L’enquête instruite par le Central CID depuis bientôt quatre semaines sur des arnaques financières, dont le préjudice pourrait être de l’ordre de plus de Rs 2 milliards, s’avère être une traque financière des plus complexes et difficiles. Que ce soit dans le cas de White Dot International Consultancy Co. Ltd et ses dix-huit entités satellitaires ou Sunkai Co. Ltd de Bimla Ramloll, les placements effectués par les milliers de clients leurrés sont quasiment intraçables sauf pour une infime partie. A titre d’exemple, sur des réclamations de Rs 510 millions logées formellement contre White Dot, le Central CID n’a pu retracer que Rs 1 million en liquide même si une cinquantaine de voitures quasi neuves, acquises selon la formule de crédit-bail, ont été placées sous séquestre. Mais ce qui semble encore plus inquiétant demeure le silence affiché par les clients de Sunkai Co. Ltd, dont une VVIP, connue comme La Sirène avec des placements d’un peu moins de Rs 25 millions, alors qu’il est plus qu’évident que les chances de paiement mensuel de dividendes, ou encore de remboursement de capitaux, s’amenuisent de jour en jour au fur et à mesure que les échéances se précisent.
Dans la conjoncture, la préoccupation majeure des autorités demeure de retracer le mouvement des fonds placés par ces milliers des clients, assez dupes pour croire que leurs placements d’un minimum de Rs 25 000 pouvaient rapporter le double en une période minimale de 90 jours. Même si le contrat d’investissements porte la signature d’avocat, d’un avoué ou même d’un notaire. Les Audit Trails, entrepris dans le secteur bancaire avec la collaboration des banques commerciales, n’ont pas donné des résultats escomptés, confirmant la possibilité d’un circuit financier parallèle aux banques avec comme levier principal le réseau de Money Changers.
Ainsi dans le cas de Sunkai Co. Ltd, l’enquête du Central CID aura établi que le montant des placements recensés officiellement à ce jour est de l’ordre de Rs 320 millions avec la possibilité que la somme pourrait passer au-delà de Rs 500 millions à la conclusion de l’enquête. Ce qui fait le remboursement promis par Sunkai Co. Ltd. à ses clients devrait atteindre le milliard. Mais à ce jour, les Attachment Orders émis par la Cour suprême suite à des affidavits jurés par l’Assets Forfeiture Office sous le contrôle du Directeur des Poursuites Publiques (DPP) portent sur un montant de Rs 128,7 millions en liquide et avoirs immobiliers de l’ordre de Rs 50 millions sous forme d’immeubles à Trianon, Flic-en-Flac et Blue-Bay.
Au cours de semaine écoulée, le DPP a obtenu un ordre du juge Pritviraj Feckna siégeant en référé pour ouvrir un Bank Account à la Banque de Maurice au nom du commissaire de police/Sunkai Co. Ltd. Dans ce compte spécial, le DPP a effectué les versements suivants : deux Office Cheques émis par la State Bank of Mauritius pour la somme de Rs 21 254 741.75 (chèque numéro 31108108) et de Rs 10 542 053.20 (chèque numéro 31108109), de même que 361 Office Cheques pour un montant global de Rs 96 033 149.95.
Ces 361 chèques émis au nom de Sunkai Co. Ltd devaient être négociés aux comptoirs des banques commerciales suivantes : ABC Banking Corporation Ltd, Afrasia Bank Ltd, Baroda, BankOne Ltd, Banque des Mascareignes, Barclays, Bramer Banking Corporation, Mauritius Post and Cooperative Bank, SBIN (Mauritius), State Bank of Mauritius Ltd, HSBC et la Mauritius Commercial Bank (MCB). De par l’ordre émis par le juge Feckna, jeudi, ces chèques, qui avaient fait l’objet de Restraining Orders depuis le 29 mars, ont été versés dans ce Special Account à la Banque de Maurice.
Sunkai Co. Ltd : Les traces des placements nullement visibles
Aucun retrait ne peut être effectué de ce compte sans autorisation sous forme d’un Judge’s Order. Les Rs 22 millions se trouvant dans le sac à main de Bimla Ramloll, alias Mme Kaba, le jour de son arrestation, le vendredi 29 mars, ont été également placées dans ce compte spécial. Malgré l’inculpation des principaux lieutenants de Bimla Ramloll, dont l’inspecteur Vishnou Bhunjun, le dénommé Roberto Chuttoo ou encore l’ex-policier Vishnou Rambharuth, les traces des placements des quelque 4 000 clients de Sunkai Co. Ltd ne sont nullement visibles.
Que ce soit l’inspecteur Bhunjun, l’homme de confiance Roberto Chuttoo ou l’ancien policier Rambharuth, qui avait démarré chez White Dot avant de prendre du galon au sein de Sunkai Co. Ltd, tous sont unanimes à soutenir que tous les placements des clients étaient sous le contrôle systématique de Bimla Ramloll. En retour, ils touchaient leurs commissions de l’ordre de 10% sur le montant des transactions conclues.
Depuis le début de la semaine, le mystère des fonds de Sunkai Co. Ltd s’est épaissi avec l’entrée en scène d’un dénommé Dominique Narsoomamode, employé d’une importante banque commerciale et également très proche en affaires avec Bimla Ramloll. D’aucuns affirment que le jour de l’arrestation de Mme Kaba, le dénommé Narsoomamode se trouvait dans les locaux de la compagnie à la rue Vandermeersch, Beau-Bassin, effectuant des versements des mensualités à des clients.
