Elles sont dix jeunes femmes qui sillonnent nos routes depuis environ un mois maintenant. Elles, ce sont les premières « riders » femmes de la force policière. Chaque jour, présentes sur pratiquement toutes les routes et surtout celles qui sont les plus fréquentées, ces jeunes femmes qui n’ont aucunement froid aux yeux, interpellent des automobilistes, les sensibilisent au sujet de leur comportement au volant et délivrent des contraventions, dans les cas où des délits sont commis. Sweta Ramphul et Maneshi Bhujun font partie de ces 10 « riders » femmes… Paroles.
On peut presque avancer qu’elles sont tombées dans le chaudron alors qu’elles étaient gosses. Pour cause, Sweta, jeune trentenaire issue d’une fratrie de quatre enfants, originaire de Laventure, est le troisième membre des Ramphul qui porte l’uniforme. « Mon père est policier de carrière, confirme la « rider », fièrement. Il est toujours en fonction. Mon frère est également policier. Donc, c’était un peu normal que je suive le courant. » Pour sa part, Maneshi Bhujun, âgée d’une vingtaine d’années, issue d’une famille de Pointe-aux-Sables, s’inspire surtout de son oncle : « Il est décédé, maintenant, mais il m’a beaucoup marqué de son vivant, concède-t-elle. Tout le monde au sein de la famille ne parlait de lui qu’avec respect et avec admiration. Il a toujours été, pour nous tous, un symbole de droiture et d’honnêteté. » Elle a, de ce fait, souhaité suivre ses pas en devenant policière.
Nos deux interlocutrices ont développé leur passion pour le métier de policier alors qu’elles n’étaient encore qu’enfants. Quand est arrivée l’heure de la formation et le temps de descendre sur le terrain, elles se souviennent encore de la fierté éprouvée par leurs familles de les voir porter l’uniforme : « C’est une profession respectable. C’est un honneur que de porter l’uniforme et de faire respecter les lois?; assurer la protection des citoyens. » Bien entendu, tout ne se passe pas toujours comme elles l’entendent : des citoyens réfractaires à se conformer aux lois, les jurons et les insultes ainsi que les attitudes misogynes : ces deux jeunes femmes, au même titre que les autres « riders » femmes et leurs collègues masculins, ne sont nullement épargnées. Mais elles restent sereines et surtout, « committed », précisent-elles. « Quand on a décidé de faire ce métier, dans quelque unité ou département qu’on se trouve, la philosophie est la même : la droiture, l’honnêteté, le respect. »
Sweta Ramphul et Maneshi Bhujun ne se font d’ailleurs aucune illusion à propos de leur métier. La première a, à son compteur, 11 ans d’expérience, la seconde, 5 années. Toutes les deux ont, après leur formation de jeunes recrues, été postées dans des postes de police ; Lallmatie pour la première, et Pointe-aux-Sables, pour la seconde. Puis, elles ont été mutées à la Traffic Branch, où elles ont évolué comme « examiner ». Jusqu’à il y a quelques mois quand a été mise sur pied la Traffic Enforcement Squad : « depuis le début de cette année, le nombre d’accidents de la route qui ont fait des victimes n’a cessé d’augmenter. Idem pour les cas de « hit and run », soutiennent les deux jeunes femmes. Quand le CP a sollicité la participation des femmes dans les unités des « riders », on a souhaité relever le défi. »
Égoïsme au volant
Maurice figure d’ailleurs parmi les rares pays, que ce soit dans la région ou sur le plan mondial, où des femmes sont mises à contribution dans cette unité spécifique. « Non, ce n’est certainement pas un univers strictement réservé aux hommes », estiment-elles, d’une même voix. La Woman Police Constable (WPC) Bhujun renchérit : « Je suis d’avis que si on veut faire quelque chose, quel que soit ce métier, si on s’y applique et qu’on s’y investit, qu’on se donne à fond et qu’on ne s’attarde pas sur des pseudo-obstacles, on ne peut que réussir. »
Des exemples vivants sont justement ces 10 jeunes femmes (voir liste complète plus loin) qui ont accepté de relever le défi de devenir des « riders ». Conscientes qu’elles sont parmi les pionnières en tant que femmes « riders » de la force policière mauricienne, Sweta Ramphul et Maneshi Bhujun ne s’en prennent pas pour autant la tête. Humbles et simples, ces deux jeunes femmes souhaitent surtout « donner le meilleur de nous-mêmes dans notre métier, et cette nouvelle unité dans laquelle nous nous sommes engagées. » Suivant la formation de trois semaines qu’elles ont reçue au sein de la Traffic Branch, et sous la férule de divers collègues masculins, dont le sergent Mohamed Sheik Coowar, le caporal Soolehall et le constable Nullacootee, entre autres, nos deux interlocutrices font remonter leur souci premier de « conscientiser les automobilistes sur les nombreux et différents manquements qui occasionnent tantôt des accidents où des citoyens perdent la vie, tantôt des comportements dangereux qui finissent par provoquer des accidents. »
