proches l’encouragèrent à transformer une partie de son atelier de menuiserie en music shop, qu’il baptisa des premiers syllabes de son nom : Malajo.
Modèle singapourien.
Parti étoffer son matériel à Singapour, l’homme découvre le travail en studio. Après une période de réflexion, il s’y rendra une fois de plus pour s’équiper afin de créer un nouveau projet. Initialement, le Studio Père Laval “avait été monté de mes propres mains pour mon plaisir. Même aujourd’hui, j’y viens à tout moment pour jouer aux instruments ou simplement pour immerger dans le monde de la musique”.
Motivé par le désir de permettre l’épanouissement musical, le Studio Père Laval a, depuis, reçu de très nombreux artistes. Parmi, des jeunes et des amateurs qui n’avaient pas forcément les moyens d’être enregistrés ailleurs. On ne compte plus le nombre d’albums qui en sont sortis et plusieurs des débutants d’alors sont aujourd’hui des références dans le domaine.
Malajo se trouve toujours dans le centre-ville, a changé de côté de rue, mais le magasin fait toujours partie du paysage. Malgré les difficultés que rencontre l’industrie du disque, le magasin demeure un point incontournable pour les autres passionnés, qui viennent souvent y discuter musique avec le propriétaire.
Premie lamour.
Aujourd’hui encore, il le répète souvent à son épouse : l’âge ne veut rien dire quand on sait rester frais dans sa tête. Marcel Laval Job s’est aussi entretenu en vivant pleinement ses passions : aucune folie ne pouvait être excessive. L’esprit vif et alerte, l’homme entretient une relation très particulière avec la musique. “Comment vous expliquer cela ? Je ne sais pas quoi dire”, hésite-t-il, avant de trouver une formule savoureuse. Dans la vie, il a deux amours : “Premie, se mo fam. Apre, ena lamizik. Fer kouma dir li mem mo metres”, résume-t-il, avant de s’esclaffer.
À 81 ans, ce frais mélomane n’en démord pas…