Les tentatives du Central CID pour retracer les déplacements de Dominique Narsoomamode et de son épouse, également employée de banque, ont été vaines au cours de la semaine écoulée. Sur la base d’informations disponibles, ils soupçonnent qu’une somme de Rs 90 millions pourraient se retrouver en possession de ce suspect en vadrouille. En fin de semaine, des démarches devaient être initiées en collaboration avec Interpol en vue de lancer un mandat d’arrêt international contre ce proche collaborateur de Bimla Ramloll.
Outre ces zones d’ombres dans les comptes de Sunkai Co. Ltd, un autre volet intrigue plus d’un enquêteur aux Casernes centrales. Alors que dans le cas de White Dot, les clients arnaqués n’avaient nullement hésité à faire queue pour consigner des dépositions au Central CID et à la Banque de Maurice, ceux de Sunkai Co. Ltd se veulent davantage plus discrets par rapport à leurs placements.
Le communiqué de la Banque de Maurice, prenant à contre-pied Bimla Ramloll et confirmant qu’il ne faudra pas s’attendre à des remboursements à plus ou moins brèves échéances, n’a provoqué aucun empressement de leur part. Certains des investisseurs continuent à croire que les paiements seront effectués aux échéances prévues avec un premier test déterminant à la fin du mois.
Une des raisons probables expliquant la timidité des investisseurs de Sunkai Co. Ltd est qu’une bonne majorité d’entre eux craignent des poursuites pénales annoncées pour des délits de blanchiment de fonds au terme du Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act. Il faut également compter sur le fait que bon nombre de ces investisseurs font partie de la force policière et dans le secteur public suite aux efforts de canvassing de l’inspecteur-Manager Bhunjun, sans compter des personnalités en vue, qui se sont également laissées tenter par l’appât du « gain d’argent facile » du système Sunkai Co. Ltd.
90 canvassers convoqués pour interrogatoire
Toutefois, les données risquent d’être modifiées dès la prochaine séance d’interrogatoire de l’ex-policier Vushnou Rambharuth en compagnie de son homme de loi, Me Raouf Gulbul. D’ailleurs, avec les premières informations sur les dessous des opérations illicites de Sunkai Co. Ltd divulguées par cet ancien de White Dot devenu un des patrons de la société de Bimla Ramloll, les 90 canvassers de celle-ci devront s’attendre à être convoqués pour interrogatoire et être inculpés comme il a été le cas pour le retraité Sonah Allock, remis en liberté sous caution, hier. Ces prochains suspects viendront s’ajouter aux six premiers responsables de cette société déjà inculpés et remis en liberté provisoire.
Le même Vishnou Rambharuth, qui a confirmé aux limiers du CID que tous les livres de comptes et les registres des clients de Sunkai Co. Ltd sont sous le contrôle de l’inspecteur Bhunjun, a promis de révéler des noms des investisseurs sous sa responsabilité. La question reste posée : tiendra-t-il parole et révélera-t-il les noms des personnalités clientes qu’il a côtoyées lors de récente Garden Party à la State House à l’occasion des fêtes nationales du 12 Mars? Ou citera-t-il encore le nom de ce pasteur et de cet autre homme religieux, qui a dû se faire hospitaliser depuis l’éclatement de ce scandale vu le montant de ses investissements partis en fumée.
Du côté de White Dot International Consultancy Co. Ltd, l’équation du Money Trail n’est guère différente de celle de Sunkai Co. Ltd. Depuis le début de ce scandale financier, le chiffre de Rs 700 millions a été mentionné. Les derniers détails compilés par le Central CID indiquent que des réclamations de Rs 510 millions ont déjà été consignées formellement. Pour sa part, Sanjeev Lutchoomun, une des chevilles ouvrières de la compagnie, concède avoir collecté Rs 640 millions auprès de 1860 clients.
Où sont les investissements de Rs 700 millions ?
En terme de fonds recouvrés, les comptes ne son guère brillants. Déposant devant la Bail and Remand Court pour réfuter la demande de caution du cerveau présumé, Arun Mossuddee, l’inspecteur Nutcheetram du Central CID a révélé que seul un montant de Rs 1 million a pu être récupéré jusqu’ici.
Certes, la police a également procédé à la saisie d’une cinquantaine de voitures presque neuves achetées à crédit-bail par des filiales de White Dot, aussi bien que 11 motocyclettes utilisées pour la distribution de commandes de pizzas de La Napoletana. Le dénommé Arun Mossuddee opère deux comptes bancaires à l’étranger, notamment en Suisse avec quelque Rs 800 000 et en Afrique du Sud.
Depuis le début de cette enquête, les avoirs de tous les suspects appréhendés ont fait l’objet d’Attachment Orders. Les enquêteurs du Central CID placent de gros espoirs sur les secrets des fichiers informatiques de Sanjeev Lutchoomun, toujours en détention provisoire, pour mieux comprendre ce que sont devenus les investissements de Rs 700 millions des clients de White Dot même si la connexion avec La Napoletana reste encore nébuleuse.
Malgré tout, de sérieux doutes subsistent quant à la possibilité que tous ceux qui ont investi, que ce soit dans Sunkai Co. Ltd. ou White Dot retrouvent leurs économies à la conclusion de cette longue et complexe du Central CID avec l’Independent Commission Against Corruption en Stand-By pour poursuivre le volet relatif aux délits de blanchiment de fonds…