Il arrive rarement que le parcours d’un artiste croise celui d’un mécène pour faire naître une oeuvre d’utilité publique. C’est ce qui s’est passé dans le cas du livre-album sur Rodrigues, lancé officiellement la semaine dernière à la Réserve François Leguat. Le croisement d’itinéraire a été celui de Tristan Bréville, du Musée de la Photographie, avec Owen Griffiths, de la Vanille Crocodile Park et de la Réserve François Leguat.
Il y a dans les archives du Musée de la Photographie des trésors jalousement gardés et entretenus — moins bien qu’il n’aurait fallu, faute de moyens — par Tristan Bréville sur l’histoire de Maurice et de la région. Parmi, il y avait celui sur Rodrigues dont l’histoire est non seulement mal connue, mais pas assez racontée, les autorités locales préférant le présent — le leur — au passé de leur île. Donc, depuis des années, Tristan Bréville voulait partager son trésor avec les Rodriguais et les Mauriciens par le biais d’un livre rassemblant ses trésors photographiques. La rencontre avec Owen Griffiths lui a donné les moyens de réaliser son projet. Un projet qui aurait dû avoir été financé par les autorités mauriciennes et rodriguaises, mais on le sait : dans ce pays les priorités des autorités ne sont ni culturelles, ni historiques. Il suffit, pour le vérifier, d’aller à la rue Edith Cavell, Port-Louis, voir ce que les autorités sont en train de faire du bâtiment plusieurs fois centenaire de la School !
Bref, grâce à Owen Griffiths et à Aurèle André, de la Réserve François Leguat, en tête de liste d’une série de collaborateurs, Tristan Bréville vient donc de faire paraître « L’Isle de Rodrigues », un livre-album de 250 pages racontant l’histoire de l’île des origines jusqu’aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’un livre d’histoire classique, mais d’une série d’histoires racontées grâce à des photographies de documents d’époque, mais surtout par des lettres écrites aussi bien par des personnalités que par de simples citoyens. Ces lettres, abondamment illustrées, permettent de remonter le fil du temps et de suivre l’évolution de l’île à travers le regard de leurs auteurs.
Dans les préfaces du livre, Owen Griffiths et Tristan Bréville soulignent l’un et l’autre les raisons qui les ont poussés à réaliser ce livre-album. Pour le fondateur de la Réserve François Leguat — qui fête ses dix ans cette année —, celle-ci a non seulement vocation de re-ensauvager les tortues et planter des milliers d’arbres indigènes et endémiques à Rodrigues, mais aussi « à contribuer et à exposer toute information en rapport avec l’histoire de Rodrigues ». Pour le fondateur du Musée de la Photographie, il s’agit de « faire revivre des visages et des paysages rodriguais longtemps préservés au Musée de la Photographie et qui ne demandaient qu’à être vus ! »
Résultat, un livre-album de plus de six cents photos, imprimé par Précigraph et qui est déjà en librairie. Un superbe album que les Rodriguais et tous ceux qui aiment Rodrigues doivent impérativement se procurer un exemplaire.