Les Mauriciens consomment trop de sel, ce qui augmente les risques d’hypertension, de maladies cardio-vasculaires et de thromboses dans la population adulte. Une étude du ministère de la Santé montre que 83,2% de ceux âgés entre 30 et 59 ans en consomment environ 8g par jour, soit 60% supérieur au taux recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Les fast foods seraient la principale cause de la surconsommation de sel à Maurice. Le ministère prend cette situation au sérieux et envisage même de légiférer pour que de la nourriture moins salée soit offerte en vente aux consommateurs afin de protéger leur santé.
Rajen souffre de diabète, de maladie cardiaque et surtout d’hypertension artérielle. Avoir consommé trop de sucre et de sel dans le passé a fait de lui, une victime des maladies non transmissibles. Rajen suit maintenant un régime alimentaire strict : « C’est en 2009 que je suis tombé malade. Mes artères étaient bouchées et j’ai dû subir une angiographie. Maintenant, je consomme plus de légumes, pas de viande. Je n’ai pas besoin de sel », dit-il.
En général, les Mauriciens consomment trop de sel – environ 8 grammes contre un taux de moins de 5 grammes par jour recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Selon le Dr Anil Deelchand, Acting Director, Health Services, la surconsommation de sel est mauvaise pour la tension artérielle qui affecte le coeur. Déjà 40% des adultes souffrent d’hypertension artérielle à Maurice, selon une étude du ministère de la Santé de 2009. « L’hypertension est associée directement aux maladies cardiaques, cérébro-vasculaires, aux infarctus et à l’insuffisance cardiaque. Elle donne aussi des problèmes d’insuffisance rénale. Pour cette raison, nous pensons qu’en réduisant la quantité de sel que nous consommons, nous pouvons baisser le fardeau des maladies cardio-vasculaires. Des études ont montré qu’en réduisant la consommation de sel par 5 grammes, on réduit le taux d’attaques cérébrales par 23% et les maladies cardio-vasculaires par 17‰ », déclare-t-il.
Cette étude réalisée en 2012 a trouvé que le pain contient trop de sel, soit une moyenne de 461,6 mg pour 100g de pain alors que le niveau acceptable est de 400 mg. Notre interlocuteur relève aussi que le sel est ajouté manuellement, au petit bonheur, sans mesure. Si le pain est montré du doigt, le boulanger Sabeer Hookoomally se défend d’utiliser trop de sel dans le pain. Le sel est utilisé dans la fabrication du pain principalement pour son goût, souligne-t-il. « Ensuite, le sel améliore la qualité de la pâte, il augmente sa ténacité et aide dans la production du gaz carbonique qui est essentielle à la cuisson. Un pain sans sel est fade, on ne peut le manger. Nous en utilisons le moins possible, soit 1 à 1,5%, ce qui représente moins d’un gramme par pain. Réduire davantage le sel est impossible car la qualité et la préservation du pain en souffriront. » Mais, ajoute-t-il, « il faut aussi savoir ce que les consommateurs mettent dans leur pain ».
Le Dr Deelchand annonce une campagne de sensibilisation des producteurs d’aliments pour bientôt, à commencer par un atelier de travail réunissant les boulangers, pour parler de l’utilisation du sel dans la fabrication de pain. « Nous sensibiliserons les boulangers et les entrepreneurs alimentaires pour qu’ils réduisent graduellement la quantité de sel dans leurs produits. Dans un deuxième temps, nous allons légiférer sur la quantité de sel autorisé selon les produits. Nous éduquerons également les ménagères pour leur montrer comment préparer les repas avec moins de sel », dit-il.
Certains Mauriciens ont déjà réduit leur consommation de sel, à l’instar du président de l’Association pour la Promotion de l’’Environnement et des Consommateurs (APEC), Suttyhudeo Tengur. « Comme dans toutes les maisons, chez nous aussi, on consommait à une époque beaucoup de sel. Mais, alertés par les médias, nous avons, petit à petit, pris conscience et nous avons diminué la quantité de sel que nous consommons. Nous ne voulons pas souffrir d’hypertension artérielle. Si je continue à jouir d’une bonne santé aujourd’hui, c’est parce que je consomme moins de sel », souligne-t-il. Chez l’APEC, on sensibilise également les membres quant à la prise de conscience de leur santé.
La malbouffe n’épargne pas les Mauriciens qui, faute de temps, achètent des produits prêts à consommer et trop salés. Comment changer leurs mauvaises habitudes qui se sont généralisées depuis la dernière décennie ? Malgré les appels, ils semblent être réticents à un changement.