Le nombre de cas de cyberbullying ne cesse de croître. Bien que la situation semble alarmante, nombre de Mauriciens ne savent toujours pas ce qu’est le cyberbullying. Parole aux victimes et au National Computer Board.
L’on garde tous en tête l’image de la salle de classe avec ses bons, ses brutes, ses truands et les petits actes enfantins : humiliation gratuite au « petit gros », à « celui qui ne parle pas bien », à « celle qui a piqué le copain à la meilleure amie » … Les profils des dindons de la farce et boucs émissaires sont multiples : toutes des têtes qui ne « reviennent pas » au tyran de service qui vient compenser quelque manque à coup de gomme, de petits mots et d’insultes… Mais voilà, à chaque temps ses méthodes. Avec le cyberbullying, on entre dans la cour des grands… comme des petits.
Le terme « cyberbullying » vient du mot « bully » qui désigne en anglais une brute et du mot « cyber » pour réalité virtuelle. C’est l’attitude de tyran combinant des outils, tels l’internet, aux nouvelles technologies de communication pour parvenir à ses fins : moqueries, injures, humiliations, menaces, propagation de fausses rumeurs via un réseau social. Et cela en piratant notamment un compte de messagerie ou en usurpant l’identité d’une personne dans le but de créer un faux profil ou une page sur Facebook. Toutefois, l’on parle de cyber-harassment ou de cyberstalking lorsque c’est un adulte qui est impliqué dans ce délit.
Du classique
Le cas de Priyanka (nom fictif), 19 ans, n’a rien de farfelu et d’inhabituel. Cette jeune femme raconte son calvaire à cause d’une « inconnue » qui voulait se venger d’elle. Cette dernière se faisant passer pour l’enfant de son père, l’avait ajoutée sur Facebook. Naïve, Priyanka n’y voit que du feu — à défaut de pare-feu : il est commun que l’on se croit si protégé par nos paramètres de sécurité que l’on prenne pour acquis la bienveillance de nos « nouveaux amis » et que l’on relâche le niveau de sécurité. Commence alors une histoire d’amitié entre les deux jeunes femmes.
Mais Priyanka se rendant compte qu’il s’agit d’un faux profil, le supprime et va jusqu’à le bloquer. Vraisemblablement piquée dans son orgueil, cette « amie » fait tout afin d’obtenir le mot de passe de Priyanka. « Elle a piraté mon compte Hotmail car j’avais un mot de passe très simple. Ce compte Hotmail contenait mon mot de passe pour accéder à Facebook que j’avais envoyé à un ami. Elle a pu pirater mon compte Facebook, changer le password, supprimer beaucoup d’amis ainsi que mes plus jolies photos. Un ami qui a discuté avec elle croyait que c’était moi. Elle s’est permise de l’insulter… »
Fadila (nom fictif) témoigne, elle, de la façon dont elle a été victime de cyber-agissement de la part de son ex-petit ami en 2010. Ce dernier voulait absolument qu’elle retourne avec lui. On n’est pas plus loin des canons du feuilleton de fin d’après-midi. Et comme les parents de la jeune femme n’étaient pas au courant de leur relation, il en a profité pour lui faire du chantage : « Je vais leur montrer tous les messages que tu m’as envoyés si tu ne retournes pas avec moi. » Voilà qu’il exploite le point faible de Fadila. « Pendant six mois il m’a harcelée », se souvient la jeune femme. L’épisode force Fadila à changer de numéro, bloquer son ex sur Facebook et se rendre à la police pour faire part de l’affaire. « C’était du harcèlement. J’étais traumatisée et je vivais dans la peur. Quand j’ai craqué je suis allée tout raconter à mes parents. » résume-t-elle.
Prévention
La Computer Emergency Response Team Of Mauritius (CERT-MU), un des départements du National Computer Board (NCB) a observé qu’il y a une croissance des cas de cyberbullying à Maurice. « On a eu pas mal de cas où les jeunes se disputent sur un réseau social, avec l’un d’eux qui crée un faux compte au nom de son ami pour lui dire des choses épouvantables sur le net ou lui porter préjudice. On a eu pour la majeure partie des cas, des jeunes qui au lieu de se parler en face comme cela se faisait auparavant dans l’enceinte de l’école ou du collège, s’expriment sur internet », explique Selvana Naiken Gopalla, membre de la CERT-MU. Selon une étude menée par la CERT-MU, 13 % des cas rapportés en 2010 relèveraient du harcèlement en ligne soit sur un site social, un blog ou via la messagerie mobile. En 2011, ce pourcentage a crû (52 %).
La victime de cyberbullying peut difficilement se défendre car il s’agit d’une forme de violence invisible ou alors l’on ne connaît pas l’identité réelle des auteurs qui se cachent derrière un faux profil.
Selvana Naiken Gopalla conseille donc aux victimes de ne surtout pas chercher à communiquer avec le « bully » et de toujours mettre leurs parents ou leurs professeurs au courant s’ils se rendent comptent que leurs amis sont des cyber-harceleurs. Elle soutient que les victimes ne doivent pas être des « bystanders » de peur d’être ciblés ou incompris.
Par ailleurs, « en répondant au cyberbully, on est piégé », persiste à dire Selvana Naiken Gopalla. Ainsi, une réponse alimenterait le délire narcissique du tyran. Et d’ajouter : « Pour ceux qui ignorent toujours ce phénomène, il est grand temps de se rendre à l’évidence que la situation s’aggrave surtout sur les réseaux sociaux. »
Quant aux parents, il leur est conseillé d’être plus actifs sur internet et d’ajouter leurs enfants comme ami virtuel afin de pouvoir être au courant de leur comportement. Il y va de la responsabilité des parents de veiller à rester à la page. Ce n’est qu’ainsi qu’ils pourront éduquer leurs enfants à gérer leurs blogs, sites, comptes Facebook, notamment. Ils doivent donner à leurs enfants l’habitude de toujours fermer leur compte Facebook ou Myspace et de rester vigilants dans la sélection de leurs amis virtuels. Quant au « bully », il est possible de ne pas recevoir ses courriels en le qualifiant de correspondant « indésirable ».
La CERT-MU recommande aussi de toujours placer l’ordinateur dans un endroit visible afin que l’enfant ne s’enferme pas dans sa chambre. De temps en temps, il est bon de poser aux jeunes des questions par rapport à l’usage qu’ils en font d’internet. La CERT-MU a développé un site de Cybersecurity Portal dédié aux parents et aux enfants et qui contient des informations permettant de se protéger contre les dangers et risques de l’internet. Les parents peuvent aussi faire appel à la CERT-MU si toutefois ils veulent faire enlever les commentaires « dérogatoires » ou même pour la désactivation des comptes piratés.
Afin de sensibiliser les gens contre le danger de la cyberbullying, la NCB célèbre chaque année en février le « Safer Internet Day », un événement mondial qui a pour objectif de promouvoir une utilisation plus sûre et responsable de l’internet fixe et mobile chez les jeunes.