Très attendue par beaucoup, l’émission Enquête Exclusive, présentée par le journaliste Bernard de la Villardière, suscite nombre de réactions, le plus souvent négatives, depuis sa diffusion hier sur M6, tant sur internet que dans les bureaux. Petit compte rendu de « Rêves, fortunes et trafics au soleil – Les secrets de l’île Maurice ».
En 70 minutes, Enquête Exclusive entend présenter l’envers du décor mauricien, soit ce qui se cache derrière les sempiternels clichés de carte postale, les plages, le soleil, le sens de l’accueil de la population… Un exercice difficile, eu égard à la complexité de notre société, et s’il assène certaines vérités pas agréables à entendre, il n’est pas exempt d’erreurs, de clichés, de simplifications ou d’omissions. Le pouvoir économique aux Blancs, le pouvoir politique aux Hindous, la misère, la drogue et les ghettos aux Créoles… Si le propos n’est pas totalement dénué de vérité, il souffre de grossière simplification, et le reportage fait par ailleurs totalement l’impasse sur l’existence de communautés musulmane et chinoise.
Le téléspectateur français, à qui rappelons-le l’émission est destinée, apprend ainsi que Maurice est le cinquième pays au monde en ce qui concerne la consommation de drogues par rapport au nombre d’habitants. Au terme de « mois de négociations », les enquêteurs sont parvenus à accompagner un dealer dans sa virée nocturne pour livrer de l’héroïne et du Subutex. Se surnommant lui-même « Pablo Escobar », celui-ci, au volant de sa 4×4, parvient quotidiennement, la nuit tombée, à se déjouer des patrouilles policières pour livrer ses “produits” à sa clientèle, le tout en 30 minutes chrono, et non sans se fendre de commentaires peu obligeants sur ces « robots » qui ne peuvent fonctionner sans leurs « piles ». Également accompagnée par les journalistes, une escouade de l’ADSU, elle, fait une descente dans des taudis où elle arrête, « pour la caméra », selon le journaliste, un consommateur tenant à peine debout. Pour le dealer, on repassera…
La première industrie de notre île, c’est le textile, affirme la voix off. Et de nous faire visiter l’usine moderne de la CMT, où les ouvriers, qui font 60 heures de travail hebdomadaires, heures supplémentaires comprises, disposent d’une salle de gym, une salle de repos/lecture et même d’un “salon de coiffure”. Mais tous les ouvriers ne sont pas logés à la même enseigne : à Goodlands, une grande usine, dont le directeur a refusé de recevoir les journalistes, emploie une importante main-d’oeuvre étrangère, sous payée et logée dans des conditions indécentes : promiscuité, hygiène déplorable, cuisine insalubre, “salle de bains” en plein air… 10 % de ces ouvriers étrangers, apprend-on, vont faire des heures supplémentaires dans des ateliers clandestins, situés à proximité de ce « haut lieu de la contrefaçon » qu’est la foire de Quatre-Bornes, où pour Rs 40 de l’heure, ils vous font des shorts Armani ou n’importe quelle copie de vêtements griffés, selon la demande.
Le reportage s’intéresse aux « détenteurs du pouvoir économique », à savoir les descendants de colons. Ici, la famille Guimbeau, propriétaire de centaines d’hectares de terres et engagée notamment dans l’agroalimentaire, se prête au jeu et fait visiter sa distillerie flambant neuve, où elle espère produire le rhum qui permettra de renflouer une trésorerie en difficultés depuis deux années. Si le journaliste ne manque pas de souligner l’étrangeté de la composition 100 % caucasienne du conseil d’administration, il fait totalement l’impasse sur le fait que l’un des trois frères, Eric Guimbeau, est un membre de l’assemblée nationale.
Si les Créoles sont les laissés pour compte de la société mauricienne, la businesswoman Lise Coindreau, qui a fait fortune « dans l’immobilier », fait figure d’exception, nous dit M6. Celle-ci parle de sa réussite, fait visiter l’une de ses villas et ses boîtes de nuit branchées, ouvertes « parce qu’elle s’ennuyait »… Une réussite insolente qui lui vaut, dit-elle, nombre de ragots qu’elle évoque à mots couverts – le spectateur français n’en saura pas plus.
Le reportage s’intéresse également aux expatriés français qui tentent de se faire une place au soleil, à travers un couple de restaurateurs et leur adolescent de fils, fans de sports nautiques le jour, préparateurs de cocktails le soir. Leur tout nouveau restaurant, dans le Nord, peine au bout de quatre mois à atteindre ses objectifs. Mais pas question pour eux, qui ont vendu leur business et leur maison en France, de renoncer, nous disent-ils. 50 % des Français qui viennent lancer un business à Maurice ferment boutique, nous apprend M6.