A la troisième semaine d’enquête du Central CID sur des arnaques financières avec un préjudice dépassant les Rs 1 milliard, le paravent des hommes de loi s’est mis à ébranler. Deux membres du barreau et pas des moindres, dont Me Zakir Mohamed, présenté lors d’une émission de TF1 comme un des ténors du barreau à Maurice, et l’avoué Rajendra Appajala, ont déjà été inculpés provisoirement par les limiers travaillant sous la supervision des ACP Pregassen Vuddamalay et Heman Jangi. Deux autres avocats, des spécialistes de l’Offshore, intéressent les enquêteurs de la police en vue de confirmer le money trail par rapport aux opérations de Sunkai Co. Ltd. En fin de semaine, un haut gradé de la police, l’inspecteur Vishnou Bhugun, qui avait pris six mois de congé pour se mettre aux services du système Bimla Ramloll, a été placé en détention provisoire. Ce policier est soupçonné de gérer un portefeuille d’investissements de l’ordre de Rs 90 millions pour le compte de Sunkai Co. Ltd.
Depuis le début de la semaine écoulée, les rôles se sont inversés pour Me Zakir Mohamed. Deux semaines déjà que ses services en tant qu’homme de loi avaient été retenus par Bimla Ramloll, directrice de Sunkai Co. Ltd., appréhendée avec son sac à main contenant une somme de Rs 22 millions et deux Office Cheques de Rs 32,9 millions. A la lumière de la déposition de Vishal Nallaya au sujet du placement d’une somme de Rs 1 million en 2007 sur les conseils de Me Zakir Mohamed, ce dernier s’est retrouvé dans une situation des plus compromettantes que ce soit sur le plan professionnel ou personnel.
Me Zakir Mohamed a été rattrapé par détails fournis par la victime au Central CID, dont une promesse de doubler la somme de Rs 1 million en 90 jours, les explications de Marjorie Bazerque, directrice de Je T’Aime Marketing Co. Ltd., au sujet de son rôle au sein de la société et la corroborative evidence fournie par le suspect Akbar Batchooa. Inculpé de conspiracy, il a comparu de manière expresse, mercredi après-midi, devant le tribunal de Port-Louis.
L’homme de loi des Mohamed Chambers a été remis en liberté contre une caution de Rs 50 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 100 000. Mais très vite, il a été mêlé à une autre controverse. Des sources policières bien renseignées affirment que la victime Vishal Nallaya a consigné ce même mercredi une entrée en présence de son homme de loi pour faire état du règlement d’un montant de Rs 1,4 millions six ans après. Le nom de l’avocat/partenaire est mêlé à cette affaire.
Me Zakir Mohamed, qui a retenu les services de Me Gavin Glover, dément formellement que ce paiement émane de lui alors que Marjorie Bazerque maintient qu’elle n’a rien à faire avec ce remboursement. La police confirme ce développement en ajoutant que « nous avons tous les détails et preuves sur papier » sans perdre trop de temps sur cet épisode du dossier Je T’Aime Marketing Co. Ltd.
Marjorie Bazerque, qui avait été placée en détention policière, est remise en liberté provisoire, jeudi, jour férié. En compagnie de son son avocat, Me Deepak Rutnah, elle promet des révélations sur toute l’affaire pour bientôt. Akbar Batchooa, habitant Mahébourg, est toujours en détention policière.
Un autre conseil légal pris dans la tourmente des arnaques financières n’est autre que l’avoué attitré de Sunkai Co. Ltd., Me Rajendra Appajala. Sa signature, son nom et son tampon figurent de manière ostentatoire sur tous les contrats signés ou non-signés de cette société, dont le placement minimal par client est de Rs 25 000. Il a été inculpé du délit de « Conspiracy to operate a financial services business without a licence from the Financial Services Commission and/or the Bank of Mauritius ».
Comme son collègue du barreau, Me Zakir Mohamed, Me Appajala n’a pas connu l’affront de la détention policière comme les premiers quinze suspects. Lors de sa comparution devant le tribunal de Rose-Hill, il a eu à fournir une caution de Rs 50 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 100 000. Toutefois, la chasse aux membres du barreau, impliqués dans ces scandales financiers, se poursuit.
Sur la base d’informations recueillies quant au mécanisme de collecte et de placements de fonds, deux hommes de loi, pratiquant spécifiquement dans le secteur de l’Offshore, pourraient ouvrir des pistes en vue de recouvrer un montant de l’ordre de Rs 200 millions pour le compte de Sunkai Co. Ltd. L’identité de ces hommes de loi est connue dans les milieux des enquêteurs, qui compilent les informations de base en vue de décider de la marche à suivre dans les prochains jours.
A ce jour, les placements recensés chez Sunkai Co. Ltd. sont estimés à plus de Rs 300 millions. Jusqu’ici, peu nombreux sont les clients de cette société qui soient venus de l’avant pour dénoncer des cas d’escroqueries. Mais avec le gel des avoirs de la compagnie, il faudra s’attendre à des premiers signes de nervosité d’ici la fin du mois en raison de l’absence des rémunérations des investissements ou encore des remboursements arrivant à maturité.
De son côté, Bimla Ramloll, qui confirme sa collaboration à l’enquête du Central CID, aurait donné des indications au sujet de deux autres hommes de loi, agissant au nom d’un important homme d’affaires ayant pour base d’opérations Londres. Le but de ces avocats-intermédiaires était d’établir des contacts avec les représentants de Sunkai Co. Ltd. en vue d’un éventuel rachat de tout le business au nom de cet businessman, qui a été toujours tenté par des opérations dans le monde financier.
Un autre développement crucial est intervenu avec l’arrestation d’un haut gradé de la police. Affecté au poste de police d’Eau-Coulée, l’inspecteur Bhugun avait pris six mois de congé pour se consacrer à son job de manager de Sunkai Co. Ltd. Les premiers éléments d’informations indiquent que son portfolio pour le compte de Mme Kaba est de l’ordre de Rs 90 millions avec des clients faisant partie de la force policière en particulier.
L’inspecteur Bhugun a déclaré aux enquêteurs qu’il avait préféré prendre ces congés sans solde car les conditions étaient nettement meilleures chez Sunkai Co. Ltd., dont une commission d’au moins 10% sur les nouveaux placements confirmés. Ayant consolidé son portefeuille, il est retourné à son poste au sein de la force policière tout en s’occupant des opérations de la compagnie de Bimla Ramloll.
Lors des prochaines séances d’interrogatoire en présence de son homme de loi, Me Samad Goolamaully, cet inspecteur de police sera confronté aux détails fournis par Bimla Ramloll sur le mode d’opération adopté aussi bien que les dépositions des clients lui ayant confié leurs économies. L’inspecteur Bhugun, qui a comparu devant le tribunal de Rose-Hill, hier, a été reconduit en cellule policière. Une accusation provisoire de « Conspiracy to operate a financial services business without a licence from the Financial Services Commission and/or the Bank of Mauritius » a été logée contre lui.
Les queues au Central CID des victimes ont quasiment disparu depuis l’annonce que tous les clients ayant effectué des dépôts de plus de Rs 500 000 en liquide que ce soit chez White Dot International Consultancy Limited, Sunkai Co. Ltd. ou encore Je T’Aime Marketing Co. Ltd feront l’objet de poursuites au pénal pour le délit de Money Laundering. Les dossiers de ces suspects devront être communiqués dans les prochains jours à l’Independent Commission Against Corruption pour les besoins d’enquête et d’inculpation sous le Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA) au terme des instructions émises par le DPP’s Office.