Commentant la récente célébration du tricentenaire de la présence française à Maurice, la Confédération des travailleurs du secteur privé, par la voix de son président, Reeaz Chuttoo, déplore que l’ambassade de France à Maurice et les autorités gouvernementales, ainsi que les historiens locaux, aient ignoré l’esclavage, « un lourd héritage que les travailleurs de Maurice portent encore et que la France a été la première, en mai 2001, à qualifier de crime contre l’humanité ».
« C’est inacceptable que, dans le cadre de la “célébration” du tricentenaire de la présence française à Maurice, les autorités gouvernementales, l’ambassade de France à Maurice et nos historiens locaux, aient oublié complètement l’esclavage, un lourd héritage que les travailleurs de Maurice portent encore et que la France a été la première, en mai 2001, à qualifier de crime contre l’humanité », a déclaré au Mauricien Reeaz Chuttoo, le président de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP).
Le syndicaliste rappelle que France a été le premier pays, le 21 mai 2001, à reconnaître que « la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes, constituent un crime contre l’humanité ».
« C’est révoltant que personne, lors de ces “célébrations”, n’ait fait mention de l’esclavage et surtout de la déculturation des Mauriciens d’origine malgache et africaine, la cause aujourd’hui de ce qu’on appelle le malaise créole », s’indigne le syndicaliste. La déculturation est la perte de toute ou de partie de sa culture traditionnelle au profit d’une culture nouvelle.
Reeaz Chuttoo estime que, d’un point de vue syndical, il n’y a pas de quoi « célébrer » le tricentenaire de la présence française à Maurice, eu égard à ce « lourd héritage » laissé par les Français, leur système de gestion, notamment. « Même après l’abolition de l’esclavage, les travailleurs, sous la gestion française, ont été et continuent jusqu’à nos jours à être surexploités dans la répression », soutient-il.
Le syndicaliste soutient ses dires, par les résultats des recherches de la Commission Justice et Vérité et par les nombreuses plaintes que la CTSP reçoit tous les jours, précise-t-il, des entreprises gérées « à la française » à Maurice. « Il n’y a manifestement aucune raison pour que les travailleurs de Maurice “célèbrent” cette présence », argue-t-il.