Alors que l’accord sur la fin des quotas sucriers en Europe à partir de 2017, conclu mercredi, a provoqué une vague d’inquiétude parmi les producteurs ACP de sucre roux, le Syndicat des sucres a accueilli cette décision européenne avec beaucoup de sérénité. « Avec les moyens que nous nous sommes donnés, nous pouvons mieux nous défendre et assurer des revenus confortables pour notre industrie », a déclaré au Mauricien son CEO Jean-Noël Humbert.
Le Syndicat des sucres puise sa confiance dans le fait que les sucres mauriciens sont compétitifs. « La stratégie commerciale adoptée depuis plusieurs années porte maintenant ses fruits », a dit Jean-Noël Humbert. La menace de suppression des quotas, selon lui, a été étudiée depuis pas mal de temps. C’est ce qui a amené l’industrie sucrière mauricienne à arrêter l’exportation du sucre roux pour s’engager dans la production de sucre à valeur ajoutée, a-t-il expliqué.
Le recours aux conteneurs à l’exportation des contingents sucriers au lieu du vrac a donné au Syndicat des sucres une plus grande flexibilité en matière d’exportation dans la mesure où l’industrie mauricienne n’est plus dépendante des raffineurs portuaires et peuvent désormais procéder à des livraisons dans tous les ports européens. Cette nouvelle stratégie s’est avérée profitable dans la mesure où les revenus sucriers sont en hausse.
Revenant sur la politique commune agricole européenne, Jean-Noël Humbert explique que les quotas constituent un instrument de management dans le cadre du régime sucrier européen. « Les producteurs de betteraves produisent du sucre et chaque pays a un quota. Tout le sucre obtenu au dessus du quota fixé est retourné sur le marché. La commission européenne a établi des quotas pour chaque pays européen afin de maintenir un équilibre entre l’offre et la demande dans le marché. Ces quotas prenaient également en compte les importations sucrières notamment celles en provenance des pays ACP, des PMA ainsi que les pays comme l’Australie, Cuba et le Brésil bénéficiaires du “quota CXL”. De temps en temps, l’Union européenne applique des accords de libre-échange. Dans ce contexte, il était important pour l’union d’avoir une gestion des quotas. Lorsque l’équilibre entre l’offre et la demande n’était pas satisfaisant, elle avait la possibilité de retirer le surplus et de le classer comme “hors de quota”. Elle pouvait aussi le remettre sur le marché. Ce sont ces quotas là qui vont disparaître », soutient-il.
Pour le CEO du Syndicat des sucres, la décision européenne signifie qu’à l’avenir toute la production de betterave en Europe seront disponibles pour faire du sucre qui sera commercialisé sur le marché européen ou destiné à l’exportation. « Avec l’abolition des quotas, un instrument de management disparaît. On peut s’attendre à ce qu’il y ait une nouvelle dynamique sur le marché à partir de 2017 qui ne sera plus basé sur l’offre et la demande. Il y aura aussi un élément très commercial. C’est-à-dire que les producteurs sucriers en Europe seront plus au même niveau en termes de coût de production. Tout le sud de l’Europe abandonne en ce moment la production du betterave mais il y a un surplus de production dans le nord européen. Cependant, le transport du sucre du nord au sud coûte plus cher que le transport du sucre de Maurice jusqu’au sud de l’Europe. Il faut tenir compte de ces éléments qui sont plus commerciaux qu’institutionnels. »