Créateur dans l’âme, né dans une famille de bijoutiers depuis neuf générations, il forme avec sa soeur Raksha, la gestionnaire et responsable marketing, un duo qui a fait de Ravior une référence internationale.
Par L’Eco austral
« Il ne faut pas offrir seulement ce que la clientèle demande. Il faut savoir prendre des risques. » Ravi Jetshan, à 42 ans, prépare sa nouvelle collection, « Arboresans », avec le même enthousiasme qu’il y a vingt-deux ans, lorsqu’il reprenait les rênes de la bijouterie créée par son père Souresh en 1982. Un père qui avait choisi de quitter son île natale de Madagascar, en 1976, pour s’installer à Maurice et y perpétuer la tradition familiale entretenue depuis neuf générations avec une origine au Gujarat, en Inde. Un père, toujours présent aujourd’hui, mais qui voyait déjà son fils Ravi lui succéder. D’où ce nom de Ravior (Ravi + or). « La bijouterie, c’est presque un mode de vie chez nous », explique Souresh qui rappelle qu’ils appartiennent à cette « confrérie » qui a ses règles dont celle du respect de la parole donnée. Ravi Jetshan est en phase avec cette tradition et parle même le gujarati, tout en étant un Mauricien très actuel. Né à Madagascar, il vit d’ailleurs à Maurice depuis l’âge de quatre ans.
DES BIJOUX MODULABLES
« Arboresans » : le thème de l’arbre fait rêver à l’infini le créatif qui commence, comme toujours, par une feuille de papier et un crayon avant de passer à l’ordinateur. « Nous lançons une collection chaque année, mais c’est la première de cette envergure. L’idée est d’en faire une marque qui sera franchisée. » En attendant, il finalise son travail sur ce thème si riche de l’arbre : arbre de vie, lambrequins, représentations florales, veines et réseaux… Une multitude de déclinaisons auxquelles il se consacre depuis un an et demi. Ravior innove aussi avec des bijoux modulables. « À partir de nos bijoux, on peut faire un autre bijou soi-même. »
Ravi Jetshan a passé au total quelque sept années à étudier la bijouterie si l’on compte sa formation initiale et ses formations continues. Cela ne l’a pas empêché de reprendre l’entreprise à l’âge de 20 ans, mais il est vrai qu’il était tombé dedans tout petit. Dès son plus jeune âge, on le voyait dans l’atelier qui jouxtait le domicile familial, à Quatre Bornes. Certains de ses employés d’aujourd’hui ont été ses formateurs. Ce qui fait d’ailleurs de Ravior une « grande famille avec peu de mouvements. Même si l’entreprise est passée de deux salariés en 1992 à vingt-cinq aujourd’hui. »
LE VIRUS DE LA CRÉATIVITÉ
Peu de bijouteries à Maurice ont développé cette créativité. Pas question de venir ici avec un bijou pour le faire reproduire à l’identique. Et la reconnaissance locale et internationale est arrivée très vite. En 1992, Ravior est lauréat de la semaine de la joaillerie, à Maurice, dans la catégorie « artiste novateur » avec une appréciation particulière d’un jury composé de représentants de Cartier et de Chaumet & Chopard. En 1998, c’est un prix dans une compétition organisée à Lisbonne, au Portugal. En 2001, c’est un premier prix en joaillerie dans la compétition nationale d’artisanat. En 2007, Ravior est distingué comme meilleur designer au premier salon de la mode. Les distinctions se sont succédées au fil des ans et, en novembre 2009, c’est le couronnement. Ravior est sélectionné pour une exposition place Vendôme, à Paris, le coeur de la bijouterie-joaillerie mondiale. Il y présente des pièces uniques et a les honneurs du quotidien « Le Figaro ». La même année, il participe  au festival Panaf en Algérie. En 2011, on le retrouve dans le catalogue de l’expo « Hommage à Harry Winston » organisée à Monaco par Me Marc-Athur Kohn. « Nous étions le seul créateur non européen à participer à cette exposition où nous avons présenté cinq pièces, dont deux réalisées avec du verre recyclé et certaines avec des tranches de diamant brut. « Ces distinctions internationales, ça aide, mais, à un moment, il faut travailler », commente Ravi Jetshan qui n’aime pas que le prestige. Son bonheur est de mettre certains de ses bijoux à la portée de toutes les bourses. C’est pourquoi il a innové en choisissant le titane comme matériau. Il en fait même des alliances.
UN MOUVEMENT LANCÉ AVEC « HOPE »
La collection Arboresans devrait compter jusqu’à 60 pièces à travers trois collections : « design », « classique » et « unique » avec des déclinaisons en or, argent et diamant. Ce qui permet là aussi de proposer tous les prix. De 30 euros à 20 000 euros. Ravi Jetshan veut démocratiser la beauté. Et il a la fibre sociétale. C’est pourquoi il s’est lancé dans l’aventure de Hope en plus de sa contribution obligatoire au CSR (Corporate Social Responsability). Hope (« espoir » en français), c’est un bijou emblématique qu’on porte en général autour du poignet avec un cordon. Non seulement 10% des ventes sont reversées à l’ONG Tipa, qui vise à l’intégration des enfants vulnérables, mais surtout, un véritable phénomène s’est créé. Ainsi, Raymond Houbert a décidé de courir un marathon en portant le bijou dans le but de lever des fonds et cela a parfaitement fonctionné, via notamment les réseaux sociaux. Ravior choisit également une dizaine d’ambassadeurs chaque année parmi des personnalités. C’est ainsi que le bijou Hope a été offert à l’acteur français Jamel Debbouze et à l’écrivain JMG Le Clézio avec leur engagement à le porter. « Là-dessus aussi, nous reversons les 10% à Tipa », précise Ravi Jetshan.
Ravior a atteint un chiffre d’affaires de 17,4 millions de roupies (435 000 euros) au cours de son exercice clôturé le 30 juin 2013, en progression de 14,5%. L’export représente plus de 14% de ce chiffre d’affaires. L’exercice clôturé au 30 juin 2014 s’est révélé plus difficile, mais la nouvelle collection Arboresans, avec sa soixantaine de pièces, devrait permettre de doper les ventes, d’autant plus qu’elle devrait donner le jour à une franchise, destinée à des bijoutiers à Maurice et à l’extérieur.