Le comité de politique monétaire de la Banque de Maurice (BoM) a, à l’unanimité, approuvé une baisse de 40 points de base du taux directeur (Key Repo Rate), le ramenant à 4 %. Cette décision, indique le MPC, vise à stimuler l’investissement et soutenir la croissance économique du pays. Lors d’une conférence de presse post-MPC hier après-midi, le gouverneur de la banque centrale, Ramesh Basant Roi, a souhaité que les banques commerciales emboîtent le pas au MPC et que le budget 2016-2017, qui sera présenté le 29 juillet prochain, contienne des mesures pour donner un coup de pouce à l’investissement.
La décision de réduire le taux directeur de 4,4 % à 4 % a été prise après que les membres du MPC eurent évalué les risques à la croissance et à l’inflation. « Tenant en compte l’incertitude créée par le Brexit et les possibilités que les prochaines élections présidentielles aux États-Unis, prévues en novembre 2016, ne débouchent sur une volatilité accrue du marché, le MPC a cru bon qu’il fallait soutenir l’investissement et augmenter le potentiel de croissance de l’économie nationale. Une baisse du taux directeur est appropriée dans la conjoncture pour booster la croissance », explique le MPC dans son communiqué officiel.
Lors de son point de presse, Ramesh Basant Roi, entouré de ses deux adjoints, Yandraduth Googoolye et Vikram Punchoo, a déclaré que les données recueillies auprès des banques commerciales concernant l’évolution des crédits au secteur privé démontrent que l’investissement n’a pas progressé comme attendu. La hausse des crédits bancaires au secteur privé n’a été que de 2,7 % entre juin 2015 et juin 2016. Selon le gouverneur, cette situation peut être expliquée par le fait que les grosses entreprises étaient plus préoccupées à appliquer des stratégies de désendettement auprès des banques. Elle pourrait aussi découler du fait que les banques étaient réticentes à prêter en raison des risques plus élevés associés aux crédits ou alors que la demande était faible par l’absence de projets. « On doit donc s’attendre que cette situation ait des retombées sur la croissance à moins que de nouvelles mesures pour stimuler l’investissement ne soient annoncées dans le budget 2016-2017 », a déclaré Ramesh Basant Roi.
La BoM a déjà revu à la baisse son estimation de la croissance de l’économie nationale pour 2016, la fixant à 3,6 % au lieu de 3,9 %. « Latest global developments, especially in the aftermath of Brexit, point to heightened downside risks to domestic growth. For 2017, growth is expected to improve to 3.8 % », indique le MPC. Pour ce qui est de l’inflation, les autorités bancaires soulignent que depuis la dernière réunion du MPC, le taux à Maurice est resté plutôt bas compte tenu des prix modérés des matières premières au niveau international, du fléchissement de l’activité économique globale et de la faible demande intérieure. Le taux d’inflation headline (moyenne du CPI sur douze mois comparée à celle des douze mois précédents) est passé de 1,3 % en janvier 2016 à 0,9 % en juin 2016. Selon les prévisions officielles, il pourrait grimper à 1,5 % fin 2016 et à 3 % en 2017.
Le MPC a également pris note de l’évolution de plusieurs autres indicateurs, dont le niveau de nos réserves en devises estimé à environ Rs 169/170 milliards à fin juin 2016 alors que le déficit des comptes courants de la balance des paiements s’élève actuellement à 5 % du Produit intérieur brut (PIB) du pays. La roupie, a souligné Ramesh Basant Roi, s’est dépréciée « very marginally » depuis le début de l’année, une tendance qui, a-t-on précisé, est « fairly well aligned » avec les fondamentaux économiques. La banque centrale a eu également à intervenir sur le marché monétaire pour réduire l’excès de liquidités. Des interventions qui lui coûtent environ Rs 1,3 milliard par année. « Nous sommes sur le point de stériliser la totalité des liquidités en excès, ce qui ouvrira la voie à l’application d’une nouvelle structure de politique monétaire », a déclaré Ramesh Basant Roi.
Le gouverneur de la BoM s’est appesanti au début de sa conférence de presse sur l’incertitude entourant l’évolution de l’économie globale. « Il est très difficile de faire des prévisions eu égard aux différents événements dont on est témoin : Brexit, activités terroristes, écroulement d’institutions financières, catastrophes et incidents surprenants. Même le Fonds monétaire international (FMI) a eu à corriger à la baisse ses prévisions de croissance mondiale en plusieurs occasions », a fait ressortir le gouverneur. Le FMI table désormais sur une croissance de 3,1 % de l’économie globale en 2016 après l’avoir estimée à 3,2 % en avril dernier, 3,4 % en janvier 2016 et 3,6 % en octobre 2015.
Le gouverneur a soutenu que le retrait du Royaume Uni de l’Union européenne aura des retombées négatives et sur l’économie britannique et sur la zone euro. « When the eurozone goes sick, the world economic will weaken », a-t-il affirmé. Les experts, a-t-il poursuivi, prévoient que le Brexit se traduira par une baisse d’environ 25 % du PIB par habitant en Grande Bretagne. Une telle situation, estime la BoM, affectera certainement la croissance des exportations mauriciennes vers ce grand marché. Environ 12 % de nos exportations totales sont dirigées vers la Grande Bretagne. Mais environ 6,5 % de nos exportations sont libellés en livres sterling. Un repli de la monnaie britannique aura un impact mitigé sur nos recettes d’exportation. On constate, par ailleurs, que la Grande Bretagne représente 12 % des arrivées touristiques. Le Brexit pourrait avoir des incidences à ce jour mais heureusement, a déclaré le gouverneur, « il y a des efforts soutenus pour diversifier nos marchés touristiques. »