Jacques d’Unienville, le CEO d’Omnicane, a exprimé les craintes du secteur avec la fin des quotas pour les betteraviers européens. Il estime que cela aura des répercussions néfastes sur le prix du sucre qui va accuser une baisse conséquente. Qui plus est, les gros acheteurs ne se pressent pas et attendent cette baisse avant de finaliser leurs commandes. Il estime qu’il faut développer davantage le marché régional pour faire face à la situation.
Le secteur sucre passe par des moments difficiles. Profitant du lancement d’un nouveau projet de production d’électricité à partir du biogaz, Jacques d’Unienville a émis des craintes avec la fin des quotas pour les producteurs européens le 1er octobre prochain. Cette situation, souligne le CEO d’Omnicane, provoquera un surplus de sucre sur le marché et entraînera une baisse du prix. La conséquence de l’arrêt des quotas est que la production augmentera significativement. Les estimations sont que les pays de l’Union européenne produiront 20 M de tonnes de sucre pour l’année qui vient. Donc, il y aura un surplus des exportations de l’Union européenne, qu’on estime à environ 3 M de tonnes et demie. Dans une telle conjoncture, les acheteurs ne se pressent pas. « Généralement, les gros acheteurs ont un contrat d’un an. Pour la première fois, nous sommes à 20 % des commandes seulement, au lieu de 80 %. Les acheteurs attendent qu’on vienne déverser le surplus chez eux. Les prix vont dégringoler. Cette année, il y a une différence de 100 euros comparé à l’année dernière. »
Le CEO d’Omnicane indique que l’espoir reposait sur le marché kényan où il y a actuellement une grande sécheresse. « Mais il se trouve qu’il y a en ce moment 160 000 tonnes de sucre venu du Brésil sur le marché kényan. Au Kenya, généralement le sucre se vend à 800 dollars américains la tonne. Il est tombé à USD 400 la tonne. »
Tout en souhaitant que cette situation ne soit que temporaire, Jacques d’Unienville est d’avis qu’il faudra jouer davantage la carte régionale. « Ce n’est pas facile en ce moment dans l’industrie », concède-t-il.
Sollicité par Le Mauricien sur cette question, Jacques d’Unienville a réitéré ses appréhensions : « Nous sommes dans une conjoncture difficile. Pour la première fois, il n’y a plus de quota de production chez les betteraviers européens. Donc, le marché européen sera en surplus et inévitablement, les prix sont en train de baisser en ce moment. Nous, nous sommes à la recherche de marchés alternatifs et à travers le Syndicat des sucres, il y a un gros effort qui est fait pour développer le marché régional. Ce marché peut être très porteur pour les industriels mauriciens, mais il y a des petits couacs comme en ce moment avec les importations temporairement sur le Kenya qui ont pour effet aussi de baisser le prix là-bas. »
Il rappelle toutefois que les pays de l’Union européenne représentent un marché important pour nous. « Nous avons un produit, les sucres spéciaux, qui sont des produits uniques que nous pouvons faire nous uniquement. Ces produits vont garder quand même un taux de valeur ajoutée assez important. Par contre, au niveau du sucre raffiné, la commodité sucre, là c’est plus difficile cette année-ci. Pour les marchés dans la région, nous avons des possibilités aux Comores, à Madagascar, aux Seychelles, un peu en Afrique du Sud et au Kenya, qui est un marché très important. »
Ajouté à cette situation, la coupe qui a démarré il y a à peine quelques semaines, s’annonce également difficile. « Cette année on a une saison très atypique, avec beaucoup de pluies pendant l’hiver. Ce qui fait qu’avec le taux important de mécanisation maintenant, souvent les machines n’arrivent pas à entrer dans les champs. Il y a des jours où on n’arrive pas à couper les cannes et les acheminer vers l’usine. Autrement ça se passe bien. »