Rama Sithanen, ancien ministre des Finances, aujourd’hui président et directeur de l’International Financial Services Limited, une compagnie de gestion opérant dans le secteur du Global Business (anciennement l’offshore), estime que les prochaines négociations entre les autorités indiennes et mauriciennes autour de l’accord de non-double imposition (Double Taxation Avoidance Agreement) constitueront « un exercice d’équilibriste très difficile » pour la partie mauricienne car il y a un problème de perception et d’image du secteur à régler. Rama Sithanen, qui participait à une table ronde organisée hier par la Society of Financial Analysts of Mauritius (SFAM) au siège de la Financial Services Commission (FSC) à Ébène, est d’avis que la question du Capital Gains Tax constituerait le point d’orgue des négociations prévues du 21 au 23 décembre prochain entre les deux pays.
Tout en faisant ressortir d’emblée qu’il n’est pas dans le secret quant à l’agenda de cette rencontre de haut niveau indo-mauricienne autour du Double Taxation Avoidance Agreement (DTAA), Rama Sithanen a indiqué que les discussions, sur les changements qui pourraient être apportés à l’accord en question, seraient probablement axées sur l’échange d’informations entre les autorités fiscales, le problème de « round tripping » (des compagnies indiennes investissant dans le Global Business pour ensuite réinvestir dans le pays d’origine ceci afin de bénéficier de certains avantages fiscaux), l’assistance des autorités fiscales mauriciennes pour la collecte des impôts, la limitation des bénéfices fiscaux accordés à des sociétés et leurs « beneficiary owners ». Le président de l’International Financial Services (IFS) estime que ces négociations devraient offrir un élément de réponse aux « critiques injustifiées » portées contre le secteur du Global Business, critiques concernant des cas de blanchiment, d’évasion fiscale ou de corruption. À ce propos, l’ex-ministre des Finances a fait ressortir que Maurice est allée très loin dans ses démarches en affirmant sa volonté pour un échange d’information effectif avec les autorités indiennes.
« It is good for the reputation of our country and the soundness of the industry that we walk the extra mile to show that we are serious », a déclaré Rama Sithanen, qui considère que les accusations de blanchiment, d’évasion fiscale, de « round tripping » et d’assistance aux autorités fiscales indiennes relèvent plus d’une question de gouvernance. « Je pense que nous n’aurons pas de problème à faire montre de notre bonne volonté à ce niveau lors des négociations », a indiqué le président de l’IFS.
Mais pour l’ancien ministre des Finances, là où les négociations indo-mauriciennes pourraient s’avérer difficiles, c’est sur les questions des bénéfices fiscaux dont jouissent les sociétés qui passent par le secteur du Global Business pour investir en Inde. Rama Sithanen pense que la question de la Capital Gains Tax pourrait se révéler un point central sous ce chapitre spécifique. Les autorités indiennes ont, à maintes occasions, argué que leur pays a perdu, et perd toujours, beaucoup de revenus du fait que les sociétés investissant en Inde sont exemptées de la taxe sur la plus-value vu que cette taxe n’est pas applicable à Maurice.
Rama Sithanen estime qu’en fin de compte les négociations Inde / Maurice doivent contribuer à changer la « mauvaise » perception publique dans la Grande Péninsule, à démontrer que les deux parties ont fait des efforts pour trouver une solution à la question de revenus fiscaux et aussi à confirmer que le pays a su mettre en place un « business model » qui porte ses fruits. Cependant, le président de l’IFS a soutenu que tout en défendant l’intégrité de ce « business model », il y a un besoin de revoir son fonctionnement. Rama Sithanen a, dans ce contexte, plaidé pour l’élaboration d’une stratégie de diversification structurée et robuste du secteur du Global Business, cela afin de l’aider à devenir plus compétitif. Il a souhaité que les différentes parties concernées par le développement de ce secteur puissent se concerter au sein d’un comité consultatif pour penser à la compétitivité des coûts, à la qualité des services, au développement de la panoplie de produits offerts, au marketing et au développement des capacités, entre autres. Bref, il s’agira de dégager une « common vision » pour l’industrie.
