Drogue acceptable socialement, la cigarette ne cesse de faire des victimes. En dépit de son coût exorbitant, nombreux sont ceux qui ne peuvent s’en passer et qui sont prêts à se priver de nourriture ou de vêtements ou de choses plus saines pour se procurer leurs paquets de cigarettes.
Selon les chiffres du ministère de la Santé, le nombre de fumeurs à Maurice est en baisse : deux hommes sur cinq ne peuvent se passer de cigarettes. Le nombre de femmes qui fument diminue également. Certains attribuent cette baisse aux campagnes de sensibilisation pour décourager le tabagisme. Mais la hausse des prix et l’interdiction de la vente des cigarettes au détail y sont probablement aussi pour quelque chose. Cela n’a pas pour autant freiné l’ardeur de certains fumeurs. Ils sont conscients des conséquences du tabac sur la santé, mais sont incapables de s’en passer, même si ce n’est pas l’envie qui leur manque.
Christian et Gaëtan étaient deux gros fumeurs. Le premier a eu une artère bouchée et l’artère fémorale du second a été obstruée. Il leur a fallu ce choc brutal pour arrêter de fumer. “Je fumais jusqu’à 20 cigarettes par jour. À l’époque, je dépensais entre Rs 2,500 et Rs 3,000 par mois pour ma consommation. Il a fallu que mon médecin m’annonce que mon artère fémorale était bouchée pour que je m’arrête de fumer”, raconte Gaëtan. “C’est pour ma santé que j’ai cessé.”
Christian s’est finalement rendu compte des désagréments que la fumée de ses cigarettes causait à son entourage. Ses proches étaient devenus des fumeurs passifs; leur vie était en danger. Christian puisait du budget alimentaire pour s’acheter ses cigarettes, ce qui donnait souvent lieu à des discussions animées avec ses proches. Il a suivi un programme pour cesser de fumer et il est fier d’avoir réussi.
Discussions.
C’est principalement à l’adolescence que nos interlocuteurs ont commencé à fumer pour frimer, gagn rol, paret pli gran ou faire comme les autres. Il leur a été difficile de sortir de cet engrenage. Cela a commencé par un mégot pour Laurent et par le geste d’“alim sigaret pou mo mama” dans le cas de Marie-Ange. L’envie de fumer était si fort pour Laurent et son copain Iqbal qu’il leur arrivait d’utiliser des feuilles de thé qu’ils enroulaient dans du papier. Parfois, ils brûlaient les tiges du balie fatak pour humer la fumée.
Laurent et Iqbal, aujourd’hui adultes, ne peuvent toujours pas se passer de leur consommation quotidienne de cigarettes. Même si le nombre a diminué : dix cigarettes par jour au lieu de quarante environ. Laurent reconnaît que physiquement, il est diminué à 50%, qu’il est souvent essoufflé et qu’il ne peut plus faire du sport comme avant. Iqbal avoue qu’il n’a pas eu de grandes complications de santé, avant d’admettre que son problème de gastrite est peut-être lié à la cigarette. “Quand j’avais faim, au lieu de manger, j’allumais une cigarette”. Laurent choisissait même de rentrer à pied chez lui afin de pouvoir s’acheter des cigarettes avec l’argent prévu pour le transport.
Mais cela n’a pas été sans conséquences sur sa famille, ses amis, ses collègues de travail. Il faisait tout le temps l’objet de reproches. Comme il était tout le temps essoufflé, il a dû cesser de faire du sport avec ses amis. Au travail, il dérangeait ses collègues et des discussions interminables étaient liées au fait que la fumée de cigarette les incommodait.
Regrets.
Marie-Ange et Brinda n’ignorent pas le poids que représente la consommation de cigarettes sur leur budget. Elles ne se sont pas souciées des “petits” problèmes de santé qu’elles ont eus : toux, palpitations… C’est lorsqu’elles se sont rendu compte que leur tabagisme se faisait au détriment de leur bien-être personnel (nourriture, habillement, etc.) qu’elles ont commencé à faire des efforts pour arrêter de fumer.
Brinda y est parvenue après plusieurs tentatives, mais Marie-Ange peine encore. “Je suis en colère contre moi-même de ne pouvoir cesser de fumer, mais je n’y arrive pas”, regrette-t-elle. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. “Parfois, la cigarette me fait tousser, mais je ne m’arrête pas de fumer pour autant. Je ne suis pas vraiment concernée par les problèmes de santé. C’est pour pouvoir m’acheter à manger et pour m’habiller que je veux cesser de fumer”.
Tous nos interlocuteurs réalisent qu’ils auraient pu avoir une vie meilleure sans la cigarette et qu’ils auraient surtout pu faire des économies non négligeables.