Il n’a pas obtenu de ticket pour les élections générales de novembre. La raison, il ne la connaît pas. Sudesh Rughoobur, ancien député de la circonscription de Poudre-d’Or/Grand-Baie (No 6), et qui a retrouvé son poste de CEO à plein-temps, reste cependant toujours actif dans la politique. Ayant pris ses distances du MSM, il reste ouvert à des discussions avec ceux qui sont issus d’autres partis traditionnels. Son but est de revenir au Parlement pour travailler pour ses mandants.

On ne vous voit plus, ni on ne vous entend. Où êtes-vous en ce moment ?
Après les élections générales, je suis retourné à mon poste de CEO du groupe Kalis à plein-temps. Mais je continue toujours mon engagement politique et social. Je suis très actif dans la circonscription et je compte continuer mon combat que je mène depuis plusieurs années.

Comment avez-vous vécu cette transition ?
Pour être honnête, cette transition est difficile. Comme tout homme politique, j’ai cette ambition de servir mon pays. Lorsqu’on est au Parlement, nous avons cette opportunité de servir très activement. Cette opportunité se traduit à travers les questions parlementaires, nous défendons nos mandants, nous participons aux débats pour exprimer notre opinion. Tout cela me manque, mais c’est la vie. Je souhaite que dans les années qui viennent, j’aie encore cette opportunité de servir comme député.

Mais à quel moment votre relation avec votre ancien parti a commencé à s’effriter ?
En toute honnêteté, plusieurs amis députés me disaient qu’il était difficile que j’obtienne un ticket. On me voyait un peu trop rebelle au Parlement. C’était le cadet de mes soucis et je ne me fatiguais pas trop la tête avec cela. J’étais passionné par mon travail et le plus important, c’était le résultat que j’apportais comme député et de m’assurer que la confiance de l’électorat n’est pas trahie. J’ai fait mon travail en toute indépendance. C’est ce qui m’a animé en tant que député. Lorsque les élections approchaient et que j’ai évalué mon travail accompli dans la circonscription, je me disais qu’il n’y avait aucun doute que j’obtienne un ticket. C’est vrai que j’étais très déçu lorsque le Premier ministre m’a informé que je n’aurais pas de ticket pour les élections. J’ai accepté sa décision car c’est lui le leader et le Premier ministre. Mais puisque mon ambition est de servir le pays, j’ai pris en considération deux éléments importants. En premier lieu, je voulais évaluer si le travail que j’avais accompli était correct. Est-ce que mes mandats étaient satisfaits de mon travail ? C’est une question que je me posais régulièrement. Et la deuxième était comment je fais pour continuer le travail que j’ai commencé depuis cinq ans. Je me suis dit si je n’obtenais pas de ticket, j’aurais une alternative pour que je puisse continuer le travail entamé. Donc, j’ai décidé d’être candidat et nous savons tous les résultats. Depuis ce jour, je continue mon combat loin du Parlement.