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HUB REGIONAL Maurice Lam (Président du BoI) : « Des liens à approfondir avec l’Inde et l’Afrique »
Les dirigeants du gouvernement et du secteur privé doivent faire la démonstration d’un rapprochement plus poussé avec leurs homologues indiens et africains pour pouvoir concrétiser l’idée de transformer Maurice en une plateforme régionale incontournable, capable de jouer le rôle de pont entre la Grande Péninsule et l’Afrique.
Faire de Maurice une plateforme régionale incontournable. C’est l’opinion émise hier soir, par Maurice Lam, président du Board of Investment (BoI) et fondateur du cabinet Stewardship Consulting à Singapour, lors de la table ronde organisée par la SFAM. Parlant de l’expérience singapourienne en tant que porte d’entrée sur le sud-est asiatique, Maurice Lam a déclaré que c’est grâce à sa politique d’ouverture et aux relations tissées par ses dirigeants, que Singapour a réussi à amener l’Inde à adopter une stratégie orientée vers les marchés du sud-est asiatique. Singapour a encouragé des entreprises indiennes, avec leurs jeunes professionnels, à s’implanter dans le pays avec pour résultat : on en compte aujourd’hui plus de 3 000 compagnies indiennes qui opèrent à Singapour. La politique d’ouverture de Singapour s’est également traduite par la multiplication des liaisons aériennes avec la Grande Péninsule. On dénombre 384 vols hebdomadaires entre Singapour et les différentes villes indiennes.
Maurice est d’avis qu’il faut approfondir davantage les liens avec l’Inde, notamment avec les dirigeants de ce pays et le secteur des affaires. « Combien d’entreprises du secteur priv? mauricien sont bas?es en Inde ? », s’est demandé le président du BoI. Maurice Lam a fait ressortir qu’en Inde il y a plusieurs grosses entreprises familiales et c’est aussi le cas à Maurice. « Alors, pourquoi ne pas envisager des projets de partenariat », a-t-il ajouté. Maurice Lam a souhaité que Maurice puisse s’ouvrir davantage aux compétences des jeunes professionnels indiens et africains pour pouvoir bâtir des relations solides entre l’Inde et l’Afrique.
Exprimant un point de vue purement personnel, Maurice Lam a argué que les dirigeants mauriciens doivent changer leur approche et attitude en s’efforçant à « engage more actively » avec ceux de l’Inde et d’Afrique. Le président du BoI reconnaît qu’au niveau de l’Afrique, Maurice aura à faire un choix des pays avec lesquels elle souhaite consolider ses relations, en particulier les pays figurant parmi ses plus importants partenaires commerciaux ainsi que ceux où les perspectives d’affaires semblent être les plus brillantes.
Autre intervenant à la table ronde de la SFAM : Sanjiv Bhasin, Chief Executive Officer de la DBS Bank en Inde et ancien CEO de la HSBC à Maurice. Il a axé sa présentation sur les perspectives d’investissement pour l’Inde en Afrique et le rôle que peut jouer Maurice pour structurer ces investissements. « Maurice occupe une position strat?gique dans la r?gion », a affirmé Sanjiv Bhasin. Selon le CEO de la DBS Bank, Maurice peut contribuer à la connectivité entre l’Inde et l’Afrique à condition de savoir évaluer les capacités et les besoins des Indiens et des Africains.
Sanjiv Bhasin a élaboré sur les perspectives économiques encourageantes en Afrique, « the second fastest growing region in the world », avec un Produit Intérieur Brut total de 1 600 milliards de dollars, qui pourrait atteindre 2 600 milliards en 2020, un taux de croissance moyen de 5,1 %, des dépenses de consommation en hausse constante, se situant à 860 milliards de dollars. Sanjiv Bhasin a également fait mention de la consolidation des échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique ainsi que des investissements de la Grande Péninsule en Afrique. L’intérêt des entreprises indiennes pour divers secteurs économiques africains (services financiers, agriculture, hôtellerie, télécommunications, énergie et infrastructures, entre autres) est notable.
« Mauritius can be the cultural ambassador and financial hub for Africa globally », a soutenu Sanjiv Bhasin.