Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM) a révélé, ce matin lors d’une conférence de presse, qu’il avait proposé au comité de politique monétaire (MPC) lors de sa réunion d’hier, de relever le taux directeur dans une fourchette de 10 à 25 points de base. Manou Bheenick a concédé que pour la deuxième réunion consécutive du nouveau MPC « le gouverneur s’est retrouvé en minorité ».
Le MPC a voté pour une baisse de 25 points de base du taux directeur (voir plus loin), ramenant celui-ci à 4,65 %. Le gouverneur a indiqué que le secrétaire financier Ali Mansoor, qui a déposé pendant environ trois quarts d’heure devant le comité pour présenter les vues et préoccupations du ministère des Finances, a suggéré que le taux directeur soit réduit de 50 points de base (de 4,9 % à 4,4 %).
Autre intervenant, Jayen Chellum de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM), s’est déclaré favorable à une hausse de 15 à 25 points de base du Key Repo Rate, arguant que l’inflation est toujours une menace pour l’économie et que ce sont surtout les pauvres qui sont les plus touchés.
La BoM croit également que l’inflation est toujours de mise, d’où la nécessité de se montrer prudent. « La BoM ne fait que son devoir en mettant l’accent sur la lutte contre l’inflation », a fait comprendre le gouverneur. Manou Bheenick a soutenu que le taux d’inflation en progression annuelle (year-on-year inflation) risque de grimper davantage et pourrait atteindre entre 5,3 % et 5,8 % d’ici la fin de l’année. S’agissant du taux de croissance économique, bien qu’on note une baisse (de 5,7 % en 2007, soit juste avant la crise financière à une estimation de 3,2 % à 3,7 % pour 2013), la direction de la banque centrale trouve que « la situation n’est pas si dramatique ».
Manou Bheenick a observé : « Alors que d’autres pays sont en décroissance économique, nous à Maurice sommes toujours en croissance. » Le gouverneur estime que les secteurs du textile et de l’habillement, du seafood et même du tourisme vont enregistrer une croissance cette année. « La situation économique n’est pas aussi dramatique en termes de croissance si l’on prend en considération que nous sommes dans la cinquième année de crise », a souligné le gouverneur.
Manou Bheenick a fait part des soucis des autorités bancaires à maintenir la stabilité financière dans le pays, notant que les prêts non productifs ou créances douteuses pourraient prendre l’ascenseur, d’où les directives de la banque centrale aux banques commerciales pour que celles-ci fassent preuve de plus de prudence dans l’octroi de crédits à certains secteurs. Le gouverneur a fait référence à certains secteurs lourdement endettés tels la construction et l’industrie touristique.
Le gouverneur, qui était entouré de ses deux adjoints Yandraduth Googoolye et Iqbal Belath, a fait ressortir que le taux de chômage pourrait atteindre 8,3 % d’ici décembre 2013 mais affirme qu’on a connu pire dans le passé. « Je pense qu’on n’a pas de souci majeur à se faire de ce côté. Il y a des offres d’emplois comme en témoigne les annonces dans la presse. Cependant, on est conscient qu’il y a un problème au niveau du chômage chez les jeunes et les femmes. Ce n’est pas la politique monétaire qui va permettre de régler le problème du chômage. Ce sont des problèmes structurels. Les solutions se trouvent ailleurs », a déclaré le gouverneur.
Par ailleurs, Manou Bheenick a évoqué la possibilité que la banque centrale mette fin à l’exercice de reconstitution de ses réserves en devises car c’est une opération qui lui coûte très chère. La BoM a fait depuis la mi-2012 plusieurs interventions sur le marché interbancaire des devises en vue de reconstituer ses réserves, une opération visant à soutenir les exportateurs en laissant glisser la roupie vis-à-vis des principales devises. « La roupie n’est pas surévaluée », a-t-il fait ressortir.