Alors que les analystes et observateurs économiques se disputent autour du paramètre de la croissance économique à moins ou plus de 3% en 2012 avec en toile de fond la crise économique dans la zone Euro, les exportateurs sont déjà sur le qui-vive avec l’évolution du taux de change de l’euro par rapport à la roupie. D’un point de vue simpliste, d’une année à l’autre, ils ont perdu un peu plus de Rs 4 au change car à la clôture des opérations bancaires, vendredi, l’Euro s’affichait au tableau de la Banque de Maurice à Rs 36.25 contre Rs 40.48 à pareille époque l’année dernière. De graves appréhensions sont exprimées quant aux répercussions de la poursuite de ce faiblissement de l’euro d’ici la fin de cette année.
Se basant sur l’évolution du taux de change de l’euro par rapport à la roupie, les cambistes avertis soulignent avec force que cela fera bientôt une année que l’euro s’est écarté de la Comfort Zone des Rs 40 l’euro. Ainsi, un rapide survol du tableau du taux de change affiché sur le Website de la Banque de Maurice permet de se rendre compte de la pente glissante épousée à ce chapitre car à la fin de mai 2011, l’euro se retrouvait à Rs 40.48 pour ensuite descendre à Rs 39.86 vers fin novembre 2011.
De janvier à mars 2012, l’euro a évolué dans une fourchette variant entre Rs 39.38 fin mars et Rs 39.93 fin janvier, avant de piquer du nez pour le taux de Rs 36.25 de vendredi dernier. Cette évolution du taux de change de l’euro par rapport à la roupie suit la tendance entre le dollar américain et l’euro sur le marché international depuis 2011.
« La moyenne du taux de change du dollar par rapport à l’euro était de 1.40 l’année dernière. Pour les quatre premiers mois de cette année, en tenant en ligne de compte le creux de janvier dernier et les pointes de février et mars, elle devrait se retrouver à hauteur de 1.325. Ce taux sur le marché international constitue déjà un signal d’alarme compte tenu que la barrière psychologique demeure 1.35, car tout taux inférieur à cela génère de grosses difficultés », soutiennent des spécialistes de la question ainsi que des opérateurs économiques.
Et dire qu’avec les problèmes secouant les économies européennes et un éventuel exit de la Grèce de la zone Euro après les prochaines consultations populaires, les prévisions établies sur le plan international sont des plus pessimistes, pour ne pas dire relevant d’un scénario catastrophe, expression qui ne semble pas plaire à l’Hôtel du gouvernement. Elles indiquent que le taux de change du dollar américain par rapport à l’euro pourrait descendre jusqu’à 1.20 en décembre prochain, laissant une moyenne de 1.25 pour toute l’année.
Avec une parité dollar/euro à 1.25 pour 2012, le coût pour l’économie mauricienne avoisinerait les Rs 6,5 milliards. « Ces conclusions sont basées sur des importations de marchandises de l’ordre de Rs 153 milliards et des services de Rs 79 milliards. De ces importations, environ Rs 120 milliards sont libellées en dollars américains contre Rs 20 milliards en euros », avancent ceux qui se penchent sur la problématique de la baisse du taux de change de l’euro.
« De l’autre côté du tableau, la prédominance de l’euro saute aux yeux. Les exportations de marchandises devraient générer des recettes de Rs 80 milliards avec les activités de BPO/ICT et le tourisme représentant Rs 60 milliards. De ces Rs 140 milliards, environ Rs 100 milliards sont facturées en euros et Rs 20 milliards en dollars américains », poursuivent-ils.
« The consequence of this deterioration of the exchange rate of the euro vis-à-vis de the US dollar is simple. Consumers are affected by higher import costs, exporters of goods and services witness reduced revenue, in fact a reduction in operating margins and thereby profits. Reduced profits coupled with economic uncertainty may impact negatively on employment », avancent-ils en mettant en garde contre les conséquences de cette baisse de l’euro sur les activités des petites et moyennes entreprises (PME).
Cette situation de faiblesse de l’euro vient ajouter de l’eau au moulin de ceux qui, comme à la Banque de Maurice, maintiennent que la priorité des priorités dans la conjoncture est de barrer la route à une reprise de l’inflation. Il ne fait aucun doute que le comportement de l’euro sur le marché de change sera un des principaux facteurs lors de la prochaine réunion du Monetary Policy Committee pour permettre au gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick, de redresser la barre et de reprendre le contrôle de cette instance après sa mise en minorité sur la baisse du Repo Rate lors de la précédente réunion.
