Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a choisi de solliciter un avis indépendant sur la réforme du système électoral en confiant à une équipe d’experts constitutionnels dirigée par le professeur Guy Carcassonne, expert en Droit Constitutionnel de l’université de Nanterre, le soin de faire des propositions à ce sujet avant la fin de cette année.
Cette décision a été diversement accueillie par les principaux concernés. Ainsi, Paul Bérenger qui a rencontré Guy Carcassonne lundi, a, dans une déclaration au Mauricien, reconnu que l’expert français est une personnalité brillante. « Je lui ai fait comprendre que je ne voyais pas l’utilité d’un rapport d’experts. C’est la volonté politique qu’il nous faut pour amener cette réforme », a dit Paul Bérenger. Pour sa part, Rama Sithanen, qui a également rencontré le professeur Carcassonne, a fait comprendre que la réforme électorale a déjà été étudiée par des experts, des propositions ont été formulées et les partis concernés étaient presque arrivés à un consensus sur la nécessité de maintenir le système first to past the post avant d’ajouter une dose de proportionnelle. Il se demande si les experts vont faire une remise à plat des propositions déjà formulées.
Le Premier ministre a fait rapidement mention aux journalistes présents à la cité Florida à Baie-du-Tombeau, mercredi , que son bureau avait diffusé un communiqué dans le sillage de la visite du professeur Carcassonne. Il a donné l’impression que pour arriver à un consensus sur la réforme il fallait que tout le monde soit d’accord et qu’il ne fallait pas qu’un des interlocuteurs tente d’imposer sa formule. « Pour qu’il y ait un mariage il faut que les deux personnes concernées soient d’accord », a-t-il simplement dit alors qu’il était sollicité de toute part par ses mandants hier.
Le professeur Carcassonne était arrivé à Maurice durant le week-end pour une visite-éclair qui devait initialement avoir un caractère secret. Mais le secret n’a, semble-t-il, pas été bien gardé. L’expert français a quitté le pays dans la soirée de mardi. Le communiqué diffusé par le bureau du Premier ministre hier après-midi souligne que suite aux rencontres qu’il a eues avec le professeur Guy Carcassonne sur la réforme électorale, le PM a décidé de confier à une équipe de trois éminents experts constitutionnels la mission de proposer avant la fin de cette année une réforme de notre système électoral.
Le communiqué précise que l’équipe qui collabore avec le professeur Carcassonne est composée du Professeur Vernon Bogdanor CBE Professeur de Droit à l’Université d’Oxford et le Professeur Pere Vilanova Trias de la Faculté de Droit de l’Université de Barcelone. « Le Premier ministre souhaite que cette réforme qui figure dans le programme gouvernemental trouve maintenant son aboutissement, en ce début de mandat, en dehors de toute période électorale et précise que le gouvernement souhaiterait recevoir les propositions avant la fin de cette année », souligne le communiqué en précisant que les propositions devront poursuivre les trois objectifs suivants : (1) l’efficacité : Une élection doit permettre de dégager une majorité et ce sont les électeurs qui doivent choisir eux-mêmes ceux qu’ils veulent voir gouverner (2) : l’équité : Il n’est pas acceptable, comme nous en avons parfois fait l’expérience, qu’un parti politique soit réduit à l’inexistence totale pendant un mandat. Tous ceux qui sont vraiment représentatifs doivent être représentés. (3) la diversité : plus de quarante ans après notre indépendance, nous continuons à raisonner comme si nous étions seulement une addition de communautés séparées. « Nous sommes tous, d’abord et avant tout, des Mauriciens même si chacune de ces communautés d’origine doit se retrouver dans la composition du Parlement », a-t-il dit. Le communiqué précise que le Premier ministre souhaite que les propositions nous permettent de nous diriger résolument vers la parité entre hommes et femmes. Les femmes représentant 50 % des électeurs, cette parité doit se retrouver dans la représentation parlementaire, même si cela ne peut se réaliser en une seule fois.
« Avec ses compétences réunies, et leur indépendance d’esprit, le Docteur Navin Ramgoolam souhaite que le travail qui sera soumis par cette équipe au gouvernement, prenne en considération la complexité et la richesse de la société mauricienne et son attachement aux valeurs démocratiques. Il appartiendra ensuite aux Mauriciens, de mener et de trancher ce débat. Il se dit certain que c’est un débat qui nous rassemblera car il touche à la modernisation et à la vigueur de notre démocratie », relève-t-on dans ce communiqué.