Un cimetière marin unique au monde
L’Ami Georges Brassens, dans une magnifique chanson, décrit joliment le cimetière où il choisirait d’aller un jour « passer sa mort en vacances » … « Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus ».
Le poète aurait pu l’écrire à propos de notre petit cimetière de Cap Malheureux. Ce cimetière unique au monde, dominant le lagon, les récifs avec le Coin de Mire et les îles à l’horizon. Unique par la paix qu’on y trouve, surtout les jours de grande peine où l’on porte en terre un être aimé.
Nombreux sont les habitants du Nord qui ont vécu cela et qui, comme moi, ont leur père et/ou leur mère qui y reposent. Pour tous, c’est un lieu sacré, un lieu de recueillement. Je dis bien tous, même pour ceux qui n’y éliront pas forcément leur dernière demeure.
Nous étions ainsi tous à penser, naïvement, que cette oasis de paix serait préservée à jamais de la pression urbaine, par la confortable ceinture de « state lands », terres inexploitables parce que largement noyées par les eaux des « wetlands » qui l’entourent.
Nous nous sentions surtout naturellement préservés par le bouclier qu’impose notre respect pour le sacré, de même que le respect des autres dans notre île « arc-en-ciel ». Cette île où l’harmonie et l’estime mutuelle qui existent entre les plus grands courants spirituels de l’humanité reste un exemple unique au monde.
Cette « façon d’être », ce « way of life », de notre nation mauricienne que nous avons su instituer en « Art de Vivre » est « Le Socle » essentiel du « Vivre Ensemble ».
Notre conscience citoyenne y veille jalousement.
Nous tous, Mauriciens, savons combien cela est important.
Et soudain « Les Envahisseurs… »
Et voilà que soudain, à trente petits mètres des premières tombes, juste de l’autre côté de la route, tel un champignon après l’orage, un immense bâtiment a surgi de terre et se monte maintenant à grande vitesse.
S’agirait-il d’une grande demeure de quelque quidam chanceux qui aurait eu l’idée « géniale » de profiter d’une vue imprenable sur les îles, par delà le cimetière ???
Mais non ! Vous n’y êtes pas !
Le panneau de cette construction annonce sans ambages, je cite :
« Construction of Commercial Complex consisting of a Supermarket and a number of shops / commercial outlets… »
Faut-il être un vrai visionnaire pour investir ainsi à long terme dans un centre commercial, pris en sandwich entre un cimetière et des « wetlands » à presqu’un kilomètre du village le plus proche : Cap Malheureux.
A cet égard, bien des questions se posent :
–    de combien de places de parking va se doter ce super-projet ? Une petite centaine ?
–    Les « wetlands » sont juste derrière, à toucher, cela implique-t-il de combler des zones inondables, pour contenir l’eau en cas de grosses pluies ? Et alors, qu’adviendra-t-il des eaux usées ?
–    Y a-t-il eu un « E.I.A. License » délivré pour ce projet ?
–    Cette première tentative annonce-t-elle d’autres développements sur cette bande de terre inexploitée ? Et, si oui, de quelle ampleur ?
–    Et, finalement, sans rire, nous faudra-t-il désormais planifier les enterrements hors des heures de pointe du Supermarché, pour trouver une certaine tranquillité, propice au recueillement ?
Beaucoup de questions techniques sur les problèmes qu’impliquerait cette construction restent en suspens. Elles ont été posées aux autorités concernées depuis plus de 2 mois et sont, malheureusement, restées sans réponse.
C’est pourquoi, dans un sursaut « citoyen » le Front commun des citoyens du Nord, soutenu par les travailleurs sociaux, membres du Forum des Citoyens Libres, se dresse aujourd’hui et continuera de se dresser à l’avenir pour veiller que soient préservées les zones aussi « sensibles » que notre petit cimetière de Cap Malheureux.
Ces citoyens seront de plus en plus nombreux. C’est sûr. Ils ne baisseront jamais les bras, jusqu’à ce que TOUS comprennent la réelle ampleur du désastre que recèlerait ce projet de « Supermarché du Cimetière », nom qu’on lui attribue à compter de ce jour.
Ah ! Chers parents disparus, reposez en paix !
Nous veillerons sur vous, sans relâche, pour empêcher qu’un Supermarché
ne se charge de veiller sur votre repos à NOTRE PLACE.