Avec le coup d’envoi des manifestations préliminaires autour du Commonwealth Heads of Government Meeting (CHOGM) du Sri Lanka mardi dernier, Maurice a littéralement créé le buzz au sein du club des anciennes colonies britanniques. En effet, répondant à la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Paul Bérenger, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a confirmé son boycott de ce sommet du Commonwealth. Déjà, il était évident que le choix de Maurice pour accueillir le prochain CHOGM en 2015 était remis en question, et dès le lendemain, le ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, sur les instructions du chef du gouvernement, annonçait officiellement au Sri Lanka le désistement officiel de Maurice pour accueillir le prochain rendez-vous du Commonwealth Club. Les indications à hier soir sont que le choix pourrait se porter sur Malte, même si la Nouvelle-Zélande a également signifié son intention d’organiser ce sommet.
Justifiant son absence au sommet du Commonwealth se déroulant ce week-end au Sri Lanka, Navin Ramgoolam a fait état d’une décision de principe entérinée en toute souveraineté. “In spite of the fact that we are meant to be there (in Sri Lanka) for CHOGM 2015, I have decided in my own deliberate judgment — no pressure from anywhere — that I cannot with the principle that I have taken all this time I have been in politics attend the Summit at CHOGM (Sri Lanka)”, a-t-il déclaré en conclusion à sa réponse liminaire à la PNQ de Paul Bérenger.
La raison principale derrière cette décision est l’absence d’initiatives et de décisions de la part des autorités du Sri Lanka pour mettre un terme au génocide, aux violations des droits de l’homme et à la campagne d’intimidation politique au préjudice de la communauté tamoule dans ce pays. L’un des derniers développements inquiétants aux yeux de Maurice est la décision de Colombo de renier le processus de dévolution dans le Nord du Sri Lanka après la victoire des tamouls aux récentes élections régionales.
Maurice est en faveur d’une enquête approfondie au Sri Lanka. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a évoqué la nécessité de cette enquête lors d’un point de presse à Colombo, hier, en large du sommet du Commonweakth. “We want an international enquiry at a high level, because otherwise we won’t get results. It’s no point they themselves making an enquiry”, a fait ressortir Navin Ramgoolam à l’Assemblée nationale, mardi.
Devant cet état de fait, le Premier ministre est arrivé à la conclusion que “the Sri Lankan government is not doing enough” pour convaincre le monde entier que ce pays s’est engagé de nouveau sur la voie de la démocratie et du respect des droits fondamentaux. Toujours à l’Assemblée nationale, il a ajouté que “the (Mauritius) Summit is not more important than what is happening to people on the grounds in Sri Lanka”.
Et vendredi, lors du Statement Time à l’Assemblée natuionale, le chef du gouvernement tournait la page au chapitre du CHOGM 2015. Il annonçait que Maurice, ne voulant pas créer de précédent ou encore rompre avec la tradition, a annoncé son retrait volontaire en tant que pays hôte pour le prochain sommet. “Since I have taken the decision not to attend the Summit, and therefore I cannot invite them personally, Mauritius has decided to rescind its offer to host CHOGM 2015 in order to avoid departing from Convention regarding handing over”, a-t-il souligné à cet effet. Il s’est félicité de l’accueil favorable réservé à sa décision de ne pas faire le déplacement à Colombo que ce soit à l’Assemblée nationale ou dans la presse locale et internationale et auprès du Premier ministre du Canada.
Dès la confirmation du retrait de Maurice, deux pays, Malte et la Nouvelle-Zélande, ont montré un intérêt pour accueillir le sommet de 2015. Toutefois, à hier soir, Malté était en meilleure posture car le sommet de 2017 devra être attribué au Vanuatu, pays voisin de la Nouvelle-Zélande dans le Pacifique. La décision officielle devra faire partie de la déclaration du sommet de Colombo, qui sera rendue publique cet après-midi.
Dans les milieux autorisés à l’Hôtel du gouvernement, on affirme que ces derniers développements ne remettent nullement en question l’appartenance de Maurice au Commonwealth en dépit du comportement de la Grande-Bretagne sur le dossier des Chagos. Pour preuve, ils avancent qu’en l’absence du Premier ministre, le chef de la diplomatie, Arvin Boolell, participe aux délibérations du sommet à la tête de la délégation mauricienne.
Sur la cinquantaine de pays membres du Commonwealth, une trentaine est représentée par des chefs de gouvernement au Sri Lanka avec le reste au niveau des ministres des Affaires étrangères. Parmi les cas les plus frappants, outre Maurice, l’Inde et le Canada ne sont pas représentés par leur Premier ministre.