Écrivain, poète, chroniqueur ainsi que membre et lauréat de l’Académie Goncourt, Tahar Ben Jelloun est à Maurice depuis jeudi dernier pour une série de conférences. Hier, pendant la journée, il est intervenu à l’Open University sur le thème “Le racisme et ses nouveaux avatars”. Et à la Résidence de France en début de soirée, c’est sur le thème “Que peut la littérature ?” qu’il a élaboré. Dans un entretien accordé au Mauricien à l’Open University, Tahar Ben Jelloun souligne la différence entre la littérature et la chronique, qui traitent souvent de sujets d’actualités. Pour lui, « la littérature travaille en profondeur l’imaginaire des gens alors que la chronique est quelque chose d’immédiat, qui sert à s’exprimer sur le vif ».
Vous venez de donner une conférence sur le racisme en évoquant longuement son institutionnalisation, que ce soit aujourd’hui ou au temps de la colonisation. De nos jours, certains utilisent l’internet pour propager des idées racistes. Il y a également des jeux en ligne à caractères racistes. Est-ce des attaques gratuites ou est-ce, dans bien des cas, un discours mûrement réfléchis par ceux qui développent ces jeux où postent des messages sur les réseaux sociaux ou les blogs ?
Les réseaux sociaux et l’internet ont libéré d’une manière un peu désordonnée toutes les pulsions de haine et, surtout, des sources assez dangereuses. En même temps, il permet à tous de s’exprimer, ce qui est en soi une bonne chose. Mais dans le tas, il y a des gens qui profitent de ce moyen de communication extraordinaire pour déverser leur rage. Je suis tout cela avec beaucoup de précaution. Je ne lis presque jamais les commentaires car ceux qui prennent la peine de répondre aux arguments racistes sont souvent plus négatifs que ceux qui ont de la haine en eux. C’est vrai qu’il y a aujourd’hui des lois pour empêcher la propagation du racisme à travers internet. Mais parfois, on n’arrive pas à les maîtriser et à les repérer.