La joie et la bonne humeur étaient de mise pour marquer la fin de la Summer School. Ce projet pilote lancé en novembre a réuni quelque 400 enfants des écoles ZEP. Le Mouvement pour l’Éradication de la Pauvreté (MEP), qui a géré le programme dans dix écoles, parle de succès. Des questions restent posées, toutefois, sur l’encadrement qui sera réservé aux enfants à la rentrée, après un tel parcours.
« Mo pli kontan sa miss-là. Mo ti anvi ki Summer School kontinye ziska aswar… » Le sourire aux lèvres, la petite Sabine Rymankhan de l’école du gouvernement Xavier Barbe à Pailles témoigne sa joie d’avoir participé à ce projet. Son amie, Amira Mungur, est tout aussi heureuse : « Isi nou sante, desine… Mo bien kontan. Lakaz mo pena narien pou fer. »
Le plaisir était visible sur le visage de chaque enfant, au moment où ils s’adonnent aux différentes activités. Chacun veut à tout prix montrer son dessin et affiche une certaine fierté. Lorsque la musique résonne, c’est l’euphorie…
Lancée dans la précipitation le mois dernier, la Summer School a été l’objet de vives critiques. Mais pour ceux qui y sont engagés, il n’y a aucun doute : ces dix sessions ont permis aux enfants de découvrir une nouvelle manière d’apprendre. « Nous avons pu réconcilier et reconnecter les enfants avec l’école. Généralement, ils sont mis de côté dans la classe ou passent la journée dans le bureau du maître d’école, parce qu’ils sont incontrôlables. Mais ici, ils ont été revalorisés », déclare Jacques Laffitte, responsable pédagogique des écoles gérées par le MEP.
Appréhensions
Au départ, il y avait une crainte que les enfants et les parents boudent la Summer School. Ensuite, on a pensé que les enfants participaient surtout au projet parce qu’on y servait un repas chaud tous les jours. Les autorités ont même donné des instructions pour qu’aucun enfant ne quitte l’école après le déjeuner.
Mais les responsables n’ont pas eu à s’acquitter de cette tâche puisque personne n’est parti. Tous sont restés jusqu’à la fin de la journée et participaient régulièrement. Il y avait 96 enfants qui ont suivi le programme sans faute à l’école de Bambous. Pour les responsables, leur régularité suffisait pour laisser comprendre que les enfants se plaisaient à la Summer School.
Le secret de réussite de ce projet pilote est l’approche positive d’apprentissage proposée aux enfants. « Il n’y a jamais eu de croix. Lorsqu’un enfant n’a pas bien fait son travail, l’enseignant accepte de descendre à son niveau pour le lui expliquer à nouveau, afin qu’il arrive à assimiler. » Ces enseignants, Jacques Laffitte, ancien maître d’école et conseiller pédagogique du Bureau de l’éducation catholique (BEC), est allé les chercher, car il connaissait leur parcours. « Ce sont des personnes qui ont à coeur l’épanouissement des enfants. Ils ont eu des expériences enrichissantes qu’ils ont mises au service des enfants. »
Détermination
Pascaline Cupidon est l’une de ces perles rares. Avec sa collègue Nadine Wong, elle a travaillé avec les enfants de Pailles. Elle ne cache pas qu’au départ, elle avait des appréhensions qui se sont dissipées en voyant comment les enfants s’amusaient. « Nous avons fait des activités ludiques. Par exemple, nous avons joué au loto en anglais. Les enfants ont ainsi appris les chiffres en anglais. Nous avons joué aux dominos, où ils ont appris à faire des additions mentalement. Nous avons aussi eu recours au dessin et au slam, entre autres. Notre plus grande satisfaction est de voir à quel point les enfants sont heureux de revenir le lendemain. »
Chaque enseignant avait une vingtaine d’élèves sous sa responsabilité. Il était accompagné d’une Resource Person qui l’aidait pour les activités. « Cela nous a permis d’avoir une attention particulière pour chaque enfant, car les enfants aiment être écoutés. »
Ce programme, qui s’adressait aux enfants des Std III et IV, avec une performance académique très faible, a permis de susciter le goût du travail chez eux. Les responsables sont d’avis toutefois qu’en dix sessions, il n’est pas possible de réaliser des progrès académiques considérables. De simples détails comme la manière d’écrire son nom ou la façon dont ils se comportent en classe, démontrent qu’ils ont fait des progrès.