Vous êtes toujours très actif au niveau social. En tant que politicien, vous avez sûrement lu le discours-programme du gouvernement. Quelles sont vos impressions ?
Le discours-programme présente de bonnes intentions tout comme celui de 2015. En tant que patriote, nous souhaitons que le gouvernement réussisse dans toutes ses propositions. Ce qui m’intéresse toujours, c’est le développement durable. Le gouvernement a annoncé des mesures pour que tout projet de développement soit durable. On parle aussi de l’introduction d’un Climate Change Bill. Je souhaite qu’on vienne vite avec cette législation. J’ai mis beaucoup d’accent sur le développement durable dans ma circonscription pour plusieurs raisons. Nous savons tous que nous avons des zones humides qu’il faut protéger. Je souhaite que le Climate Change Bill protège ces zones. Nous avons parlé du combat contre la drogue. L’accent a été mis sur le côté répressif. Ce qui m’a déçu le plus, c’est l’absence sur le plan préventif et la réhabilitation. Je souhaite que le gouvernement présente une politique claire sur la prévention et la réhabilitation. Il existe un déficit sérieux à ce niveau. Nous ne gagnerons pas ce combat si aucun accent n’est mis sur la prévention et la réhabilitation. Je le dis haut et fort. Je constate également que nous avons parlé, en un paragraphe uniquement, du combat contre la fraude et la corruption. Pour moi, le gouvernement devra faire un effort énorme dans son combat contre la fraude et la corruption. Je sais qu’on a fait un petit effort s’agissant de la déclaration des avoirs mais il faut qu’on y mette encore plus d’accent. S’il faut revoir le rôle de l’Independent Commission Against Corruption il faudra le faire. Il faut qu’on assure la transparence et l’équité à tous les niveaux. Les doutes que nous avons sur la gestion des institutions publiques doivent être dissipés. Il ne faut pas avoir cette perception que les gens construisent de grandes maisons ou de grands bâtiments des fonds qu’ils ne peuvent expliquer. Il faut que les Mauriciens puissent croire dans leurs dirigeants politiques sans aucune arrière-pensée. Ce combat est très important pour nous et pour le pays. La phase d’exécution est la plus importante après le discours-programme. Ce qui sera essentiel dans cette phase concerne nos ressources pour que nous puissions répondre aux aspirations de la population. Pour que cela se réalise, il nous faut des gens capables à la tête de nos institutions. Je suis un peu déçu de ce discours-programme au sujet des collectivités locales. Je souhaite que le gouvernement propose une réforme complète. Il faut qu’on revoie le fonctionnement de la Local Government Act. Les collectivités locales ont un grand potentiel et peuvent grandement aider le gouvernement.

Les nominations sont faites çà et là. Certains postes ne sont pas encore remplis. Craignez-vous qu’on choisisse ceux qui les occuperont plus pour leur proximité avec le pouvoir que pour leurs compétences ?
Il faut nous poser des questions sur la manière de nommer les gens à la tête des institutions. Tous les gouvernements que nous avons eus ont nommé leurs proches. C’est un peu normal. Mais il faut que ces gens soient capables. Si vous voulez nommer vos proches, faites-le mais à condition qu’ils soient compétents. Ces gens doivent apporter des résultats. C’est très important. C’est de cette façon qu’on réalisera nos ambitions.

Ne croyez-vous pas qu’en étant au sein d’un parti connu vous avez plus de chances d’être élu ?
Il est malheureux que ce soit ainsi. J’étais sous la bannière d’un petit parti et cela ne passe pas. L’électorat exprime sa fidélité envers les partis traditionnels. Cela nous prendra beaucoup d’années avant que les nouveaux partis ne soient connus. À condition qu’ils soient en alliance avec les grands partis. Il n’y a rien de mal s’il y a une restructuration au niveau des grands partis. Le parti n’est pas important, ce qui compte le plus c’est la composition de ceux qui sont au sein du parti, cette soif de transformer le pays. Les gens s’identifient avec un parti car ils croient dans sa vision. J’ai eu la chance de servir le pays grâce au MSM. Mais si un grand parti m’approche, je réfléchirai avant de répondre.

Quelles sont les leçons que vous retenez de ces cinq dernières années ?
Il faut être suffisamment indépendant pour vivre son ambition. Sinon, ce sera difficile d’avoir un esprit ouvert et de s’exprimer librement. Mais en même temps, c’est très difficile d’être indépendant au sein d’un parti. Rester indépendant tout en respectant la ligne du parti est très compliqué car lorsque nous parlons de la ligne du parti, c’est difficile de la définir. Dans mon cas, il y a un conflit perpétuel entre mon indépendance et la ligne du parti. Je n’ai choisi ni mon indépendance, ni la ligne du parti mais l’intérêt de mon électorat. Je suis resté ferme sur mes principes. Est-ce cela qui m’a coûté un ticket ? Possiblement oui ou peut-être que non. C’est le leader de mon ex-parti qui pourra répondre.

Qu’est-ce qui vous a marqué après ces élections ?
La déception de ma mère lorsque je n’ai pas eu de ticket. Elle sait comment j’ai travaillé dur. Elle a vu comment je me suis donné corps et âme durant ces cinq dernières années.

