DIPLAL MAROAM

Après avoir refusé de participer à la partielle de décembre 2017 à Quatre-Bornes et renvoyé les villageoises à 2020, ce, selon toute évidence, dans le but d’éviter l’humiliation d’une débâcle annoncée dans les deux cas, le MSM entame le dernier virage de son quinquennat avec un lourd handicap de popularité à surmonter s’il veut réellement aborder les prochaines législatives avec confiance et sérénité. Certes, dans un sens global et par rapport au précédent régime, le gouvernement Lepep n’a pas totalement démérité et a pu jusqu’ici tirer son épingle du jeu. L’augmentation de la pension aux personnes âgées, l’introduction du salaire minimal, le paiement des compensations salariales au-dessus du taux d’inflation, la baisse des prix de certaines commodités de base comme le gaz ménager, ont eu une incidence non négligeable sur le pouvoir d’achat de bon nombre de citoyens. En outre, que le pays s’est transformé en un vaste chantier de construction des infrastructures de toutes sortes avec tout ce que cela comporte sur l’emploi, est indéniable. Mais ce qui a constamment tiré ce gouvernement vers le bas depuis son installation à ce jour, c’est bien la politique de copinage, de népotisme, de favoritisme assortie des conditions salariales et des privilèges faramineux octroyés aux heureux bénéficiaires. Ce qui a, dans une grande mesure, phagocyté la compétence, suscité la stagnation voire même la régression et encouragé l’arrogance et l’abus du pouvoir dans de nombreuses institutions du pays. Manifestement, nos dirigeants n’ont pas tiré les leçons de la gifle magistrale infligée par l’électorat à l’ancien régime.

L’impitoyable lutte pour le pouvoir

Même si le Premier ministre possède 3 jokers indiscutables entre ses mains – un dernier budget à présenter, les jeux des îles de l’océan Indien et l’entrée en opération du Metro Express –, il n’en demeure pas moins qu’un travail titanesque l’attend pour pouvoir renverser la vapeur en sa faveur durant ces quelques mois qui lui restent. Il sait pertinemment que cette lutte pour le pouvoir sera, probablement, la plus âpre et impitoyable que toutes celles qu’il a eu à livrer jusqu’ici. Et qu’il n’a pas droit à l’erreur. Car dans la course pour le poste suprême, il n’y a que deux prétendants, lui-même et Navin Ramgoolam. Ce dernier ne reléguera certainement rien aux oubliettes si, d’aventure, il est à nouveau porté aux affaires. Parmi les nombreux dossiers probables qui seraient alors déterrés, relevons, entre autres, ceux concernant le Sun Trust et les Rs 45 millions payées en guise de dédommagement, la chute de la Bramer Bank, des contrats et baux octroyés, des dommages payés à des ministres et députés, des nominations controversées effectuées, etc. Et peut-être même que le dossier de la Mercedes de 1995 serait également dépoussiéré.

Ainsi, dans la stratégie du MSM pour barrer la route à l’ex-PM, une éventuelle alliance avec les mauves commence déjà à faire son chemin et les récents débats à l’Assemblée nationale sur le Constitution (Amendment) Bill ont permis d’y voir plus clair. En effet, en tirant à boulets rouges sur le PMSD et le PTr, et ménageant soigneusement le MMM, le parti soleil a déjà affiché les couleurs quitte à frustrer pour éventuellement abandonner son partenaire du jour, le ML, considéré comme un groupuscule négligeable, un poids plume sur l’échiquier.

Par ailleurs, flairant convenablement l’enjeu des prochaines législatives pour le MSM, il est évident que le MMM, qui s’est quelque peu ressaisi après la partielle au No 18, qui l’avait rendu groggy, ne ratera pas l’occasion de hausser les enchères. Même si, eu égard à son intention de se présenter seul au prochain scrutin, Paul Bérenger persiste et signe, du moins pour l’instant, ce n’est qu’après le verdict du Privy Council dans l’affaire MedPoint – qui sera entendue le 15 janvier 2019 à Londres – que les choses sérieuses vont se préciser. En cas de confirmation de son acquittement, donc du prolongement de son avenir politique, Pravind Jugnauth, qui sait pertinemment qu’une lutte à trois lui sera désastreuse, ne tardera pas à avancer ses pions de façon plus concrète. Et, selon certains milieux bien informés, que ce soit dans une alliance pré-électorale ou post-électorale, Paul Bérenger ne dirait pas non à toute proposition de terminer sa longue carrière politique à Réduit, ce non sans avoir au préalable transmis le témoin de leadership du parti à sa fille à travers les instances appropriées…