Les recommandations de LMC International sur les conséquences de l’abolition des quotas de sucre en Europe à partir de 2017 ne feront qu’ajouter de l’huile sur le feu dans l’industrie sucrière. En fin de semaine, ayant pris connaissance de la teneur de ce document de 180 pages en date de janvier 2015 et commandité par le précédent gouvernement de Navin Ramgoolam, les animateurs du Joint Negotiationg Panel syndical n’ont pas tardé pour monter au créneau dénonçant un complot contre les travailleurs de l’industrie sucrière avec la « main invisible » de la Mauritius Sugat Producers Association (MSPA). Face à l’érosion totale des préférences, vu que les prix en vigueur depuis l’année dernière ne sont nullement viables pour les producteurs sucriers, les représentants de LMC préconisent des coupes substantielles dans le Package offert aux employés de l’industrie sucrière, laboureurs aussi bien qu’artisans, avec l’introduction de la semaine de sept jours et obligation de travailler le dimanche sans aucun régime spécial. L’abolition du droit de grève fait également partie des recommandations.
L’analyse de LMC sur l’avenir de l’industrie sucrière ou cannière avec la perspective de l’abolition des quotas d’exportation en Europe à partir de septembre 2017 est des plus sombres. Mais le plus important demeure que les répercussions négatives se font déjà sentir pour la communauté des planteurs de cannes dès maintenant d’où l’urgence des mesures à prendre pour sauver ce qui peut être sauvé dans ce secteur économique.
Ainsi, LMC souligne que le prix de la tonne de sucre, qui était de l’ordre de 700 euros il y a deux ans de cela, est coté aujourd’hui dans la fourchette de 400 à 430 euros avec des risques de nouvelles baisses. La menace viendra principalement du sucre de betterave. L’agressivité avec laquelle les betteraviers veulent améliorer leur part du marché du sucre portera de graves préjudices pour le sucre à base de cannes sur le marché européen.
« When quotas are lifted, the beet industry is planning to supply a greater share of internal market demand at the expense of imports (of cane sugar). To gain market after 2017, sugar prices will fall to level at which it is no longer attractive for overseas suppliers to ship sugar to the European Union. The implication is that overseas suppliers will no longer earn a preference from sales of raw or refined sugar in the EU vis-à-vis the world market », indiquent les experts de LMC dans leur introduction au rapport soumis au ministre de l’Agro-Industre, Mahen Seeruttun.
Pas d’autre choix pour Maurice
Les consultants britanniques tirent la sonnette d’alarme en avançant que « the consequences of greater supply in the EU market can already be seen today. 2014 represents a real wake-up call for thing to come and the response has to start now and not in 2017 when it will be too late ». Ils s’appuient sur le fait que dans ses prévisions le Syndicat des Sucres avait établi l’année dernière un prix de Rs 12 500 la tonne de sucre aux planteurs, prix qui est considéré « far below the viability price of producers throughout the sector ». Ils s’appesantissent sur le fait que « the threats ahead are so formidable that Mauritius should do away with the shackles of its sugar industry and thonk, in terls of competition in a globalised world ».
Pour LMC, Maurice n’aura d’autre choix que de faire face à la nouvelle réalité et mettre en pratique les mesures correctives nécessaires. « The Mauritian sugar industry will have to stand up to such challenges. Price forecasts for 2014 and for the next years are lower than what is required to ensure that Mauritian producers receive a price that is consonant with viability », ajoutent les consultants, qui prévoient également que « prices within the European union may fall to reflect export values (i.e. the world white sugar price) ».
Le rapport LMC regrette que « the sugar sector is today carrying rules and practices that date back to times when sugar accounted for 90% of net exports, 30% of GDP, 30% of employment and was covered by preferential trade agreements guaranteeing access and remunerative prices ». Or, la réalité du jour est différente, car le sucre ne représente que 15% des exportations et n’a qu’un poids de 2% au niveau du PIB et de l’emploi.
Nouvelles mesures et recommandations
Toute une gamme de nouvelles mesures de nature restrictive et suscitant des controverses est proposée sur le plan des relations industrielles, dont l’élimination des avantages sous le Blue Print et les VRS/ERS pour toute compression de personnel à venir dans l’industrie sucrière en précisant les dispositions prévues dansa loi pour les autres secteurs de l’économie, dont le recours au Welfare Fund tout simplement, l’introduction de la semaine de sept jours pour les opérations à l’usine, dont la semaine de six jours pour les employés et aucun régime spécial pour le travail du dimanche, la possibilité d’importer de la main-d’oeuvre étrangère en vue d’alléger le fardeau des petits planteurs, la révision des lois du travail pour enlever le cap de 20% sur l’embauche de la main-d’oeuvre saisonnière et pour faire de sorte que « strike action does not substitute itself to arbitration », en clair : l’élimination du droit de grève, l’élimination de la double compensation quand les conditions d’un Collective Agreement et celles d’un COLA sont applicables sur les salaires, le Collective Bargaining au niveau de la compagnie, une extension de la mécanisation autant que possible, le maintien du traitement différentiel pour les contributions des pensions, le Multi-Tasking et Multi-Skilling des employés et l’adoption d’une grille des salaires récompensant l’expérience et la qualité du travail et aussi des responsabilités accrues aux employés en vue d’améliorer leur contribution à la performance globale de l’entreprise.
Le rapport de LMC, intitulé « The Economic, Social and Environmental Impact on Mauritius of Abolition of Interbal Quotas of Sugar in the EU Market » comporte également une série de recommandations en faveur des petits planteurs de l’industrie sucrière, une refonte des institutions financées à partir du CESS, une exploitation optimale des sous-produits de la canne, dont la bagasse pour produire de l’énergie l’électrique de l’éthanol de même qu’un nouveau cadre d’opérations pour le Syndicat des Sucres, avec la mise sur pied d’un nouveau Sugar Hub.
En résumé, LMC ne manque pas de faire état des trois principales raisons affectant le prix du sucre à l’exportation, soit « the causes of weaker industry prices are threefold : lower prices in the EU, which have come about well in advance of the abolition of quotas, greater competition in the markets for special sugars, which is destroying value in the sector and a strong rupee ».