Des pieds de la montagne du Morne en cette fameuse Nuit du Séga d’octobre 1964, elle a été longue la route qui a mené le tipik mauricien jusqu’à la reconnaissance. À travers une histoire parsemée d’interdits et de préjugés, le rythme local a survécu, sauvegardé au coin de ces feux de camp que veillaient de joyeux gardiens qui étaient si aptes à célébrer la vie. Dans les camps sucriers, dans les cours au bord de la mer ou à côté du port, la ravanne a chanté. Elle a crié et s’est élevée avec toupet. L’héritage a traversé le temps, il a fait fi des gros yeux offusqués des bonnes gens qui se croyaient bien pensants. Il a entraîné Missie Olivier dans sa danse et fait virevolter la zip kat kuler donnée par Tangale. Il est resté coquin, taquin, frondeur, persifleur. Il a gravé en musique des scènes du quotidien, il a préservé la mémoire, a rendu le tcholo honorable.
La Sware Sega Tipik tenue vendredi dernier à l’IFM célébrait un peu de tout cela, tandis que Maurice n’avait encore rien fait de spécial pour marquer l’inscription du séga au patrimoine mondial de l’UNESCO. Une soirée dans l’ambiance, rythmée, joyeuse, exactement comme elle se devrait d’être puisque le typique est synonyme de réjouissance. Qui se soucierait encore d’être taxé de tcholo quand monte la voix de Josianne Cassambo qui dégage toujours la même énergie quand elle parle de son mystérieux Tangalé ? Loïs Cassambo, ce grand-oncle qui fut l’un des porte-flambeaux du séga typique aux côtés de Ti Frère, Michel Legris et autres, a transmis aux siens le savoir et la fougue. En témoignent ses héritiers de Petite-Rivière si fiers sur la scène à Rose-Hill : Zenes ki ti la, Zenes Ti Rivier, Daniella Résidu.
La ravanne de Menwar, principal initiateur de ce projet, résonne. Mimose Furcy et les Tambour Chagos racontent le déracinement. Los Negros, qui lançait son album Balkoulou vendredi, montre le renouvellement. Pour le final, les participants ont été rejoints par Marclaine Antoine. Tout y était pour que l’on se dise fièrement tcholo.
La Sware Sega Tipik a été une belle soirée. Un de ces moments qui restera dans les mémoires et qui se devait d’exister.