Transparency Mauritius a été choisie pour être le fer de lance de l’élaboration d’une whistle blowing policy de l’Union africaine. À cet effet, le directeur du chapitre mauricien de Transparency International, Rajen Bablee, a participé à une Experts Roundtable on Developing a Conduct and Discipline Framework for African Union (AU) Peace Support Operations (PSOs) durant laquelle cette question a été abordée.
« Transparency Mauritius (TM) est le tout premier chapitre national de Transparency International qui a élaboré et mis en oeuvre des structures de whistle blowing dans certaines entreprises locales pour une lutte plus efficace contre la corruption », a confié au Mauricien Rajen Bablee. Des structures de whistle blowing ont ainsi jusqu’ici été instituées ou sont en phase d’institution chez le groupe Terra, Lux Resorts, Les Gaz Industriels et un groupe hôtelier, dit-il.
Le whistle blowing, souligne notre interlocuteur, est un concept qui concerne les whistle blowers. Le whistle blower est une personne ou un groupe qui estime avoir découvert des éléments qu’il considère comme menaçants pour l’homme, la société, l’économie ou l’environnement et qui de manière désintéressée décide de les porter à la connaissance d’instances officielles, d’associations ou de médias, parfois contre l’avis de sa hiérarchie. C’est généralement un employé ou un ex-employé d’une entreprise ou d’une agence gouvernementale qui signale des infractions aux lois, des mauvaises pratiques ou conduites ou des violations du code d’éthique de l’entreprise à une autorité susceptible de mettre fin à cela.
« On doit différencier un whistle blower d’un dénonciateur ou d’un délateur. Le premier est certes sincère dans sa démarche, mais il ne semble pas avoir d’objectif spécifique. Le délateur a lui un intérêt personnel en la matière et ce terme est péjoratif. Le whistle blower en revanche vise non seulement à donner un coup d’arrêt à une action illégale, irrégulière ou immorale, mais également à signaler un danger ou un risque, en interpellant les pouvoirs en place ou la direction de son entreprise et en suscitant la prise de conscience », précise Rajen Bablee.
Cependant, poursuit le directeur de TM, le whistle blower prend des risques réels au nom de la cause qu’il entend défendre et diffuser. Il met ainsi souvent en risque sa santé financière ou physique, la tranquillité de son couple ou de sa famille, sa sécurité personnelle et son image (en cas de médiatisation, son nom et son visage sortent alors de l’anonymat). En outre les whistle blowers sont régulièrement l’objet de poursuites – bâillons qui ont pour but réel de les censurer ou de les ruiner.
« C’est dans ce contexte qu’il importe de bien comprendre cette impérieuse nécessité — si l’on veut sincèrement lutter contre la fraude, la corruption, les irrégularités, les mauvaises pratiques ou les atteintes à l’éthique — de mettre sur pied des structures de whistle blowing et élaborer une whistle blowing policy », dit Rajen Bablee. Il indique que des discussions ont tourné autour de l’élaboration d’une politique de whistle blowing pour les pays d’Afrique.
Selon notre interlocuteur, la structure et cette politique de whistle blowing a pour objectif, entre autres, de mettre en confiance et encourager les personnes à signaler des infractions aux lois, des mauvaises pratiques ou conduites ou des violations de l’éthique.
« Pour une meilleure lutte anticorruption au niveau national, il est très important de passer une loi afin d’offrir une protection juridique aux whistle blowers. Et cela nous semble faisable aujourd’hui avec la récente création d’un ministère des Services financiers, de la Bonne gouvernance et des Réformes institutionnelles », indique le directeur de TM.
Comme un premier pas, se félicite Rajen Bablee, TM est en consultation avec le Mauritius Institute of Directors (MIOD) pour instituer un Whistle Blowing Council à Maurice. « Ce sera un pas énorme vers une culture d’intégrité à Maurice », dit-il.