La grève dans l’industrie sucrière, qui est entrée aujourd’hui dans son 6e jour, amorce un nouveau tournant. L’un des derniers développements intervenus durant le week-end a été la décision des animateurs du Joint Negotiating Panel (JNP) syndical de l’industrie sucrière de soumettre une série de propositions sous la forme d’un deal en vue de mettre un terme à cette action syndicale. Les détails ont été transmis par correspondance en date d’hier et adressée au ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, qui est actuellement dans l’attente d’une décision des représentants de la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) dans la matinée en vue de décider de la marche à suivre. Le signe positif dans ce dernier “move” syndical demeure cette prédisposition pour un arbitrage sous la présidence d’un juge de la Cour suprême ou d’un arbitre indépendant. Entre-temps, le JNP poursuit sa mobilisation sur le terrain en vue de la marche pacifique programmée pour mercredi dans les principales artères de la capitale avec une lettre déposée au Prime Minister’s Office à l’intention de Navin Ramgoolam.
« Nous avons consenti un effort majeur en vue de créer les conditions d’une sortie de crise dans l’industrie sucrière avec, à la clé, la fin de la grève. Nous proposons un deal comprenant différents volets, dont une révision salariale intérimaire représentant 50% de la demande des syndicats et le recours à un arbitrage d’un juge de la Cour suprême ou d’un arbitre indépendant », a fait comprendre Ashok Subron, négociateur du JNP, au Mauricien. Les dirigeants syndicaux s’appesantissent sur un point fondamental par rapport aux attributions de l’arbitrage envisagé. « Il n’est pas question pour le JNP d’accepter que l’arbitrage indépendant se penche sur des “issues” relevant des droits acquis des laboureurs et des artisans de l’industrie sucrière, comme la semaine de 40 heures ou encore le calcul des heures supplémentaires », poursuit cependant Ashok Subron.
En cas d’acceptation de la première condition menant à l’arbitrage, soit la révision salariale intérimaire, les employés des autres filières de l’industrie cannière, autrement dit ceux des raffineries et des centrales thermiques, devront être en mesure de bénéficier de cette mesure. « Une autre condition à cet arbitrage de la Cour suprême est que le ministère du Travail et des Relations industrielles initie des procédures au pénal contre les compagnies sucrières susceptibles d’avoir violé la loi au sujet des emplois saisonniers. Les preuves existent bel et bien, et cela peu importe l’interprétation des données à cette disposition de la loi », ajoute-t-il.
D’un point de vue général, Ashok Subron ne cesse de rappeler au Premier ministre, Navin Ramgoolam, qu’il n’est nullement envisageable d’avoir recours à une injonction de la Cour suprême pour forcer à mettre un terme à la grève. « Dans la conjoncture, tout ce que je peux dire à Navin Ramgoolam est simple : j’espère qu’il ne souhaite pas entrer dans l’histoire comme étant le Premier ministre ayant “cassé” la première grève légale du pays. »
Sur le terrain, les laboureurs et artisans de l’industrie sucrière continuent de maintenir la pression, comme cela a été le cas durant le week-end aux abords de la sucrerie d’Omnicane, dans le Sud. Une atmosphère presque identique a régné dans le Nord et à l’Est de l’île. Des tentes ont été dressées aux deux entrées de l’usine Omnicane, permettant aux grévistes de faire face au temps peu clément. Certains avaient passé la nuit sur place et s’apprêtaient encore à veiller afin d’assurer une présence régulière sur les lieux. « Nous avons procédé à notre propre shift system », explique Gérard Lall, délégué syndical.
Certains sont venus d’aussi loin que Bel-Ombre, Britannia ou encore Mon Désert pour assurer le “shift” de nuit. Ils expliquent que les cannes de leurs régions sont broyées à La-Baraque, d’où leur présence. Les artisans ironisent même sur la situation : « C’est la première fois que nous avons autant de plaisir à faire le “shift” de nuit. »
Depuis le début de la grève, le piquet de grève se poursuit devant l’usine d’Omnicane. Les grévistes disent avoir le soutien de leur famille : « Elles sont à 100% avec nous. Elles connaissent nos problèmes et comprennent pourquoi nous nous battons. » Ils ne cachent pas qu’il y a quand même des craintes et que, dans certaines familles, on aimerait que cela se termine au plus vite.
En ce début de semaine, le JNP a entamé une campagne en vue de la « marche pacifique » prévue à Port-Louis ce mercredi à partir de 11 heures, partant de Bell-Village à la Plantation House et le Prime Minister’s Office. Les syndicalistes du JNP affirment avoir déjà obtenu les autorisations nécessaires pour cette manifestation.
« Alor artizan, labourer, travayer rafinnri-termik ek tou travayer Moris ki kont dominer, vini. Nou travayer, inspire par Emmanuel Anquetil-Pandit Sahadeo, bann pere fondater PTr ek sindikalism morisyen, nou desann Port-Louis. Nou travayer, ki pa finn bliye memwar nou Mama Anjalay, mor par bal dan konba kont dominer tablisman, nou desann Port-Louis », lancent les syndicalistes en guise de mot d’ordre en ce début de semaine à moins que, d’ici là, la grève ait connu un dénouement quelconque…