Le ministre de l’Agriculture Mahen Seeruttun a plaidé ce matin, lors de l’assemblée générale annuelle du Syndicat des Sucres à l’hôtel Labourdonnais, pour une diversification soutenue des marchés d’exportation du sucre au vu de la conjoncture difficile que connaît l’industrie cannière mauricienne. « Il nous faut à tout prix diversifier et chercher d’autres marchés sinon la pilule risquerait d’être très amère », a déclaré le ministre, qui a mis également l’accent sur la nécessité d’avoir une masse critique de 400 000 tonnes de sucre en termes de production annuelle et a appelé les compagnies sucrières à faire des efforts pour encourager les planteurs de leurs régions à poursuivre leurs activités, voire à développer leurs plantations.
Mahen Seeruttun a d’emblée fait ressortir que l’industrie cannière mauricienne « passe par des moments difficiles » suite aux changements du régime sucrier, avec pour résultats une fluctuation du prix du sucre sur le marché européen et une incertitude quant à l’évolution de la production mondiale. « Si au début de l’année les perspectives du prix du sucre sur le plan mondial étaient encourageantes, les données sont toutes autres aujourd’hui. Cette situation a interpellé tout le monde car qui dit baisse des prix dit aussi baisse des revenus », a-t-il déclaré. D’où les mesures annoncées récemment par le gouvernement après consultations avec les représentants du secteur sucrier et de Business Mauritius. Mahen Seeruttun a fait état notamment de la contribution de Rs 500 millions du Sugar Insurance Fund Board pour la coupe 2017, de la suspension du « cess » pour une période d’une année (ce qui rapportera un montant additionnel de Rs 500 par tonne de sucre aux producteurs) et d’augmentation, de 15% à 30%, de la taxe sur le sucre importé. Avec ces mesures, qui sont pour le court terme, le gouvernement a voulu, selon lui, « apporter un ballon d’oxygène aux producteurs ». Toutefois, a-t-il annoncé, « le comité technique mis sur pied pour passer en revue la situation dans l’industrie poursuivra son travail avec de nouvelles attributions pour trouver des solutions durables pour les moyen et long termes ».
Le gouvernement, a poursuivi Mahen Seeruttun, est conscient du rôle multifonctionnel de l’industrie cannière ainsi que de l’apport de celle-ci à l’économie du pays, à la production énergétique et à la protection de l’environnement. Le ministre a parlé des réformes initiées depuis le début des années 80 et, surtout, de la mise en oeuvre des recommandations préconisées dans le rapport de Landell mills Commodities afin de consolider l’industrie et de l’aider à faire face aux différents enjeux. Mention a été également faite des mesures contenues dans le budget 2017-2018 pour offrir de nouvelles sources de revenus aux producteurs.
Cependant, souligne Mahen Seeruttun, la baisse enregistrée dans la production sucrière ces dernières années, avec une production tombant sous la barre des 400 000 tonnes, « est source d’inquiétude pour le gouvernement ». L’industrie, a-t-il argué, doit pouvoir produire au moins 400 000 de sucre annuellement et, pour atteindre un tel objectif, « il faut impérativement préserver quelque 55 000 hectares de terre sous culture » de canne. Le ministre a souhaité qu’il y ait une « coopération juste et équitable » entre les compagnies sucrières et les producteurs de cannes ainsi qu’entre les compagnies sucrières et les travailleurs. Et d’affirmer qu’avec l’abolition du quota sucrier et d’isoglucose sur le marché européen à partir du 1er octobre, « la compétition deviendra plus rude ».
De plus, avec le surplus de la production mondiale prévu pour 2017, des effets négatifs sur les prix sont anticipés. « Il n’est plus question d’attendre une assistance quelconque de l’UE », a laissé entendre Mahen Seeruttun. « Nous devons mettre tous les atouts de notre côté afin de réussir dans nos démarches futures en vue de sauvegarder l’avenir de ce secteur si important pour notre pays », devait-il ajouter.