Sur ce point, le sergent Coowar intervient pour relever que « l’un des éléments phares que nous combattons de tout temps et surtout depuis le début de cette année, qui a été particulièrement meurtrier sur nos routes, c’est l’égoïsme au volant. C’est malheureux de constater que de plus en plus d’automobilistes ne pensent qu’à eux quand ils prennent la route. » Il prend comme exemple de base : « Combien d’automobilistes, quand ils entrent dans leur véhicule, commencent par attacher leur ceinture, avant de tourner la clé ? La majorité démarre et ce n’est qu’après avoir parcouru une partie du trajet, qu’ils attachent leur ceinture de sécurité. » Pour beaucoup, la vue d’un motard ou d’un policier quelque part sur l’itinéraire emprunté déclenche cette réaction, « quand ce ne sont pas des chauffeurs qui préfèrent passer la ceinture sous l’omoplate. Sans réaliser quels risques ils prennent en faisant cela », précise le Sgt Coowar.
Nos deux « female riders » renchérissent : « il y a une attitude de « je-m’en-foutisme » concernant les règlements et le respect du code de la route. » Elles soutiennent qu’« une grande partie de notre intervention, à ce stade, concerne la sensibilisation des automobilistes. Les éveiller au respect du code?; au fait que de nombreuses infractions sont commises souvent inconsciemment et que ces petites « imprudences » ou « négligences » peuvent coûter la vie à des innocents, sinon eux-mêmes. »
Garder son sang-froid
Mais leur travail ne se limite certainement pas au travail de conscientisation : dans des cas où des délits sont commis — excès de vitesse, comportement dangereux, conduite en état d’ébriété, usage du cellulaire au volant, non-port de la ceinture de sécurité, plaque d’immatriculation ou autres éléments, comme la vignette d’assurance ou de déclaration (Road Tax), qui ne sont pas en règle, émission de sons dérangeants pour les motos et voitures qui ont eu recours au « tuning », entre autres – ces jeunes femmes, au même titre que leurs collègues hommes, interpellent ces automobilistes en infraction avec les lois, leur expliquent le ou les délit(s) commis, et les verbalisent : contraventions, sanctions pleuvent.
Sweta Ramphul et Maneshi Bhujun n’ont nullement froid aux yeux. « Ce n’est pas parce que nous sommes des femmes que nous sommes faibles », décochent-elles d’emblée. « Certainement, tout n’est pas rose et tous les automobilistes ne sont pas dotés de la même politesse ou courtoisie, relève Maneshi Bhujun. Dans certains cas, le comportement de quelques-uns me pousse à bout. Mais je garde mon sang-froid. C’est très important dans ces moments-là, car c’est de là que tout va se jouer. » Sweta Ramphul confirme : « Nous apprenons à nous maîtriser et savoir comment nous comporter quelles que soient les situations et les circonstances. »
Le Sgt Coowar rappelle que « c’est dans ces circonstances, justement, qu’il est capital de bien connaître les lois afin de s’appuyer là-dessus pour établir les délits commis, tenir tête à l’automobiliste effronté et le remettre à sa place, afin qu’il comprenne les erreurs commises, ce que celles-ci peuvent avoir comme conséquences et pourquoi il ne faut pas récidiver. » Nos deux jeunes interlocutrices profitent de l’occasion pour lancer un appel aux automobilistes : « Il est triste de noter que les conducteurs mauriciens sont de plus en plus égoïstes. Quand ils ou elles prennent la route, ils songent qu’ils sont les seuls utilisateurs de la route et oublient qu’il y a d’autres conducteurs — de voitures, de vans, d’autobus, de motos ou de vélos — ainsi que des piétons. La route est un espace public. C’est pour cela qu’il existe des règlements. » Si chacun y met un peu du sein, conclut le Sgt Coowar, « la perception que les policiers sont « dominer » diminuera. Car c’est loin d’être notre mission. Notre objectif, quand on arrête des automobilistes, ce n’est pas de les réprimander. Quand le besoin s’en fait ressentir, on le fait. La priorité est de pousser le plus grand nombre de Mauriciens à prendre conscience des risques de la route, afin d’aider à réduire le nombre de morts dans les accidents. »