Psychologue clinicienne, membre de la Société des Professionnels en Psychologie, Jassodah Domur-Moodely, attachée à l’unité Life Plus du ministère de la Sécurité Sociale, est directe : « Les jeunes d’aujourd’hui sont indéniablement beaucoup plus fragiles. On note surtout que ceux, filles et garçons, qui sont dans la tranche d’âge des 14 à 19 ans, sont les plus vulnérables. » Manque d’écoute, de communication, de repères « font qu’ils sont très fragiles et qu’au moindre petit problème, ils estiment que c’est la fin du monde ! D’où une certaine propension à penser que le suicide est une solution, une finalité… »
Selon Mme Domur-Moodely, « dans cette configuration, il ne faut toutefois pas oublier que les parents ont aussi un rôle important à tenir. Trop souvent, on a tendance à “excuser” les parents. Certes, de nos jours, avec le rythme de vie accéléré, mère et père sont très pris par leurs obligations professionnelles et trouvent peu de temps pour s’occuper d’eux-mêmes. D’où une certaine “négligence” envers leurs enfants. »
Mais, insiste bien notre interlocutrice, « les parents ne doivent pas oublier que leur enfant, qu’il ou elle ait 10, 15 ou 19 ans, est un être à part entière, qui a ses attentes, ses interrogations, ses doutes… Ce jeune a soif d’écoute et de compréhension. Il a besoin de parler, de s’exprimer et qu’on le guide. Quand il se retrouve seul avec ses questionnements, que ni maman ni papa n’ont le temps de l’écouter, automatiquement, il se tourne vers ses amis. Ceux-là ne sont pas de meilleur conseil… Parfois, au sein des groupes d’amis, quand l’un ou l’autre évoque ses problèmes, l’ensemble du groupe a tendance à l’éloigner, estimant qu’il se plaint trop, qu’il devient lourd… »
Dans ces cas de figure, continue Mme Domur-Moodely, « le jeune, en proie à ses doutes, se tourne vers l’internet et d’autres espaces comme les réseaux sociaux. C’est là qu’il découvre les mouvements gothiques et autres. Inévitablement, étant dans cet état d’esprit où personne ne lui accorde un peu d’attention et où au sein de ces clubs, il est accueilli à bras ouverts. Le jeune pense avoir trouvé, enfin, une “famille”, un refuge… » Et c’est là que commencent les ennuis, estime la psychologue clinicienne.
Car, en effet, le jeune, fragile et perdu, « pense que ce qui se pratique au sein de ces groupes est bon. D’où le fait qu’il commence à se mutiler, par exemple, entre autres rituels qui sont admis dans ces milieux. »
Dans bien des cas, relève notre interlocutrice, « les tendances suicidaires découlent de déceptions amoureuses. Quand il ne s’agit pas de problèmes au sein de la famille : alcoolisme, divorce, adultère… La séparation provoque un traumatisme important chez le jeune. » Autre élément influent : un proche qui s’est donné la mort. « Le jeune va perpétuellement se questionner sur cette tragédie : pourquoi et comment la personne s’est donné la mort ? La curiosité se mue en obsession, en idée fixe. Et vient alors l’envie de “faire pareil”, parce qu’on commence à tout voir en noir autour de soi. »
La fragilité de nos jeunes, estime Mme Domur-Moodely, découle « de ces contextes familiaux difficiles. Quand le jeune grandit dans une atmosphère où au lieu de la joie et des sourires, il a droit à de la violence, verbale ou physique, avec maman et papa qui se disputent, par exemple, il broie naturellement du noir. Il est étranger à un univers où la joie, les plaisirs sains partagés en famille ont cours. C’est ainsi qu’il prend une tangente négative. »
Jassodah Domur-Moodely rappelle encore que « une tentative de suicide sur quatre est le résultat d’une pulsion instantanée, provoquée souvent par un événement catalyseur, déclencheur. » De même, ajoute-t-elle, « on a noté que, bien souvent, quand les filles attentent à leur vie, c’est plus avec un souci d’attirer l’attention. Ce sont des “warning signs” qu’elles émettent. En revanche, ce n’est pas la même chose pour les garçons : eux vont jusqu’au bout. Leur tentative est réfléchie et calculée de manière à ce qu’il y ait peu de risques d’échec. »