Deux familles, les Nanon de Château Bénarès, Rivière-des-Anguilles, et les Binda de Providence, se retrouvent malgré elles réunies dans la douleur la plus extrême. Elles ont perdu deux fils, pleins de vie et déterminés à servir dans un des corps d’élite de la force policière, le Groupement d’Intervention de la Police Mauricienne (GIPM). Mais à la quatrième des Sept-Cascades, dans la journée d’hier, le sort devait en décider autrement.
Les Privates Louis Sylvestre Nanon et Nitish Kumar Binda ne pourront pas réaliser leur rêve commun, tous deux ayant tragiquement perdu la vie dans le Bassin de 55 mètres aux Sept-Cascades. Et le vide dans les deux familles endeuillées sera certainement difficile à combler. La douleur est tout aussi grande au sein de la Special Mobile Force, où ils venaient à peine de faire leurs premières armes.
Du côté de la famille Nanon, on fait tout pour être digne dans la douleur. Louis Sylvestre a un frère qui fait partie de la Special Supporting Unit (SSU). Le visage ravagé par la douleur et la voix cassée par sa profonde tristesse, Sylvio Nanon, le père du constable décédé, se souviendra encore longtemps des derniers instants qu’il aura vécu avec son fils, le matin du drame. Une occasion ratée, est-on tenté de dire.
Vers 6h, hier, Sylvio Nanon, âgé de 52 ans, souhaitait conduire son fils à son point de rendez-vous pour la randonnée programmée à Sept-Cascades. Mais son désir n’a pu se concrétiser et ce souhait inachevé semble désormais vouloir le hanter à jamais.
« Nou ti lakaz ensam gramatin. Letan li pou aller, li demann mwa si mo kapav kite li enn boute. Akoz kot nou rester là gagne problem transport. Monn dir li : « oui, atane mo pou depose twa ». Mone rantre dans sal de bain et kan mo finn sorti, li ti fini aller, li ti pe presser. Se dernier fwa ki mo finn trouve mo garson… », raconte Sylvio Nanon, alors qu’il attendait à la morgue du Princess Margaret Orthopaedic Centre, à Candos, hier après-midi.
Ce père de famille, dont le fils, membre de la SMF, faisait la fierté de tous à la maison de par sa véritable rage de vaincre, fait le vide autour de lui et revit cette journée dramatique. Premiers instants de panique en apprenant la nouvelle à l’effet que deux membres de la SMF ont rencontré des problèmes lors d’une sortie à Sept-Cascades. Au fond de lui-même, il sait que son fils cadet fait partie de ce groupe.
Rongé par l’inquiétude, Sylvio Nanon tentera immédiatement d’obtenir de plus amples détails sur la nature de ces incidents et l’identité des membres de la SMF concernés. Finalement, à force de chercher, il obtiendra la confirmation que son fils, Louis Sylvestre Nanon, est décédé, selon la version officielle de la SMF, à la suite d’un accident.
Selon ses propos, c’est toute la vie de Sylvio Nanon qui bascule à cet instant. Il prendra son courage à deux mains pour préparer les autres membres de sa famille à accepter cette triste nouvelle. Gérard Nanon, oncle de la victime, témoigne.
« Mo ti lakaz mo pe reposer. Mo frere Sylvio telephone mwa, li dir mwa ena enn mauvais nouvel. Sylvestre finn noyer. Ler mo tann sa, mo senti mwa abatt, mo pas finn meme oulé croire », raconte-t-il. Ce dernier commence à réaliser graduellement le vide que laissera Sylvestre Nanon au sein de la famille, d’autant plus que la victime était réputée pour sa joie de vivre.
« Nou ti tou le temps ensam. Nou ti pe ale danser ek ale dan bann program ensam. Ou pa pou maziner ki kalité douler mo pe ressenti. Kuma dir finn arrasse enn zafer are mwa. Mais depi touzour so reve se fer sa bann kalite travay-la. Nou pe essay accepter se ki finn passer, mais li bien dir », laisse échapper Gerard Nanon, alors qu’il était sur le point d’entamer les préparatifs des funérailles, prévues en l’église Sacré-Coeur à 15h, cet après-midi, et l’inhumation qui se fera au cimetière de Camp-Diable.
Du côté de la famille Binda, à Providence, c’est l’effondrement total qui a suivi l’annonce de la horrible nouvelle. D’autant plus que Nitish Kumar Binda, orphelin de père, prévoyait de se marier au début de l’année prochaine, soit après avoir complété sa formation pour entrer au GIPM. Les membres de la famille arrivent difficilement à comprendre et à accepter les événements.
Tout comme le constable Sylvestre Nanon, Nitish Kumar Binda avait toujours voulu embrasser une carrière dans cette section de la force policière. « So lespri depi touzour, c’etait rentre dans la police. Mem kan li finn ressi integrer la force policiere, linn dir ki priorité so la vie, c’est rentre dan GIPM », confie ainsi son oncle, Phoolchand Binda.
Toutefois, le fait le plus dur à accepter pour la famille Binda est que les circonstances de ce drame restent encore trop floues, car Nitish Kumar était considéré comme un très bon plongeur et nageur. « Pour le moment, nou finn ziss aprann ki se kan li finn essay rode sape lavi so kamarad ki li finn noyer. Dakor li ti enn bon element, mais dans sa ler-la, pas finn ena personne ki ti kapav ale tir li dan dilo-la. Nou pe anvi kone ki finn passé exactement », insistent les membres de la famille. La date des funérailles de Nitish Kumar Binda n’a pas encore été fixée, compte tenu du fait que sa soeur se trouve actuellement en Italie.