Quelle suite ?
La question reste posée toutefois : de quel encadrement bénéficieront ces enfants lorsqu’ils reprendront l’école en janvier. Se retrouveront-ils dans le même schéma où ils ont accumulé échec sur échec ? Ces questions préoccupent particulièrement les responsables de la Summer School.
Jacques Laffitte dit craindre d’avoir fait miroiter une vision de l’école aux enfants mais qu’ils ne retrouveront plus par la suite. Il estime qu’il est nécessaire de continuer à leur offrir un suivi spécial. « Je suis sûr que si nous suivons ces enfants pendant deux ans, au moins 50 % d’entre eux vont réussir au CPE. »
Pour le dernier jour de la Summer School, les parents ont été invités à se rendre compte du travail effectué par leurs enfants. Scrutant les dossiers, admirant les dessins affichés au mur, tous montrent un certain intérêt à ce projet qui a occupé leurs enfants pendant les vacances.
Amina, dont la fille a suivi le programme à Pailles, avance sans hésitation que la Summer School est « bien bon ». Elle ajoute que si sa fille était restée à la maison, elle n’aurait rien eu à faire. « Mo trouv li bien kontan desine, zame li pa ti abitye kumsa. Bizin refer ankor. »
Josian, autre parent, ne cache pas non plus son étonnement. « Mo abitye tann li sant sante lakaz, aster-là mo pe realize ki se isi ki li aprann tousala. An plis, mo inn get so dosye, mo trouv li inn fer tou so devwar matematik byen. Li enn bon zafer, parski li ti fel dan matematik pou lexamen. »
Comme les encadreurs, les parents souhaitent que leurs enfants bénéficient d’un suivi spécial à la rentrée. Mais pour l’heure, rien n’est encore finalisé, même si le ministre de l’Éducation a affirmé qu’il y aura une suite à ce projet pilote. En attendant, les enfants ont reçu leurs premiers diplômes, sous la forme d’une attestation. Voilà de quoi leur donner le goût d’en décrocher d’autres.
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Homa Mungapen : « Le progrès ne s’évalue pas par un examen »
Pour la coordinatrice de la Summer school, un tel projet ne peut que faire du bien aux enfants. Homa Mungapen reconnaît qu’il y a eu des critiques justifiées au départ, vu qu’il y avait peu d’information sur la manière dont le programme allait se dérouler. « Quand vous entendez un enfant dire : lekol pa ti kapav kouma summer school ? Cela démontre à quel point il a été touché. Si je peux dire, on a fait des miracles. »
Parvenir à mobiliser quelque 400 enfants régulièrement pendant les vacances est déjà une réussite, pour Homa Mungapen. « À travers des activités ludiques, nous avons pu leur inculquer des notions de lecture, d’écriture et de calcul. Mon plus grand plaisir c’est le sourire sur le visage des enfants. »
Mais la difficulté d’un tel programme, est de trouver une formule pour évaluer le progrès. Homa Mungapen dit son étonnement que les autorités chargées de l’évaluation aient envoyé des fiches pour un genre de test. « Nous avons refusé de soumettre les enfants à un tel exercice. La Summer school était supposée, justement, venir casser ce système. Le progrès ne s’évalue pas par un examen. Je vous donne un exemple. Nous avons emmené 400 enfants passer une journée à Casela. Sur place, ils ont fait des jeux et se sont bien défoulés. Mais nous avons quitté le parc intact. Il n’y avait pas une ordure par terre, rien n’a été abîmé. Pour nous, c’est déjà un progrès d’avoir pu apprendre aux enfants ce qu’est le respect de l’environnement. Mais comment l’évaluer ? »
Pour Homa Mungapen, une vraie évaluation consisterait à se demander pourquoi ces enfants sont mis à l’écart à l’école, alors qu’ils ont si bien collaboré pour les dix sessions de la Summer school. « C’est une opportunité en or pour les autorités de réfléchir pourquoi il y a tant de bonheur dans le coeur de ces enfants. »