PAULA LEW-FAI

« La suffisance est l’apanage du sot, l’humilité est la vertu de celui qui mesure tout ce qui lui reste à apprendre et le chemin qu’il doit encore parcourir » – Mathieu Ricard

Dans notre petite société mauricienne du regard, de la parole et de l’exclusion à l’égard de ceux qui se montrent trop arrogants, c’est surtout la suffisance qui, par ses conséquences moins visibles, est adoptée, encouragée, voire applaudie. Très souvent par une cour de bouffons. Ceux du Roi ou de la Reine.

Oui, c’est de suffisance dont il s’agit, de cette vanité, cette satisfaction de soi écœurante, cette présomption impertinente à être au-dessus du lot, à opérer des miracles de toutes sortes et, surtout économiques. C’est cette prétention à détenir la vérité, à dicter la manière de faire. Dans le domaine de l’art et des lettres.

La suffisance est plus sournoise, plus subtile que l’arrogance, vite sanctionnée car coupée de la réalité, se manifestant par des discours et actions délirants. Les cas de Roshi Bhadain et de certains autres députés qui ont fait la une des médias en sont l’illustration. La suffisance pense en termes tactiques, jette ses filets en coulisses et manipule grâce à son emprise sur des faibles.

M. Lutchmeenaraidoo, député et ministre des Affaires étrangères, vient de démissionner. On extrapolera sur les séries d’humiliations dont il a été l’objet au sein du gouvernement et on regrettera son acte. Trop tard. Comment un homme, longuement respecté se retrouve-t-il aujourd’hui au centre d’un tsunami politique, posant un acte de dernier recours pour sauvegarder un reste d’honneur ? Monsieur, quand vous êtes sorti des caves ou des montagnes du silence, malheureusement vous êtes tombé dans la suffisance intellectuelle et politique. Nous avons été sous le choc de vos actions. Vous êtes sorti du chemin de l’humilité que peut-être vous avez entrevu mais pas approprié. Celle qui, selon André Comte-Sponville, « n’est pas ignorance de ce qu’on est, mais plutôt connaissance ou reconnaissance de ce qu’on n’est pas. […] L’humilité est vertu lucide […] de l’homme qui sait n’être pas Dieu. […] Être humble, c’est aimer la vérité plus que soi. »

Alors aujourd’hui, votre action, elle n’est pas de courage. Elle n’est que la suite logique d’une grande et malheureuse mésaventure personnelle et politique.

« Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul. » Une mémorable leçon d’humilité, à méditer. Cette citation, sans vulgarité aucune, issue de l’esprit de ce grand penseur de la Renaissance qu’est Michel de Montaigne, a de quoi nous inspirer et nous ramener à la vertu d’humilité qui n’est pas haine ou dévalorisation de soi.

Du haut de leurs trônes, les leaders – politiques, littéraires, spirituels… – entretiennent les mythes de leur supériorité, pour mieux cacher leurs propres blessures narcissiques et sans aucun doute assurer leur emprise sur les consciences et la vie d’Autrui.

« On dit souvent d’un sot présomptueux, que rien n’égale sa suffisance, si ce n’est son insuffisance ». (Littré)