Dans son nouveau discours-programme, le gouvernement a annoncé que l’octroi de licences à des chaînes de télés privées, libres et gratuites sera encouragé. Il faut toutefois légiférer autour de cette libéralisation. Car avec les dispositions de l’IBA Act de 2000, il est difficile de trouver preneur. Cette annonce n’est pas une première : en 2009, le Premier ministre avait évoqué le sujet suite au rapport de l’expert britannique Geoffrey Robertson.
La télé privée : pas de sitôt ! Sauf si la loi est revue et corrigée. Car malgré la déclaration du gouvernement pour libéraliser les fréquences, la limite d’investissement étranger à hauteur de 20% est dissuasive. “Ce seuil doit être revu à la hausse, à hauteur de 40, voire 45%, afin de permettre à des opérateurs mauriciens de lancer la télé privée avec des partenaires étrangers”, confie Anil Suraj Bali, directeur de l’Independent Broadcasting Authority (IBA). Il y a, dit-il, des fréquences et des licences disponibles, mais aucune demande officielle pour opérer. C’est au gouvernement que revient la décision de hausser le seuil de l’investissement étranger; à ce jour, l’IBA n’est au courant d’aucune préparation de législation dans ce sens.
Opérateurs potentiels.
Deux groupes de presse avaient fait part de leur volonté d’aller de l’avant avec la télé privée il y a quelque temps, mais il n’y a pas eu de suite. Le seuil de 20% a forcément ralenti le processus. “Il y a eu des contacts d’autres entreprises locales, mais sans suite. On verra dans les mois à venir”, ajoute Trilock Dwarka, président de l’IBA.
Si bon nombre soulignent la nécessité d’une alternative à la télévision nationale, car la MBC monopolise le marché de l’audiovisuel depuis trop longtemps, force est de constater qu’on ne se bouscule pas au portillon pour l’obtention d’une licence d’opération.
Contenu.
Christina Chan Meetoo, chargée de cours en communication à l’Université de Maurice, souligne que l’importance d’une télé privée sera mesurée par son contenu. “Il faut savoir qui sont les porteurs du projet. Si c’est pour faire un duplicata de la MBC, cela n’est pas utile du tout.” Une télé privée qui fait dans du sensationnalisme avec des informations de bas étage, “va répondre à une certaine demande, certes. Mais la question est : est-ce que c’est nécessaire ?” Il est facile de parler de télévision privée, mais l’objectif est important. “Il y a télé privée et télé privée. Par exemple, la télé de Berlusconi en Italie n’apporte rien de nouveau.”
Pour la chargée de cours, “il y a de l’espace pour des télés privées chez nous”. Surtout avec la politique que cultive la MBC. “Si on n’avait pas une télé partisane, ça serait différent. Mais la MBC a une relation trop intime avec la politique. La BBC, qui est une télévision d’État comme la MBC, ne fait pas dans la partisanerie”.
Impartiale.
La première chose attendue d’une télé privée est qu’elle soit impartiale, “en élargissant l’offre à l’information avec le souci de la diversité et de la neutralité. Il faut démocratiser l’information”. Notre interlocutrice constate que la MBC et son bouquet de chaînes TNT offrent une variété en ce qui concerne l’entertainment. “À ce niveau, elle répond à une certaine demande populaire.” Mais il manque de l’espace pour les réalisateurs locaux, ajoute Christina Chan Meetoo. “Je pense à l’équipe qui fait des courts-métrages, à l’association Porteurs d’images. Il faut une vraie politique culturelle.”