Le rapport annuel de l’Union européenne portant sur les Prospects for Agricultural Markets and Income, qui a été reçu en début d’année comme une véritable douche froide par le Syndicat des Sucres avec la confirmation de l’abolition des quotas à partir d’octobre 2017, remet ça en cette fin d’année. Ainsi, l’édition 2014 de cette étude européenne, qui vient d’être publiée en ce début de décembre, confirme les sombres perspectives pour les pays exportateurs de sucre en Europe. Le fait brutal demeure qu’avec l’élimination des Sugar and Isoglucose Quotas en 2017, le prix du sucre accusera une baisse de 42,5% comparativement à celui en vigueur en 2012, soit sur une période de cinq ans. Mais pire encore pour les producteurs de sucre des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), l’Europe se transformera en une force avec laquelle il faudra compter car son secteur sucrier aura gagné en compétitivité au point d’écarter les ACP de ce marché avec un prix rémunérateur jusqu’ tout récemment.
Le rapport de l’Union Européenne sur les Prospects for Agricultural Markets and Income in the EU 2014-2024 est catégorique au sujet des répercussions de la décision visant à éliminer les quotas de sucre en Europe. « The abolition of sugar and isoglucose quotas in 2017 has far-reaching impacts on the sweetener market over the outlook period. The EU sugar price is expected to decline and approach the world market price, forcing the sector to become more competitive and reducing the incentive for trade partners to export to the EU », souligne le rapport à la page 25.
Au cours de cette même période, l’Europe devrait devenir autosuffisante en sucre avec une augmentation dans la production d’isoglucose pour remplacer le sucre. « In the last four marketing years, the world has seen an oversupply of sugar, leading to a steady drop in world sugar prices. In the coming campaign, world supply and demand are expected to be in balance. Prices are not expected to increase, due to big stocks weighing on the markets », prévoit encore cette analyse de l’UE, qui rappelle que le prix de la tonne de sucre devra descendre sous la barre des 500 euros avant la fin de cette année, soit à 495 euros.
Toutefois, la situation s’annonce encore extrêmement difficile pour les années à venir, le prix du sucre se situant dans la fourchette des 416/415 euros entre 2017 et 2020. Ce prix représente une baisse de 42,5% par rapport aux 723 euros la tonne payés en 2012.
Analysant les effets de l’abolition des quotas sur le prix du sucre, l’UE mise sur un changement structurel du marché du sucre. « One of the goals of the sugar reform is to make the sector more competitive in order to face increased exposure of the EU sugar market to world markets and competition with isoglucose. The most prominent effect anticipated is closer alignment of the EU white sugar price with the world market price », note le document.
Dans cette perspective, l’écart entre le prix de la tonne de sucre raffiné en Europe et le cours sur le marché mondial, qui est actuellement de 200 euros, sera ramené à environ 50 euros. « Given the bearish prospects for world sugar prices in the coming years, this could result in a domestic price only slightly above 400 EUR/t by 2019. The convergence is expected to start even before the quotas are removed », prévient l’UE.
Un autre danger qui guette la production sucrière des pays ACP porte sur l’importance accrue de la part de marché de l’isoglucose. « Consumption and production are expected to take off as early as 2017, as players in the industry are preparing for isoglucose to replace sugar. The final share of isoglucose in sweetener consumption is conditional to the price of maize, to the production of sugar beet after the quota abolition and to the uptake by food processors – linked also to consumer taste adaptation », soutient le document de l’UE.
La conséquence logique de ce mouverment est un déplacement des contingents de sucre des exportateurs traditionnels. « Since the reform of the sector in 2006, the EU has turned from being a net exporter of sugar into a net importer. Over the outlook period, the EU production is expected to regain self-sufficiency and even be an occasional net exporter. This will lead to a reduction of the domestic sugar price in the EU and make imports less attractive. Therefore, it is expected that sugar imports will decline from current levels » concède Bruxelles, qui n’écarte pas une perte de marché pour les producteurs des ACP.
Intervenant lors de la réunion annuelle de l’International Sugar Organisation (ISO) qui s’est tenue à Londres la semaine dernière, le Premier ministre des Fidji et également responsable du portefeuille du Sucre, Voreqe Bainimarama, a situé l’enjeu de l’abolition du quota pour son pays et également pour les pays producteurs de sucre des ACP. « The abolition of EU sugar production quotas post 30 September 2017 and the consequent adverse implications on sugar prices poses a very big challenge indeed. Moreover, EU sugar prices have already come under pressure, with significant falls compared to prevailing prices over a year ago », a-t-il déclaré en faisant état de l’urgence de l’adoption d’une politique de diversification.
Il n’y a pas que des pays qui sont préoccupés par l’abolition des quotas à partir de 2017. Des conglomérats, comme Illovo Sugar, envisagent des ajustements dans leur stratégie pour pouvoir survivre dans les années à venir. « We are getting a much lower contribution for our EU sales than we were previously, that is why we are trying to move into markets that give us better return on our sales than the EU. Moving away from EU and maximising domestic market sales is what we [are] trying to do. This will include growing the regional market and this will involve creating pre-pack brands that we can try and position into the market and get [a] consumer pool », fait comprendre Gavin Dalgleish d’Illovo Sugar, l’un des plus importants producteurs de sucre en Afrique.
À Maurice, le gouvernement a commandité une étude auprès de la firme d’experts-conseil britannique Landell Mills pour un diagnostic des retombées de l’abolition des quotas et l’élaboration d’une série de mesures pour encadrer ce secteur économique au cours de ces années délicates à venir. Tout semble indiquer que le prix de la tonne de sucre aux planteurs devrait se maintenir à Rs 12 000, prix considéré comme étant nettement insuffisant pour la viabilité des opérateurs à tous les niveaux de l’industrie cannière.
Le gouvernement, qui sortira des urnes mercredi prochain, aura tout intérêt à se pencher sur ce dossier préoccupant avant qu’il ne soit trop tard…