Pionnier du linge de maison pour l’hôtellerie, cet entrepreneur a pu surmonter des moments difficiles, et notamment la fin des barrières douanières, en se montrant innovant et en conquérant de nouveaux marchés.
Par L’Eco austral
« Associated Textiles a vu le jour en 1989 et a pu profiter du boom de l’hôtellerie, d’autant plus qu’il existait à l’époque une grosse protection douanière, à 85%. » Christian Regnard se rappelle des débuts prometteurs de son aventure qui commence dans les deux chambres d’une petite maison de Moka. Il avait 30 ans et profitait d’une solide expérience dans cet univers bien particulier du textile. De retour en 1982 de ses études en marketing et en management à Durban, en Afrique du Sud, il avait commencé comme vendeur chez IBL Engineering. Puis, assez vite, il faisait son entrée au sein de Ferney Textile Products, une filiale du groupe Floréal Knitwear spécialisée dans la fabrication de couvertures à partir de laine, notamment sous la marque Polar. À la fermeture de cette unité, il décide de créer sa propre entreprise alors qu’il a attrapé le virus du textile. « Ma stratégie était simple, il s’agissait de proposer à l’hôtellerie une production locale de linges de maison de qualité et moins chers que les importations. » Mais cet âge d’or n’a pas duré. « Aujourd’hui, il y a de nombreux pays qui peuvent exporter à Maurice sans avoir de taxes ou bien celles-ci atteignent au maximum les 15%. » Comment faire alors pour résister à des géants, en Inde ou ailleurs, dont les échelles de productions sont sans commune mesure ? « Une fois qu’on a atteint un certain niveau de compétitivité, il est difficile de faire mieux. Il faut rechercher de la valeur ajoutée dans de nouveaux produits et services, valoriser ses marques et mieux répondre aux besoins particuliers d’un marché très étroit. » Sans parler d’un développement à l’export qui s’est amplifié depuis plusieurs années et qui représente désormais 15% de son chiffre d’affaires.
DE NOUVELLES ACTIVITÉS POUR PLUS DE VALEUR AJOUTÉE
Christian Regnard décide d’investir dans des machines sophistiquées pour développer la broderie et, de manière générale, la personnalisation des linges. Il se diversifie aussi dans la décoration en proposant rideaux et coussins, mais surtout de plus en plus de services, en surfant sur la vague des IRS et RES, ces programmes immobiliers qui proposent des villas de luxe à des investisseurs étrangers. Enfin, il développe les ventes au détail à travers trois boutiques et une quatrième en 2015. Le but est de reconquérir des marges qui se sont effondrées en raison de l’ouverture du marché, mais aussi de la conjoncture difficile que traverse l’hôtellerie depuis quelques années. L’année financière clôturée au 30 juin 2013 a été particulièrement éprouvante avec l’arrivée de nouveaux concurrents et une guerre des prix. Le chiffre d’affaires s’est tassé à 94 millions de roupies (2,4 millions d’euros). Mais Christian Regnard n’est pas du genre à baisser les bras, lui qui a toujours refusé depuis vingt-cinq ans les offres de rachat. Il avait déjà anticipé l’évolution du marché depuis plusieurs années et l’exercice qu’il vient de clôturer au 30 juin 2014 indique un chiffre d’affaires de 133 millions de roupies (3,3 millions d’euros). Un sacré rebond, mais surtout davantage de valeur ajoutée. Son activité à l’export, à travers le port franc, connaît aussi un bel essor. Outre l’innovation et l’écoute du marché, le patron d’Associated Textiles place au coeur de son entreprise le suivi des finances avec un tableau de bord actualisé en permanence. Et tous les indicateurs sont désormais au vert, même si tout cela reste très fragile dans une économie mondialisée.
« C’est reparti en effet ! Grâce à nos nouvelles activités, à la réorganisation de nos équipes de vente, à nos nouvelles lignes de produits et à la consolidation des produits existants… Mais la meilleure décision que j’ai prise a été de maintenir la qualité plutôt que de me battre sur les prix en proposant des produits inférieurs. C’était un choix stratégique risqué, mais cela a finalement payé. » Et Christian Regnard voit avec satisfaction revenir certains clients infidèles.
