Me Khalid Tegally, le nouveau président de la Commission pour l’égalité des chances (EOC), n’a pas tardé à réagir aux constats très défavorables du Comité des Nations unies quant au traitement accordé aux personnes atteintes de handicaps à Maurice. Dès qu’il a pris connaissance de l’accablant rapport du comité onusien dans l’édition de notre confrère Le Mauricien, mercredi dernier, Me Tegally a pris la décision d’instituer une enquête.
« Il y a urgence », confié à Week-End, Khalid Tegally, précisant « qu’on aura définitivement aussi besoin d’un plan Marshall pour la réinsertion des personnes autrement capables ». L’enquête sera rapidement enclenchée dans les jours qui viennent, a-t-il promis.
Dans son rapport, le comité onusien s’est montré très critique envers la République de Maurice sur divers points. Dans le domaine de l’éducation d’abord, le comité mentionne que « l’Etat mauricien privilégie une approche intégrée sans toutefois éliminer les barrières physiques, socioéconomiques et culturelles qui constituent autant d’obstacles à l’insertion des personnes handicapées dans les écoles et dans la société ».
Les rédacteurs du rapport recommandent au gouvernement d’abandonner l’idée de la mise en place des integrated units dans les écoles, car il y a, selon eux, « des risques que ce système contribue davantage à la ségrégation des enfants handicapés ». Selon le comité de l’ONU, il serait mieux que l’Etat mauricien «s’engage le plus rapidement possible dans le fi nancement total d’un système inclusif d’éducation de qualité. L’Etat mauricien devrait assurer qu’il y ait des plans appropriés pour tous les étudiants souffrant d’un handicap ». Cela implique qu’il y ait « provisions of mandatory pre-service and in-service specific training to all teachers on inclusive education and the availability of assistive devices, individual support in classrooms, of accessible education materials and curricula, and of accessible transport, equipment and school environment, with the corresponding budget allocations. The State party should also promote the enrolment of all children with disabilities in quality inclusive education ».
Le comité recommande aussi au gouvernement d’amender sa politique et sa stratégie de développement de l’Enfant et d’y inclure des mesures afi n que les enfants, handicapés ou pas, puissent bénéfi cier de l’égalité des droits et de traitement. L’ONU est interpellée par la trop grande dépendance de l’Etat aux organisations non gouvernementales (ONG) concernant des services spécialisés auprès des enfants handicapés. Non seulement, a fait ressortir le rapport, ces ONG, elles-mêmes, manquent de support, de monitoring, et elles souffrent également d’absence de régulations. Les enquêteurs de l’organisation mondiale ont également qualifi é « d’insuffi santes » les mesures prises par la République de Maurice pour décourager le placement des enfants autrement capables dans des « centres de sauvegarde » (abris de détresse pour les enfants), ainsi que celles censées combattre le rejet et la stigmatisation dont sont victimes les enfants concernés.
Le rapport onusien est venu conforté tous ceux qui n’ont eu de cesse, ces dernières années, de reprocher aux gouvernements successifs leur engagement trop timide en faveur de l’éducation des personnes autrement capables. L’APEIM, qui avait été une des ONG à la pointe de ce combat, a trouvé que le Comité des Nations unies a envoyé « un signal fort » au gouvernement mauricien.
« Le droit à l’éducation est là, mais l’enfant handicapé n’a pas accès à l’éducation gratuite. Les recommandations du comité de l’ONU sont un bel encouragement dans notre combat pour l’éducation accessible à tous les enfants mauriciens indistinctement. Nous sommes heureux aussi que le comité reconnaisse le travail que font les ONG à la place de l’Etat et mettre en exergue le manque de soutiens fi nanciers pour nous permettre de mieux servir ces enfants », a commenté Jocelyne Bissoon, assistante directrice de l’APEIM.
Il ne fait maintenant pas de doute qu’après la piqûre de rappel international edes experts de l’ONU, les choses vont bouger dans la bonne direction, d’autant que l’Equal Opportunity Commission a également manifesté sa volonté d’y apporter sa contribution.