Le rôle des bibliothèques au XXIe siècle : sont-elles anachroniques dans le système éducatif actuel ? Sada Reddi, historien, Sarita Boodhoo, écrivaine et ancienne pédagogue, de même que Jean-Louis Boully, bibliothécaire en chef de l’Institut français de Maurice (IFM) ont tenté de répondre à la question hier, lors d’une table ronde à la Bibliothèque nationale. Les intervenants ont en substance trouvé que « les bibliothèques auront toujours un rôle à jouer à condition de mettre à jour leurs services ».
Jean-Louis Boully s’est montré catégorique : « Les modes de transmission d’informations ont changé. Nous avons bien affaire à un anachronisme ! » Les bibliothèques devront ainsi, estiment les participants, trouver de nouvelles méthodes d’attraction pour un public ayant désormais affaire aux nouveaux gadgets technologiques.
« Nous nous retrouvons face à une urgence  », martèle Jean-Louis Boully, qui a consacré une quarantaine d’années au métier de bibliothécaire. À ceux qui pensent qu’il faut que les bibliothèques attendent encore dix ans avant de se lancer dans le numérique, le bibliothécaire en chef de l’IFM répond par une complète désapprobation. « Le secteur de l’éducation a déjà commencé la mutation », à travers la distribution de tablettes tactiles, dit-il. De même, les bibliothèques devraient-elles opérer un pareil changement, « sinon, les étudiants ne nous adresseront plus aucun regard ». Loin de n’être qu’un lieu où l’on vient consulter un ouvrage, une bibliothèque, poursuit-il, devrait être un lieu « où on vient demander un service ; un lieu d’échanges avec des conférences, débats ; un lieu de vie et de culture. Il faut que nos bibliothèques s’adaptent aux nouveaux supports tels les livres audio, les CD, proposer des sélections de sites internet et être présent sur les réseaux sociaux. Si nous n’empruntons pas ces réseaux, les jeunes nous considéreront comme des “has been” ». Le bibliothécaire en chef ne se pose pas en donneur de leçons. Se sentant aussi concerné par cette transformation au niveau de l’attente de ce nouveau public, Jean-Louis Boully utilise le “nous” en s’exprimant. « Qu’avons-nous, bibliothécaires, fait face à ce changement ? Pas grand-chose », constate-t-il. « Le mode de transmission d’informations est aujourd’hui quasi instantané. La connaissance est partout : dans les livres, dans la presse, dans les documentaires et autres images ».
Les jeunes plus exigeants
Sada Reddi, également conseiller au ministère de l’Éducation tertiaire, brosse un constat quasi similaire. « Nous sommes dans une société où l’iPad et les technologies font que les informations circulent très rapidement. Ces changements ont déjà un impact sur les bibliothèques. Les jeunes sont devenus plus exigeants. Ils veulent des informations 24h/7 ». Dans un tel contexte, dit-il, « j’aurais personnellement souhaité que les bibliothèques soient ouvertes les dimanches parce que la lecture est aussi un plaisir. Le gouvernement et les municipalités devraient répondre à ce besoin ». Pour l’historien, le plaisir des livres ne s’acquiert pas tant à l’école qu’à la maison. Malheureusement, concède-t-il, « nombre de Mauriciens n’ont pas la chance d’être entourés de livres. C’est là où les bibliothèques ont un rôle à jouer en les encourageant ».
En dépit des avancées technologiques, les bibliothèques revêtent toute leur importance, opine l’historien. « Les livres sont la somme des réflexions des auteurs ayant écrit sur leur présent, ensuite devenu passé. Ils constituent un héritage mondial et l’histoire du monde ».
Écrivaine, mais aussi ancienne pédagogue, Sarita Boodhoo raconte avoir eu la chance de baigner dans l’univers des livres dès la petite enfance alors que sa famille était propriétaire de la librairie Nalanda. « Dans ma maison, les livres, les papiers sont partout ! La moitié de mon lit en est recouverte. Ils me parlent… ». Pour la présidente de la Bhojpuri Speaking Union, « an online book can fail you – the computer may crash, but books won’t fail you ». Et de constater que des millions d’étudiants ont aujourd’hui accès à un vaste puits de connaissances sur Internet. « Cela pose parfois des problèmes quand ils pratiquent le “copy/paste” sans citer leurs sources ». De l’avis de Sarita Boodhoo, les bibliothèques auront toujours leur utilité, mais elles « devront contenir des livres plus colorés ».
En définitive, les participants ont identifié des défis à être relevés par les bibliothèques, dont une mise à jour de leurs services pour qu’elles soient adaptées à un nouveau public. Pour eux, les outils, voire l’architecture de ces lieux de connaissance devraient également être revus.