INNOVATION ET CONQUÊTE DE NOUVEAUX MARCHÉS
Son tempérament de battant, farouchement attaché à son indépendance (il est resté le seul actionnaire de son entreprise depuis sa création), il le doit sans doute à son enracinement à la terre de son pays, l’île Maurice. « Le premier Regnard est arrivé en mai 1760. Il était vigneron et s’est mis à la canne à sucre. J’ai d’ailleurs une copine qui a rencontré des Regnard en Bourgogne. » Passionné de chasse et de pêche au gros, on peut découvrir dans son bureau d’impressionnants trophées. Son attachement à la nature passe aussi par ces passions. Il aime lutter pendant des heures avec un énorme marlin, s’épuiser dans un combat presque d’égal à égal et connaître parfois la frustration de le voir filer.
L’avenir, pour Associated Textiles, passe par l’innovation et la conquête de nouveaux marchés. « Le textile évolue en permanence, il faut se tenir à l’écoute. Je me rends chaque année à trois ou quatre salons spécialisés, en Europe aussi bien qu’en Asie, et je suis abonné à des revues spécialisées. » Christian Regnard s’intéresse aux recherches sur de nouvelles fibres issues du bois. « Il existe maintenant un tissu fabriqué à partir de bambou et avec lequel on pourrait produire des draps selon nos spécificités… Le textile, c’est comme la cuisine, on peut faire des tas de choses différentes avec les ingrédients. » Le bambou a l’avantage d’avoir des propriétés anti-bactériennes, il coûte plus cher que le coton, mais moins cher que le lin.
Pour la broderie, qui permet la personnalisation, plusieurs nouvelles machines sont prévues. Mais Christian Regnard ne veut pas donner trop de détails, ayant à évoluer sur un marché très concurrentiel. Quoi qu’il en soit, cela contribuera également à doper l’export. « Nous avons toujours vendu des serviettes et des draps à La Réunion et aux Seychelles, deux marchés de proximité. Mais notre nouvelle activité de décoration, lancée en 2013, a dynamisé l’export. » Christian Regnard regarde aussi plus loin, vers l’Afrique, même si la compétition s’y révèle très difficile face à de gros acteurs comme l’Inde, le Pakistan, mais aussi Dubaï à travers une plateforme de distribution. Il a pu réaliser des ventes au Ghana, à destination de l’hôtellerie et de magasins de détail.  
L’engagement social d’Associated Textiles, à travers le CSR (Corporate Social Responsability), se concentre sur l’ONG « Link to Life » qui soutient des malades du cancer en leur permettant de se soigner à l’extérieur de l’île. Un choix de Christian Regnard qui a connu personnellement ce problème avec l’un de ses trois fils, atteint à l’âge de 8 ans. « Nous avons pu le guérir en consultant un spécialiste en France et il a maintenant 18 ans. Cela m’a fait penser à ceux qui n’ont pas les moyens d’aller à l’extérieur… Le professeur français pense que ce sont les pesticides qui sont responsables car nous consommions beaucoup de légumes. Il faudrait donc se pencher aussi sur cette question de la prévention. »
En s’implantant il y a sept ans à Saint-Pierre, un autre quartier de Moka, l’entreprise a pu passer à une nouvelle dimension et dispose désormais de 3 000 mètres carrés de bâtiments, comprenant l’unité de production, les entrepôts et un showroom qui propose aussi de la vente au détail. Christian Regnard veut en faire une usine modèle sur le plan environnemental. Toute l’eau utilisée pour la production est récupérée et stockée. Elle sert à l’arrosage et aux sanitaires. Quant au projet de panneaux photovoltaïques, reporté en raison d’une année difficile en 2013, il doit se réaliser en 2015. « L’objectif est que toute la production fonctionne à l’énergie solaire. »