Depuis sept mois, cet homme, marié et père de trois enfants, peut « anfin trouv enn lizour dan mo lavi ! » Cela, parce que durant ces derniers mois, Johnny, qui a été toxicomane depuis 1996, a demandé à bénéficier du traitement à base de méthadone en prison et l’a obtenu. Purgeant actuellement sa peine, il sortira peut-être définitivement cette fois de l’univers carcéral en 2015. « Et quand je serais dehors, cette fois, j’aurais un métier ! Je pourrais en faire vivre ma famille et je deviendrais financièrement indépendant. »
Il y a sept mois, Johnny obtient le feu vert à sa requête formulée alors qu’il se trouve en prison, pour bénéficier du traitement de substitution à base de méthadone. À 36 ans, ce père de trois enfants — une fille de 10 ans, et deux fils âgés l’un de 11 et l’autre de 7 ans — habitant un quartier chaud du pays, traîne derrière lui un lourd passé de toxicomane.
Quand il commence à se shooter, Johnny a à peine 19 ans… C’était en 1996. « Linflians kamarad, sorti, al dan bwat denwi… Tou sala finn fer ki mo finn vinn esklav ladrog », nous confie-t-il. À plusieurs reprises, à partir d’un certain moment, continue-t-il, il a souhaité sortir de l’enfer des drogues. D’autant que cette vie l’amenait à commettre plusieurs délits en tous genres ; ce qui le ramenait souvent en prison ! Entre 1999 et maintenant, convient-il, Johnny aura fait une demi-douzaine de séjours derrière les barreaux.
« Pa ti ena travay deor… », confie-t-il, comme pour expliquer le fait que, ces années durant, sa vie se confinait à des petits boulots sans lendemain, mais aussi quelques magouilles pour se payer ses doses quotidiennes.
Il y a une dizaine de mois, toutefois, alors qu’il se trouve en prison, Johnny apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie : au cours d’un test, les services de santé au sein de la prison découvrent qu’il est porteur du VIH/sida. Son CD4 (le CD4 est le récepteur utilisé par le VIH pour infecter ses cellules cibles — les lymphocytes T4, les monocytes et les macrophages) était alors de 220. « Immédiatement, les médecins de la prison ont pris mon cas en considération et m’ont expliqué qu’il fallait que je suive un traitement ; notamment que je devais prendre des antirétroviraux (ARV). »
Parallèlement, Johnny ressent le besoin de « prendre un nouveau départ ». C’est ce qui le décide à demander à bénéficier du traitement à base de méthadone. Signalons que l’induction à ce médicament prescrit et conseillé par l’OMS pour traiter les addictions et dépendances aux opiacés, dont le Brown Sugar, très courant à Maurice, a débuté dans l’univers carcéral depuis deux ans environ. Tandis que dans la communauté, le programme de méthadone est opérationnel depuis novembre 2006.
Ces sept derniers mois, donc, Johnny prend quotidiennement sa dose de méthadone. « Je vais vous confier quelque chose, déclare-t-il, plein d’entrain. Je suis en pleine forme ! Je remercie vivement les services de la prison, autant les officiers que le personnel médical et paramédical. Tout le monde m’aide énormément dans ma nouvelle vie. » Selon le dernier test réalisé, le CD4 de Johnny a grimpé à 460 : « Un signe que je vais de mieux en mieux ! », souligne-t-il. Mais pour cela, convient-il, « il faut mener une vie équilibrée et avoir une bonne hygiène de vie. Je prends mes médicaments sans faute. Qui plus est, ici, en prison, j’ai une bonne alimentation, je pratique du sport… » Que « des bonnes manières ! », plaisante-t-il. Et de faire ressortir, fièrement : « Mo pa finn gayn okenn move rapor depi lontan ! »
De plus, ajoute notre interlocuteur, « avec l’aide des ONG qui viennent en prison nous parler et nous conseiller, de même qu’au niveau du Day Care Centre au sein de la prison et le Centre Lotus, j’ai beaucoup de soutien de la part de tout le monde. »
Ce qui le motive davantage, c’est que depuis ces derniers mois qu’il se sent en meilleure forme physique et mentale, Johnny s’est inscrit à une formation en vannerie : il apprend à travailler le rotin. « Kan mo pou sorti, en 2015, mo pou finn aprann enn metie ! » Ce qui lui permettra d’en faire vivre sa famille.
Johnny a aussi à coeur le fait qu’« au sein de la prison, je n’ai aucun problème même si je suis séropositif. Les officiers sont au courant de ma condition de santé, mais cela ne les empêche nullement de me donner la main, me parler… D’avoir une relation correcte et civile. Pour cela, je voudrais vraiment les saluer. Car je sais qu’à l’extérieur (dans la communauté), nombre de PVVIH ont des problèmes à caractère discriminatoire ».
Autre projet que caresse Johnny, à sa sortie de la prison : « Mo vinn depi enn kartie so, explique-t-il. Là-bas, il y a beaucoup de jeunes qui, comme moi, succombent aux tentations. Je veux les prévenir, les mettre en garde contre ce plaisir éphémère, qui est, en réalité, un piège mortel. » Avec l’aide des services de la prison et des ONG diverses, Johnny compte intervenir dans la société, plus tard.
Dans le même esprit, conclut notre interlocuteur, « je ne veux pas prendre la méthadone à vie. Je me suis fixé un objectif : je suis un traitement à base de méthadone. Et graduellement, je vais, avec l’aide des médecins et infirmiers, diminuer la dose afin qu’un jour, je n’en aie plus besoin. Et je serais libre de toute forme de dépendance ! Car je ne veux pas remplacer l’héroïne par la méthadone. Ce n’est pas mon but ».