Le dur réveil de Maurice, que ce soit du côté de l’hôtel du gouvernement ou de la Plantation House, face à l’échéance post-2017 pour le sucre vers l’Union européenne (UE), pourrait bénéficié du tremplin de l’Assemblée paritaire ACP–UE pour une tentative de lobbying. Des indications disponibles à 24 heures de l’ouverture de la 11e réunion régionale de l’Assemblée paritaire des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et de l’UE, qui se réunira à Maurice jusqu’à vendredi, confirment que le démantèlement de la Regional Sugar Quota Allocation à partir de 2017 devrait constituer une préoccupation majeure. Maurice compte prendre avantage du déplacement des représentants politiques européens et des ACP en vue de les sensibiliser sur la nécessité d’une révision de cette mesure affectant l’industrie sucrière des ACP. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et le ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, comptent aborder ce dossier de brûlante actualité lors des séances de travail avec le secrétaire général des ACP, le Ghanéen Alhaji Muhammad Mumini, en marge des délibérations de l’Assemblée paritaire.
La question du sucre des ACP, avec l’avènement du “Winding Up of the Sugar Quota Regime” de l’UE à partir de 2017, pourrait être évoquée par le président de la république, Kailash Purryag, à l’ouverture officielle de l’assemblée paritaire demain après-midi. C’est ce qu’avancent des sources autorisées à l’hôtel du gouvernement, en soulignant que le président de la république possède une maîtrise du dossier sucre puisque qu’il avait été étroitement mêlé aux négociations ACP–UE à des étapes cruciales alors qu’il occupait le portefeuille ministériel du Plan et du Développement économique.
La représentante de Maurice au sein de l’Assemblée paritaire, la parlementaire rouge Nita Deerpalsing, et l’ambassadeur de Maurice à Bruxelles, qui a fait le déplacement à Port-Louis, sont en présence de consignes strictes pour faire état de la position de Maurice par rapport à l’échéance post-2017 lors de ces discussions. Le Premier ministre, qui recevra en tête-à-tête le secrétaire général des ACP pour des discussions, compte établir une “roadmap” en vue d’une campagne de lobbying auprès des instances européennes compétentes pour revoir le démantèlement complet du système de quota de sucre en Europe. Il n’est pas exclu que l’intensification de la campagne puisse culminer avec le prochain sommet conjoint de l’UE et des ACP, prévu pour avril prochain à Bruxelles.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères, qui s’entretiendra également avec le secrétaire général des ACP lors de son passage à Maurice, met l’accent sur l’urgence pour l’UE de débloquer les “Unused Funds Allocated under the Sugar Accopmpanying Measures”. Bruxelles « doit “recommit” ces fonds émanant sous cette enveloppe de 2,4 milliards d’euros en faveur des pays producteurs de sucre des ACP, qui ont initié des programmes de réforme », soutient-il. « Il est également important que la multifonctionnalité de l’industrie sucrière, et plus particulièrement dans le cadre de la lutte contre le réchauffement de la planète, soit tenue en ligne de compte dans ce contexte », poursuit le ministre des Affaires étrangères, qui a été pendant des années le porte-parole des ACP, sur le dossier.
De son côté, le ministre de l’Agriculture prévoit de recevoir aujourd’hui une délégation officielle de l’industrie sucrière, menée par le Syndicat des sucres, en présence des officiels de la Mauritius Cane Industry Association (MCIA), pour passer en revue les perspectives pour l’industrie sucrière avec l’échéance post-2017. Ces consultations s’inscrivent dans le cadre d’un “Cabinet Memorandum” devant être piloté par le ministre de tutelle sur le dossier sucre lors de la prochaine réunion du conseil des ministres.
Outre le sucre dans le contexte de l’horizon post-2017, la baisse du prix de la tonne de sucre payée aux planteurs par le Syndicat des sucres, soit de l’ordre de Rs 16 500 en 2013, une somme inférieure à plus de Rs 1 000 comparativement, demeure également une des préoccupations majeures du moment. A cet effet, des questions se posent dans les milieux sur les dispositions contenues dans le “Long Term Partnertship Agreement” entre le Syndicat des sucres et Sudzucker avec, pour objectif, d’offrir aux planteurs de cannes une garantie contre la baisse des prix du sucre à l’exportation. Une mission de haut niveau de Sudzucker est attendue à Maurice à partir de demain pour des consultations avec le syndicat.
« Tout semble indiquer que le mécanisme prévu dans cet accord commercial à long terme n’a pas fonctionné pour assurer cette protection aux planteurs de canne. Ensuite, le “frontloading” d’une somme de Rs 800 millions, annoncé avec la reconduction du contrat avec Sudzucker pour la période post-2015, ne s’est pas encore matérialisé », souligne-t-on dans des milieux officiels, tout en s’appesantissant sur le fait que « les planteurs de cannes doivent bénéficier d’une prime pour la survie de ce secteur économique ».