Du côté du Joint Economic Committee, le tableau de change de l’euro provoque des soucis majeurs. « Si l’euro en tant que monnaie européenne connaît des difficultés, tous les secteurs vont souffrir et l’économie ira mal. Nous avons un devoir d’assurer un monitoring systématique de la situation en vue d’anticiper des mesures pour parer à toute éventualité », déclare un porte-parole autorisé du secteur privé.
L’industrie touristique subit déjà les effets avec une décroissance de 0,2% dans le nombre d’arrivées pour la période de janvier à avril de cette année. Les dernières statistiques officielles indiquent que la baisse dans le nombre d’arrivées d’Europe est plus prononcée que la moyenne nationale, soit 3,3%, avec une chute de 17% sur le marché touristique britannique, de 23% de ceux venant d’Italie, alors que le marché français semble résister car la baisse est de 2,8% et que le marché allemand connaît la plus faible réduction avec 1,6%.
De son côté, le secteur manufacturier a enregistré une légère progression depuis le début de l’année même si des craintes sont entretenues avec la baisse de l’euro et les répercussions surt le carnet de commandes de l’industrie. La baisse dans le secteur de l’ICT/BPO devrait être amortie avec des efforts de diversification envisagés pour atténuer les effets de la crise.
« Nous devons reconnaître qu’avec la possibilité d’un éventuel retrait de la Grèce de la zone euro, les graves difficultés du secteur bancaire en Espagne et les divergences au sommet de l’Union Européenne quant aux solutions à la crise, nous traversons une situation extrêmement compliquée et difficile. Vendredi, le taux de change du dollar américain à l’euro a clôturé à 1.24, ce qui n’est nullement un bon signe, alors que les pires prévisions mentionnent un taux de 1.20 d’ici la fin de l’année », fait-on comprendre du côté du JEC.
« Malgré tous les efforts déployés, l’économie mauricienne demeure très euro-centrique. En plus, les réformes économiques urgentes accusent des retards considérables. Prenons le cas de l’Air Access Policy, qui dépasse le simple cadre des opérations d’Air Mauritius, c’est le silence total depuis des mois déjà. La définition d’une nouvelle politique d’accès aérien s’avère être un instrument majeur en vue de transformer Maurice en un global Hub pour l’Afrique. Jusqu’ici, nous ne sommes en présence d’aucun statement sans équivoque du gouvernement à ce sujet », dit-on dans le camp du secteur privé.
La situation dans le port suscite également des appréhensions au sein du JEC. « La logistique portuaire est capitale dans cette quête visant à bénéficier d’un avantage comparatif par rapport à nos concurrents. La réforme sucrière a été une réussite parce que la logistique dans le port a été d’un atout majeur. Mais aujourd’hui, des Shipping Lines envisagent de s’éloigner de Port-Louis en raison de lacunes au niveau logistique. Il est temps que les autorités se resaisissent avant qu’il ne soit trop tard », met-on en garde.
Le JEC est d’avis que le gouvernement se doit d’être agressif sur le plan de la Business Facilitation pour éviter toute nouvelle dégringolade lors du prochain classement. « Maurice a déjà perdu trois points au tableau international de Business Facilitation. Tout doît être mis en oeuvre pour faciliter les investissements à venir en terme d’octroi de permis. Aujourd’hui, les investissements privés ne représentent que 9,8% du Produit intérieur brut, presque la moitié des 17% d’il y a quelques années. Le secteur de la construction stagne, pour ne pas dire qu’il est au bord de la crise », regrette-t-on dans la conjoincture économique.
Les responsables du secteur privé lancent un appel en guise de SOS en vue d’insuffler un nouvel élan au programme de réforme et de restructuration économiques. « Sans la poursuite de la réforme en vue de renforcer la résilience de l’économie, l’impact de la faiblesse de l’euro risque d’être assez mauvais pour Maurice. Aujourd’hui, la parité du dollar à l’euro est de 1.25/1.26. Des banques internationales n’écartent pas que ce taux puisse descendre à 1.20/1.22 à la fin de l’année. Le pays a besoin d’une politique économique et monétaire cohérente, d’un monitoring serré de la situation sur le plan international et d’un programme de réforme dans un plan de travail très précis. C’est le seul prix à payer pour pouvoir traverser la crise de l’euro sans trop laisser de plumes. Il suffit d’y croire et de retrousser les manches », conclut-on à ce chapitre.