En tant que directeur d’entreprise, quel est votre constat sur notre économie ? Pensez-vous que les gens vivent mieux aujourd’hui ?
Aujourd’hui, notre objectif est de faire de Maurice un pays à revenu élevé. Mais il faut que nous encouragions le gouvernement pour aller dans cette direction. En parlant de faire de Maurice un pays à revenu élevé, nous nous retrouverons à nous mesurer au train de vie des pays tels que Singapour ou la Corée du sud. Mais il faut qu’on réalise que pour aller dans cette direction, nous devons d’abord avoir la croissance dans nos secteurs traditionnels et émergents. Aujourd’hui, le tourisme me fait peur. Avec ce que nous vivons en Chine, notre secteur est déséquilibré. C’est l’un des secteurs sur lequel nous comptons beaucoup pour qu’on ait des devises étrangères. Si nous prenons le cas du secteur manufacturier, nous observons qu’avec la compétition, nous ne faisons aucun progrès. Il est important que les institutions mises en place jouent leur rôle comme il le faut. Par exemple, concernant l’Economic Development Board, il faudra qu’on fasse une évaluation et qu’on revoie son rôle pour que nous puissions booster ce secteur. Je ne vais critiquer personne au niveau de l’EDB, mais je pense qu’il est arrivé un moment pour qu’on fasse une évaluation. Les services financiers et la technologie sont deux secteurs sur lesquels nous nous appuyons pour qu’il y ait plus de croissance. Le gouvernement veut mettre en place une nouvelle Planning Commission au niveau du ministère des Finances. Il est important que nous prenions des mesures pour que nos secteurs traditionnels et nos secteurs émergents sur lesquels nous comptons apportent la croissance pour que Maurice devienne ce pays à revenu élevé. Nous comptons aussi sur le secteur de l’économie bleue mais nous ne constatons pas grand-chose jusqu’à présent.

Pensez-vous que les Mauriciens vivent mieux malgré le salaire minimum ou la Negative Income Tax ?
Il faut comprendre une chose. Dans le passé, nous avions toujours eu cette politique où nous partagions ce que nous produisions de plus. Je crois que ce gouvernement est venu avec une politique de rupture et l’on a voulu prendre en charge ceux qui sont au bas de l’échelle malgré une économie qui n’est pas au top avec l’attente que les choses vont s’améliorer. Cette logique continue toujours. Ce n’est pas une politique qui est facile pour le gouvernement. Lorsque nous parlons de partager le gâteau national, il faut aussi créer de la richesse. Personnellement, je constate le bon travail du gouvernement au niveau social. Mais de l’autre côté, cela devient difficile de l’équilibrer avec la création de la richesse. Aujourd’hui, je ne vois pas de secteurs productifs pour contrebalancer ce qu’on donne à la population. Avons-nous la capacité de soutenir notre État-providence avec tout ce qu’offre le gouvernement ? Je lance un appel aux Mauriciens. On n’obtient rien gratuitement. C’est malheureux que le Mauricien ne veuille pas travailler. Je ne veux pas généraliser. Mais ils sont nombreux ceux qui ne veulent pas travailler. J’ai l’impression qu’ils commencent à développer une mentalité d’assisté. Aujourd’hui, nous avons environ 45 000 expatriés à Maurice. Si on continue ainsi, je dirai haut et fort d’augmenter ce nombre à 450 000. Et après, il ne faut pas dire qu’on n’a pas de travail. Les pays du Moyen-Orient, Singapour ou la Malaisie ont progressé car leur peuple a persévéré, grâce aussi à la politique d’ouverture. Lorsque j’écoute les syndicalistes, ils sont dépassés en disant qu’ils ne sont pas d’accord qu’on importe des travailleurs étrangers dans le pays. On n’avancera jamais ainsi. Si le Mauricien ne veut pas travailler, on sera obligé de faire appel aux expatriés. Grâce aux travailleurs étrangers, nous pourrons former les Mauriciens. C’est important d’aller dans cette direction.

Vous suivez les contestations des élections générales ?
La Computer Room m’amène à me poser des questions. Mais je laisse à la cour le soin de décider.