La communauté des planteurs de cannes et l’ensemble des producteurs sucriers, qui tentent encore d’évaluer les retombées négatives de l’échéance 2017 sur le marché sucrier en Europe, ont essuyé un premier coup dur. En effet, le Syndicat des Sucres, organisme responsable du marketing de la production sucrière locale, a confirmé une réduction de son estimation du prix de la tonne de sucre aux planteurs pour la récolte de 2013 : Rs 16 000 la tonne contre Rs 17 573 pour la récolte de l’année précédente. Le manque à gagner pour l’ensemble de l’industrie sucrière est évalué préliminairement à quelque Rs 600 M.
Cette réduction du prix de la tonne de sucre aux planteurs intervient au lendemain d’un dernier round de négociations entre la direction générale du Syndicat des Sucres et le groupe sucrier européen Sudzucker. Très peu de détails ont transpiré de ces consultations de haut niveau, qui se sont déroulées à Dubaï récemment et non en Allemagne où se trouve le siège de ce conglomérat.
Au sein de la communauté des planteurs, l’annonce de cette baisse de prix a créé un véritable désarroi compte tenu de la promesse par Sudzucker d’un Frontloading de Rs 800 M, démarche qui ne s’est nullement matérialisée jusqu’ici. « Au lieu d’obtenir une avance de Rs 800 millions, nous nous retrouvons aujourd’hui avec un trou d’un peu plus de Rs 600 millions dans nos recettes. À ce stade, malgré les assurances du Syndicat des Sucres, nous sommes à même de nous poser des questions au sujet de l’avenir des planteurs de cannes avec la date butoir de 2017 et l’élimination des quotas d’exportation en Europe. Eski vre mem, nou pou bizin al rass cannes pou plante fatak pou viv ? » s’est demandé un animateur des associations de planteurs, jusqu’ici plutôt sympathique aux thèses défendues par le Syndicat des Sucres par rapport à l’évolution de la situation sur le marché sucrier européen.
Dans un communiqué émis aujourd’hui, le Syndicat des Sucres soutient avoir révisé à la baisse l’estimation du prix de la tonne de sucre de Rs 16 500, établie en juin de l’année dernière, à Rs 16 000. Pour justifier cette décision, le rapport officiel de la Commission européenne, publié en février dernier, sur l’évolution des prix en Europe, est pris à témoin. « (Dans le rapport de février), la moyenne des prix obtenus pour le sucre blanc raffiné livré ex-usine était de 629 euros la tonne. En mai 2013, lors le Syndicat des Sucres avait établi sa première estimation, ce prix était de 725 euros la tonne. Cela indique qu’il y a eu une baisse conséquente de 96 euros par tonne de sucre, soit de plus de 13 % sur une période de neuf mois », indique le communiqué officiel.
Dans un autre ordre d’idées, le Syndicat des Sucres souligne que « les prix ont commencé à baisser à partir de janvier 2013. Une chute plus accentuée était ressentie au cours du dernier trimestre de 2013 ». Deux facteurs sont mis en avant pour expliquer la tendance baissière du prix du sucre, en l’occurrence « les mesures spéciales prises par la Commission européenne en 2013 afin d’augmenter la disponibilité du sucre sur le marché de l’Union européenne avec une quantité additionnelle de 1,2 million de tonnes de sucre ainsi mise sur le marché et la baisse significative des cours mondiaux du sucre durant la même période ».
Dans la conjoncture, l’une des principales craintes entretenues au sein de la communauté des planteurs de cannes et de producteurs sucriers porte sur le déplacement du sucre produit à partir de la canne au profit de la betterave sur le marché rémunérateur en Europe. C’est ce qui explique des initiatives envisagées par le Syndicat des Sucres d’aller sonder du côté du vaste marché de la République populaire de Chine ou encore de l’Inde pour écouler la production sucrière locale.