Avec l’arrivée à Port-Louis samedi matin du Ruang Lap No 8, bateau de pêche enregistré en Thaïlande et arraisonné depuis mardi soir lors d’une opération de surveillance conjointe menée par le INS Shardul, unité de la marine indienne et des éléments de la National Coast Guard à 365 milles nautiques au nord-est de Maurice, les autorités mauriciennes ont initié une enquête de longue haleine. L’un des premiers éléments de l’enquête, le relevé de stock de carburant (55 000 litres) à bord du bateau de pêche, indique qu’il ne s’était pas retrouvé dans la zone économique exclusive de Maurice par pur hasard mais que les membres d’équipage étaient engagés dans le pillage des stocks de poisson sur les bancs mauriciens.
Néanmoins, le principal problème auquel doit faire face l’escouade d’enquêteurs de la police constituée pour les besoins des auditions des membres d’équipage du Ruang Lap No 8 est au niveau des interprètes. Des 28 membres d’équipage du bateau de pêche, 24 sont des réfugiés venant du Cambodge et ne sont en possession d’aucune pièce d’identité alors que les quatre ressortissants de la Thaïlande ne détiennent que de simples cartes d’identité sans aucun passeport. Compte tenu de la difficulté des langues, les marins pêcheurs, qui sont maintenus « under close arrest » à bord du Ruang Lap No 8, n’ont pu être entendus par les policiers.
Toujours en raison de ce problème d’interprète, le capitaine du bateau de pêche n’a pu comparaître ce matin devant le tribunal de Port-Louis en vue de son inculpation provisoire pour les divers délits, dont celui de pêche et de présence illégales dans la zone économique exclusive (ZEE) de Maurice. L’enquête policière prendra un nouvel essor avec les démarches entreprises en vue de solliciter les services de traducteurs pour les Thaïs ou les Cambodgiens.
Entre-temps dans ses premières explications, le capitaine du bateau de pêche thaïlandais soutient qu’il s’est égaré en mer pour justifier sa présence sur les bancs de Nazareth. Il a également ajouté qu’il n’avait pas obéi aux sommations du navire indien INS Shardul, en faisant éteindre les feux du Ruang Lap No 8 dans la nuit de mardi parce qu’il avait cru en une attaque des pirates de Somalie, qui sillonnent cette partie de l’océan Indien.
Mais la présence de ce fort stock de mazout à bord du bateau pousse les autorités mauriciennes à rejeter les explications du capitaine. Ils approfondissent la thèse du pillage des bancs de poisson dans les eaux mauriciennes par ces unités de pêche venues aussi loin que la Thaïlande. À ce matin, les enquêteurs de la police du port continuent à consigner les dépositions des membres du commando mauricien, notamment des éléments de la National Coast Guard et de la Special Mobile Force, qui se trouvaient à bord du INS Shardul lors de cette opération de surveillance de la zone maritime et d’arraisonnement.
De leur côté, les officiels de la Fisheries Protection Unit du ministère de la Pêche ont été appelés en renfort depuis le week-end pour dresser l’inventaire du stock de poisson se trouvant dans la cale du Ringa Lap No 8. Une importante cargaison de requins, d’ailerons de requins de différentes tailles, de sacréchiens, de thon et d’autres poissons classés comme étant « toxiques » par les autorités mauriciennes a été relevée.
Ces préposés au département des Fisheries ont déjà effectué des prélèvements d’échantillons de ces poissons soupçonnés d’être toxiques. Ceux-ci seront soumis à des analyses en laboratoire à partir de lundi. Tout le contenu de la cale du FV Ruang Lap No 8, qui a accosté le port de pêche à Trou-Fanfaron, devait être pesé aujourd’hui avant d’être transféré dans les locaux de l’Agricultural Marketing Board.
Les délits criminels, dont celui de pêche illégale avec une amende maximale d’un million de dollars et la possible saisie-conservatoire du Ruang Lap No 8, ne seront logés officiellement devant le tribunal de Port-Louis qu’à la conclusion de l’enquête, tributaire de la disponibilité d’interprètes.