Il n’en a pas fallu plus de trois semaines depuis la mise en opération de la nouvelle foire de Surinam, à l’arrière du collège d’État Mootoocoomaren Sangeelee, pour que maraîchers et consommateurs se rendent compte qu’ils évoluent dans des conditions difficiles. Outre des conditons d’hygiènes exécrables, exacerbées par le récent mauvais temps, ils déplorent également l’isolement du site.
« Depi de semaines, boukou marsan kuma mwa finn bizin zet legim. Dimounn pa vini, li tro lwin », fustige Goinden Curpen, le front creusé par des rides profondes causées par de trop longues expositons aux intempéries. « Auparavant, cette foire se trouvait au centre même du village de Surinam, mais depuis peu, le conseil de district a aménagé une nouvelle foire sur un parking à l’arrivée du collège d’État de Mootoocoomaren Sangeelee », explique ce soixantenaire qui opère comme marchand de légumes depuis une bonne quarantaine d’années.
Aux dires de Goinden Curpen, il ne serait pas le seul maraîcher à se retrouver dans l’impossibilité de vendre tous ses légumes comme auparavant. « La mwatie mo legim finn bizin retourne, et tou dimounn kone ki legim pa kapav garder tro lontan. Bizin zete », se plaint Bhoowan Prayag, un autre vendreur de légume, comme pour faire écho aux récriminations de son collège. « Nou finn pei Rs 11 200 pour gagne sa letal-la… apre bizin pei transpor pou amenn legim, san blie ki bizin aste legim lamem », ajoute-t-il, pour mieux faire comprendre ses déboires.
Si les vendeurs à la foire de Surinam ne trouvent pas preneurs, c’est tout simplement parce que la nouvelle foire est trop en retrait du village. « Li tro lwin », explique Goinden Curpen. « Bis pa mem vinn ziska ici. Dimounn bizin mars au mwin 400 met dan labou ek zot tant bazar. Zot prefere pa vini », explique Bhoowan Prayag.
En effet, cette foire a été aménagée sur un parking et on y a accès par un sentier non goudronné, ce qui oblige les potentiels acheteurs à patauger dans la boue pour faire leurs emplettes. « Ki dimounn kontan fer bazar dan la boue ? », se demande Goinden Curpen. « Nou lavant finn tombe nett », ajoute-t-il.
Mais les déboires de ces maraîchers sont multiples. « A commencer, comme il n’y a aucun point de lumière et que nous sommes obligés de nous installer dès quatre heures du matin, nous le faisons alors dans le noir complet », soutient Bhoowan Prayag. « Ajouter, à cela que les étales ne sont pas recouverts et comme il pleut régulièrement dans cette région du sud, vous avez une idée dans quelles conditons exécrables nous avons à travailler », ajoute son collègue Goinden Curpen. « Lapli pa bon, soley aussi pa bon ! », ajoute Bhoowan Prayag.
L’absence d’eau potable sur les lieux est un autre élément qui exaspère ceux qui y travaillent. « Avoir les réservoirs des toilettes et les robinets des lavabos à sec ne contribuent nullement a une meilleure hygiène ! », ironise Goinden Curpen. « Je ne vous fait pas imaginer la scène après une journée ! », enfonce-t-il le clou.
L’aménagement des toilettes pose également problème, selon les marchands : les toilettes des hommes jouxtent, dans le même bâtiment celles de femmes, ce qui n’offre aucune intimité. « Sa zenan… pire ankor… twalet zom, so la porte res ouvert et zot finn mett urinwar-la zis vis-a-vis la porte… sa koz mari problem… ek dimounn ki oblize rantre sorti… ou pena okain prive… ; », se plaint par ailleurs Bhoowan Prayag.
L’exiguïté des étables est un autre problème : « Enn marsan pa kapav vann enn sel kalite legim… Me lor enn ti latab kumsa, li pa kapav mett lot kalite legim… Be kan eski li pou tir so fre alor ? », s’inquiète pour sa part Bhoowan Prayag. Outre, qu’avec quelque 200 marchands sur le site, cela crée nécessairement une tension entre eux, ajoute-t-il.
Du côté des acheteurs la liste des plaintes est également longue. A commencer par la distance qu’ils doivent parcourir — environ 400 mètres au moins. « On doit marcher, de la foire au bus-stop au moins 400 mètres, avec une lourde “tante bazar” … Pourquoi n’a-t-on pas pensé à demander aux compagnies d’autobus de faire un détour par la foire ? », se demande Jean-Noël Sandien, le président de Association des Citoyens de l’Ouest et du Sud (ACOS), une oraganisation ombrelle réunissant des ONGs de la région du sud et de l’ouest. Depuis peu, ACOS s’est saisie des problèmes de ces maraîchers en vue de trouver une solution.
L’absence de trottoir, obligeant les acheteurs à patauger dans la boue, est une autre source de frustration. « Un passage pour piétons et des trottoirs à proximité d’une foire sont des choses auxquelles il faut penser avant l’aménagement de la foire et non après. Doit-on d’abord déplorer un accident avant de décider de se préoccuper de la sécurité des gens ? », martèle Jean-Noël Sandien.
Si le conseil de district a été informé de ces problèmes, ce n’est pas avant trois mois que les améliorations réclamées y seront apportées, selon nos renseignements. « En atandan kabri manz salad ! », ironise le président de l’ACOS.